« Zack Snyder’s Justice League », triomphe de la vision d’artiste

Zack Snyder’s Justice League
de Zack Snyder
Fantastique, Action, Aventure
Avec Ben Affleck, Henry Cavill, Gal Gadot
Sorti le 18 mars 2021 sur iTunes & Apple TV, Google Play, YouTube, Microsoft Xbox et Rakuten TV

En 2017, alors que l’univers super héroïque imaginé par le réalisateur divisait la critique, Warner Bros décidait de l’écarter du tournage de Justice League pour mieux « Marvelliser » le projet. Ainsi, Joss Whedon fut embauché afin de finaliser le travail commencé par Snyder. Le résultat final fut un monstre de Frankenstein mélangeant la noirceur du snyderverse à un humour forcé, tout en livrant une photographie dégoulinante aux couleurs sursaturées.

Une production chaotique

Depuis, plusieurs éléments attenants à la production chaotique de ce film nous sont parvenus : le suicide tragique de Autumn Snyder, la fille du réalisateur ; la polémique liée aux accusations de racisme et de harcèlement lancées par l’acteur Ray Fisher (Cyborg) contre Joss Whedon et plusieurs membres de la production ; la moustache ridicule de Superman ou encore la volonté des producteurs d’accélérer le tournage pour toucher leur bonus financier.

Toutes ces polémiques devraient être abordés dans le livre Release the Snyder Cut: The Crazy True Story Behind the Fight That Saved Zack Snyder’s Justice League de Sean O’Connell dont la parution est prévue pour le mois de mai 2021.

Mais la sortie en 2017 du Justice League signé Joss Whedon aura provoqué l’indignation chez certains fans qui lancèrent le mouvement #ReleaseTheSnyderCut, allant jusqu’à organiser des levées de fond et à rassembler 250 000 $ pour la prévention du suicide, en hommage à Autumn Snyder. Tandis que près de 200 000 personnes signèrent la pétition en faveur du rétablissement de la vision originelle de Zack Snyder.

HBO Max

Le lancement de la plateforme de streaming HBO Max en mai 2020 aura été le dernier élément permettant à la « Snyder Cut » de voir le jour. Désireux de booster son service SVOD et de maximiser les abonnements, WarnerMedia aura vu en ce film l’élément magique permettant de dynamiser les ventes. La fermeture des cinémas en raison de la situation sanitaire aura constitué la cerise sur le gâteau pour les financiers cherchant à faire de HBO Max un succès.

Ainsi, dès ce moment, la Snyder Cut fut annoncée et rapidement renommée Zack Snyder’s Justice League. Le réalisateur reçut même une enveloppe de 70 millions de dollars pour tourner quelques scènes supplémentaires, tandis qu’une durée de 4h fut annoncée pour ce nouveau montage.

L’Art face au système

D’avance, il convient de le dire, Zack Snyder’s Justice League est une réelle réussite ! Ne serait-ce que parce qu’il constitue une victoire immense de l’Art sur la machine capitaliste. S’il ne s’agit pas du premier film à se voir gratifier d’un Director’s Cut – Richard Donner avait déjà eu l’occasion de fournir sa vision de Superman II en 2006, et Zack Snyder lui-même avait livré son Cut de Batman v Superman en 2016 –, il constitue probablement celui pour lequel ce phénomène a pris le plus d’ampleur.

Mais surtout, si celui-ci est un succès, il pourrait bien augurer un renouveau pour le genre super-héroïque, voire le cinéma blockbuster tout entier. Déjà en 2019, Joker avait montré aux producteurs qu’il était possible de créer un film complexe et intelligent à partir d’une licence comics tout en rencontrant le succès commercial. Si ce Snyder Cut fonctionne, il pourrait ainsi stimuler la prise de risques à Hollywood… Joker et Zack Snyder’s Justice League pourraient par conséquent jouer le rôle de précurseurs et redynamiser un genre qui s’essouffle doucement en opposant une plus grande liberté artistique au formatage actuel.

Renaissance

Dès le plan d’ouverture de ce Director’s Cut, on sent la continuité de l’univers initié avec Man of Steel en 2013. Bien loin de l’introduction du film de Joss Whedon dans lequel on pouvait voir Superman le visage déformé par les retouches numériques visant à effacer la moustache de l’acteur Henry Cavill, cette nouvelle version reprend là où Batman v Superman s’était arrêté. Et rien qu’à la photographie, on sent la griffe de Zack Snyder !

