« Wonder Woman 1984 », valkyrie nostalgique

Wonder Woman 1984
de Patty Jenkins
Action, Aventure, Fantastique
Avec Gal Gadot, Chris Pine, Kristen Wiig
Sorti le 25 décembre 2020 sur HBO Max

Ne pouvant repousser la sortie de ses blockbusters ad vitam æternam, la Warner a décidé d’opter pour une stratégie hybride consistant à diffuser les films conjointement en salles et sur sa plateforme de streaming HBO Max. Initialement prévu pour le 5 juin 2020, Wonder Woman 1984 fut ainsi sans cesse repoussé jusqu’à finalement sortir en ligne ce 25 décembre, devenant par conséquent le premier blockbuster à bénéficier de ce traitement.

Pourquoi 1984 ?

D’avance on peut se demander l’intérêt de placer l’action de ce nouvel opus en 1984, septante ans après le premier épisode. La réalisatrice Patty Jenkins justifia la chose en déclarant : « Nous voulions intégrer Diana au monde moderne. Mais les années 80 sont une période à laquelle Wonder Woman est relativement apparentée. C’était donc très chouette de l’y voir. Plus important encore, les années 80 constituent le pinacle de la civilisation occidentale et le succès du monde dans lequel nous vivons actuellement. C’était donc intéressant de placer notre Wonder Woman à l’origine de notre mode de pensée actuel, de voir le genre d’antagoniste qu’elle y rencontrerait et ce qui se passerait. C’est donc venu assez naturellement ».

Mais nous au Suricate, cette explication… ne nous a pas convaincus ! Alors nous avons tiré quelques ficelles et sommes parvenus à entrer en contact avec un grand producteur qui nous a dit ceci : « On aime le pognon mon pote… Et Thor : Ragnarok en a fait un paquet ! Alors vu qu’on en a rien à foutre de ton avis, on a mis des couleurs flash dans notre film, des pantalons parachute, des centres commerciaux et une armure avec des ailes façon Valkyrie à Wonder machin, et ça va faire le taf ! Parce que la nostalgie ma gueule… Stranger Things… Tout ça tout ça… Maintenant donne nous ton fric ! »

Il semble en effet que le marketing de la nostalgie ait atteint Wonder Woman et que l’esthétique années 80 tienne beaucoup d’une volonté de surfer sur la vague Thor : Ragnarok ou même des Gardiens de la Galaxie. Depuis quelques années déjà, la chose est devenue un moyen facile d’intégrer de la légèreté à un film sans trop d’efforts.

Sans compter que cela permet également d’intégrer au récit un méchant calqué sur Donald Trump, sorte de loser aveuglé par le pouvoir, l’argent et une étrange coupe de cheveux. Trump était alors au faîte de sa carrière professionnelle dans les années 80 – Retour vers le Futur II s’en était d’ailleurs inspiré pour créer le Biff Tannen du monde alternatif –, et il peut ainsi paraître logique de donner certains de ses traits à l’antagoniste de Wonder Woman 1984. Sauf que la chose n’a désormais plus rien d’original, qu’elle est éculée, facile et que, la pandémie de Covid-19 ayant repoussé la sortie du film jusqu’après l’élection présidentielle, cette charge politique n’a plus aucun sens.

Cynisme mis à part et en creusant un peu le plan historique, on pourrait argumenter que l’année 1984 intervient en pleine crise des euromissiles ! Ce qui sert largement le propos de ce nouvel épisode et permet d’intégrer un lien intéressant avec le premier film. Dans ses aventures cinématographiques, Diana est sans cesse confrontée à l’horreur du vingtième siècle : la Grande Guerre dans le premier épisode, qui marquait la propension des hommes à s’entretuer inutilement ; la guerre froide dans ce second opus qui marque notre capacité à nous autodétruire par le biais d’un conflit nucléaire.

Verdict ?

Au-delà de ce choix de contexte discutable, Wonder Woman 1984 dispose de qualités certaines qui en font un bon divertissement. Peut-être un peu plus hétérogène que son prédécesseur mais tout de même assez original et entraînant pour offrir un bon moment super-héroïque.

La première partie du film nous ramènera sur Themyscira pour une épreuve sportive, avant que Diana n’empêche plusieurs criminels de sévir dans un centre commercial américain. Soutenues par l’excellente partition musicale de Hans Zimmer, ces premières séquences donneront le ton au film.

On sera cependant étonnés de découvrir le costume de l’héroïne, aux couleurs beaucoup plus saturées que dans le précédent film, au point d’en devenir parfois indigestes.

