Spider-Man : Homecoming, héros prolétaire springsteenien

Spider-Man : Homecoming

de Jon Watts

Action, Aventure

Avec Tom Holland, Michael Keaton, Robert Downey Jr.

Sorti le 19 juillet 2017

Depuis bientôt dix ans, Marvel domine le monde cinématographique des super-héros en produisant régulièrement des adaptations de ses licences phare. Cet univers, qui débuta en 2008 avec Iron Man, est aujourd’hui riche de quinze films répartis en trois phases bien distinctes. La troisième, lancée l’année dernière avec Captain America : Civil War, est maintenant bien entamée.

C’est justement dans ce dernier film que le nouveau Spider-Man fit son apparition, marquant ainsi l’arrivée du héros au sein du Marvel Cinematic Universe (MCU), dans le cadre d’une co-production avec Sony, détenteur des droits depuis 1999. Cette apparition marquait ainsi le lancement du troisième reboot de la licence depuis 2002. Après Tobey Maguire et Andrew Garfield, c’est désormais au tour de Tom Holland d’enfiler le costume de l’araignée.

La présence de Spider-Man dans Civil War fut encensée par la critique, jugeant l’interprétation de Tom Holland plus en phase avec le comic book, ou le costume tout droit sorti de celui-ci. Spider-Man : Homecoming, premier long métrage donnant à voir ce Spider-Man 3.0. était donc attendu de pied ferme.

Étant destiné à s’intégrer dans le MCU, ce nouveau film commence tout juste après Avengers. Alors que les Chitauris viennent d’être vaincus, plusieurs sociétés s’attèlent à dégager les rues de New York. Cependant, celles-ci se retrouveront au chômage après l’arrivée du DODC (US Department of Damage Control) qui classifiera les opérations et leur interdira l’accès aux lieux des batailles. C’est ainsi qu’Adrian Toomes (Michael Keaton) perdra un contrat supposé sauver son entreprise et sera poussé à entrer en criminalité sous le masque du Vautour. Quelques années plus tard, nous retrouvons Peter Parker (Tom Holland), galvanisé par son combat face aux Avengers renégats dans Civil War. Persuadé d’être parvenu à faire ses preuves auprès des héros, le film suivra ses efforts pour arrêter le Vautour et ses hommes, montrant par la même occasion aux Avengers qu’il mérite de devenir un membre à part entière de leur équipe.

Si Wonder Woman a été salué par la plupart des critiques comme le film destiné à sauver le DC Cinematic Universe, Spider-Man : Homecoming semble quant à lui être le premier échec de l’écurie Marvel… Depuis quelques années maintenant, de plus en plus de voix dénoncent une formule qui peine à se renouveler et des films le plus souvent calibrés sur le même modèle. Ce nouveau Spider-Man joue à fond le jeu de ses prédécesseurs : de l’humour à profusion, des scènes d’action époustouflantes, des personnages hauts en couleur, des séquences tout droit sorties des pages d’un comic book, etc. Mais ici, malgré tous ces éléments, le film est assez peu immersif et peine à réellement décoller. On trouvera ça et là quelques sursauts laissant espérer le meilleur, mais le tout retombera rapidement.

Qui plus est, dans sa tentative de jouer la carte du teenage movie, Spider-Man : Homecoming semble se perdre et nous offre ainsi un film édulcoré au point d’en devenir lassant. On en viendrait parfois presque à craindre que les personnages se mettent à chanter façon Hairspray… Le tout est porté par un casting étonnant : certaines voix s’étaient déjà élevées à l’annonce du casting de Zendaya pour incarner la nouvelle Mary-Jane Watson. En soi, si ce n’est pour les puristes désireux de voir le comic adapté fidèlement jusqu’à l’origine ethnique des protagonistes, ce choix de casting n’a rien de véritablement dérangeant, Spider-Man : Homecoming est en droit d’établir sa propre mythologie en modifiant certains éléments. Cependant, ce parti pris a ici été poussé à l’extrême et, pour citer deux autres exemples, Ned Leeds (Jacob Batalon), meilleur ami de Peter Parker est désormais un mexicain légèrement enrobé et non plus un grand blond. Ici, Ned étant un personnage secondaire, on peut encore faire l’impasse, d’autant que l’acteur qui l’incarne est assez sympathique. Mais le second exemple est moins passable : Flash Thompson est incarné par Tony Revolori, acteur lui aussi excessivement sympathique révélé dans The Grand Budapest Hotel. Cependant, Flash Thompson est supposé être un grand blond musclé, sportif et relativement décérébré qui persécutait Peter Parker dans ses jeunes années. Rien à voir avec Tony Revolori qui, malgré ses efforts louables, garde une tête de gentil et parvient peu à donner chair au personnage. Spider-Man : Homecoming semble ainsi avoir fait le pari d’une redéfinition catégorique de son univers et cela l’amène à quelques erreurs de casting.