Esthétiquement, le film s’intègre donc parfaitement dans l’univers Man of Steel/Batman v Superman.

Mais le plus flagrant est l’homogénéité que retrouve le film en retrouvant son scénario original et son réalisateur. Par exemple, la scène au cours de laquelle Wonder Woman fait son apparition lors d’une prise d’otages est désormais nettement plus compréhensible et intégrée au récit de manière cohérente.

Cette cohérence retrouvée permet de renforcer les enjeux du film qui transparaissent de façon plus évidente.

Outre les enjeux, on comprendra également mieux les motivations des différents antagonistes. Si dans la version de Joss Whedon, Steppenwolf constituait le grand méchant du film, il n’est ici qu’un sbire à la solde de Darkseid. Chassé de sa planète, il cherche à coloniser la terre pour reprendre sa place auprès des siens. Sans parler du design du personnage, nettement plus impressionnant !

Quant aux membres de la Ligue, ils auront tous droit à un développement plus poussé, principalement Flash et Cyborg. Même Alfred Pennyworth, le majordome de Bruce Wayne verra son rôle augmenté, laissant voir à quel point le choix de Jeremy Irons pour incarner ce dernier était judicieux.

La puissance évocatrice de certaines images est également l’une des grandes qualités du cinéma de Zack Snyder et son Justice League n’échappe pas à la règle. Les personnages seront donc une fois encore iconisés, renforçant par là-même la logique théographique inhérente à cet univers. Ces super héros sont les nouveaux dieux et le réalisateur a construit sa mythologie sur cette base. On se souviendra ainsi de la pietà intégrée à Batman v Superman en revoyant les images du Joker de Jared Leto portant une couronne d’épines dans les photos promotionnelles.

Derrière le retour de la patte graphique du réalisateur, on appréciera également le retour de la bande son de Junkie XL et Hans Zimmer, ramenant ici encore plus de cohérence à cet univers, tout en soulignant le côté épique recherché. Néanmoins, plusieurs chansons modernes seront intégrées au film, avec pour conséquence regrettable de parfois nous sortir de l’ambiance générale.

Pour autant, Zack Snyder’s Justice League n’est pas parfait. Les conditions dans lesquelles le film a été finalisé font que certains effets spéciaux laisseront parfois à désirer et l’on sent à de rares moments le recours à un certain bricolage. À cela s’ajoutent l’un ou l’autre éléments humoristiques qui ne feront pas toujours mouche.

Le film souffre surtout de ne pouvoir être vu sur grand écran et l’on ne peut qu’espérer qu’il sortira en salles une fois les cinémas rouverts. Les images de Zack Snyder doivent être appréciées dans les bonnes conditions et les salles obscures sont l’endroit parfait pour ce faire.

D’autant que la longueur du film pourra en rebuter plus d’un. Il est en effet bien difficile de suivre 4h de grand spectacle sur un écran de télévision, et l’on pourra alors parfois décrocher. D’autant que le film est dense et mériterait plusieurs visionnages. Paradoxalement, ce petit inconvénient aura permis à ce Director’s Cut de voir le jour par le biais d’HBO Max.

Reste que cette longueur, qui peut s’avérer décourageante voire indigeste pour certains, permet de donner corps à cette histoire et à la vision de Snyder. Le film étant divisé en six chapitres, on conseillera alors au spectateur moins averti de ne pas hésiter à partitionner le visionnage.

Outre ces qualités et de ces défauts, Zack Snyder’s Justice League doit être vu en soutien à la vision artistique du réalisateur. Ses résultats au box-office seront de nature à envoyer un signal aux producteurs qui pourrait mener à la continuation de cet univers. Mais au-delà de cela, le succès de ce film pourrait bien amener un changement dans le genre super héroïque qui pourrait laisser davantage de place aux auteurs. Le Joker de Todd Phillips, ce Snyder Cut et le futur Suicide Squad de James Gunn semblent abonder dans ce sens, bien loin des Shazam et autres Wonder Woman 1984 qui cherchent à jouer maladroitement la carte de la légèreté et à reproduire la recette Marvel.

A propos Alexandre Alvarez 198 Articles
Journaliste du Suricate Magazine