Dans sa logique « jeune », le film se sentira obligé de nous offrir un « hommage » à La folle journée de Ferris Bueller, référence du genre, de façon un peu gratuite. La chose semble d’ailleurs avoir une double fonction : situer le film en terme de tonalité et faire un clin d’œil détourné à Deadpool qui reprenait lui aussi de manière quasi identique une scène de ce monument des années 80 dans sa séquence post-générique. Sauf que si la chose est louable dans les principes, elle se concrétise au fond en un sentiment de déjà-vu.

Ensuite, écueil de plus en plus présent dans les longs-métrages de la licence, Spider-Man : Homecoming semble frileux à l’idée d’être un film à part entière. Le spectateur se verra ainsi bombardé de références aux Avengers, afin de bien insister sur le fait que l’homme araignée vient de rejoindre le MCU. Tout y passera : les références aux évènements du premier Avengers, les références à Ultron, les cours d’Histoire du lycée de Peter Parker dans lesquels sont enseignés les accords de Sokovie, les nombreuses références à Captain America (qui, pour le coup, sont une des meilleures trouvailles du film, géniale et pleine d’autodérision !), la présence de Tony Stark, etc. Le tout deviendra vite assez indigeste et on en viendrait à regretter le temps où Tobey Maguire ou même Andrew Garfield tissaient leur toile en solo.

Si les apparitions de Captain America donnent lieu à d’amusantes situations, elles constituent aussi les passages les plus drôles du film. Le reste du temps, les blagues de Spider-Man : Homecoming font rarement mouche et tombent même parfois à plat.

Bref, ce nouveau Marvel s’avère être l’un des plus faibles de la licence, un film qui trouve une place de façon artificielle dans tout cet univers. Cela est probablement dû au fait que Spider-Man n’était à l’origine pas envisagé dans l’univers étendu Marvel et qu’il fallut trouver une faille pour l’y insérer. Il faudra donc attendre le deuxième épisode des aventures de l’homme araignée pour se faire une idée claire.

Cependant, le film comporte de bons éléments. Le premier étant Michael Keaton qui, s’il ne révèle la richesse de son jeu qu’après 1h30, offrira une performance mémorable. Cela arrive tard mais l’acteur montrera alors un panel d’émotions allant de la sympathie à la menace, devenant ainsi réellement inquiétant. D’autres méchants issus de cet univers seront également intégrés à l’histoire, nommément le Bricoleur, le Shocker et le Scorpion. Leur présence ouvre donc la voie à de nombreuses possibilités pour la suite (et surtout, va permettre la production de tout un tas de produits dérivés…).

Qui plus est, ce Spider-Man s’avère être un point d’ancrage intéressant pour la série Defenders que Netflix produit actuellement, une via media entre les héros terre à terre que sont Luke Cage, Jessica Jones, Iron Fist et Daredevil d’un côté, et Iron Man, Thor, Hulk, Captain America, Hawkeye et Black Widow de l’autre. Le « friendly neighborhood Spiderman » ici présenté serait donc une passerelle entre ces deux groupes de super héros Marvel.

En somme, Spider-Man : Homecoming n’est pas un mauvais film mais il souffre de l’intégration à l’univers étendu Marvel qui, si elle permet de donner naissance à un Peter Parker plus proche du comic book que celui joué par Tobey Maguire et Andrew Garfield, se voit légèrement dénaturé. L’intervention de Tony Stark dans le récit peut donner l’impression que ce Spider-Man est un spin off d’Iron Man et le film peine alors à exister par lui-même. Quoi qu’il en soit, le film sera un succès majeur, tant en terme de recettes que de succès auprès des spectateurs.

Alexandre Alvarez
A propos Alexandre Alvarez 146 Articles
Journaliste du Suricate Magazine