La volonté d’éclaircir encore un peu plus l’univers de Wonder Woman – on sent là-derrière l’influence du succès commercial d’Aquaman – amènera ainsi dans la première partie du film un côté pop assez étrange, voire rebutant pour certains.

Étrangement, suite à ces premières séquences, Wonder Woman disparaîtra du film durant 1h entière pour céder sa place à Diana Prince qui passera quant à elle son temps à sympathiser avec Barbara Minerva (Kristen Wiig) et à faire du shopping avec Steve Trevor (Chris Pine) plus ou moins revenu d’entre les morts.

Cet élément constitue l’un des points faibles de WW84 : sa longueur. La volonté de donner vie à un long-métrage de 2h30 entraîne des séquences de remplissage assez superflues qui auraient pu être mises au profit d’une caractérisation plus approfondie de certains personnages. Cette nouvelle réalisation signée Patty Jenkins mériterait ainsi d’être raccourcie d’une quarantaine de minutes afin d’offrir un film plus condensé qui éviterait de se disperser.

Quoi qu’il en soit, Wonder Woman 1984 possède de solides qualités. Dans son casting pour commencer ! Si ce second film expose à certains moments la faiblesse du jeu de Gal Gadot, on peut compter sur Kristen Wiig et une impeccable prestation de Pedro Pascal pour porter le récit. Ce dernier notamment donnera vie à un Maxwell Lord complexe, entre loser frustré et sociopathe avide de pouvoir.

La relation entre Steve Trevor et Diana sera encore explorée davantage, pour offrir quelques moments émouvants, notamment dans le climax du film. Bien que certains de ces moments soient largement anticipables, ils n’en perdent pas pour autant leur portée émotionnelle.

Tout cela sera doublé de la formidable partition musicale signée Hans Zimmer, qui parvient à livrer un thème plus doux que celui composé avec Junkie XL pour Batman v Superman – qui mettait davantage l’accent sur le côté guerrier de l’Amazone. Ce dernier thème ne sera pas absent du film et on le retrouvera notamment dans le morceau Open Road. Mais le reste de cette nouvelle bande son est riche, original, et Zimmer parvient à se renouveler, comme dans le somptueux morceau Themyscira, tout à fait adapté à l’univers de Wonder Woman.

La Dreamstone, MacGuffin bancal ?

Le prétexte à l’intrigue de Wonder Woman 1984 est contenu dans la Dreamstone – ou Materioptikon –, une pierre qui réalise tous les souhaits de ceux qui la tiennent en main.

D’aucuns pourront estimer qu’il s’agit d’un argument assez facile, sorte de Deus Ex Machina qui permet de faire avancer l’intrigue aisément. Pourtant, si l’on y réfléchit un instant, cet objet est apparu pour la première fois en 1963, dans le dix-neuvième numéro de Justice League of America. C’est donc un élément inhérent à la mythologie DC Comics depuis plus de cinquante ans.

Derrière ce qui peut apparaître comme une facilité scénaristique – et le sera par moments –, il y a donc un élément tout à fait justifié. Cette pierre aurait été créée par Dolos, dieu de la duperie et de la supercherie chez les Grecs. Là où Wonder Woman faisait face à Arès dans le premier épisode, elle sera ici confrontée à la création d’un autre dieu.

Ainsi, même si cette Dreamstone sera parfois utilisée pour pallier certaines faiblesses du scénario, son utilisation reste cohérente au sein de l’intrigue.

On ajoutera à cela qu’à travers ce MacGuffin, WW84 semble réellement embrasser ses origines et s’assumer en tant qu’adaptation de comic book, sans avoir peur que le grand public ne le suive pas dans cette démarche.

Quelques gros défauts…

Outre un scénario qui a parfois tendance à s’éparpiller et quelques longueurs, Wonder Woman 1984 possède quelques défauts qui auraient largement pu être évités.

Au premier rang de ceux-ci se trouvent des scènes venues de nulle part dans lesquelles l’héroïne attrape la foudre au lasso ou se fait tirer par une roquette pour sauver des enfants qui jouent – et, étrangement ne voient pas approcher un convoi militaire qui explose dans tous les sens à 300m d’eux… Scènes qui dénotent largement avec la finesse d’autres éléments du film.

À côté de cela, on pourra trouver un petit côté Superman II (Richard Lester, 1980) dans le rapport que Wonder Woman aura vis-à-vis de ses pouvoirs, choix scénaristique relativement peu inspiré et assez regrettable.

Mais le plus gros défaut réside dans la grossièreté avec laquelle les hommes sont ici représentés. Le premier Wonder Woman était parvenu à créer un film cohérent et intéressant sans verser dans la gratuité. Or, la plupart des hommes de ce WW84 répondent à du marketing féministe et sont représentés comme de gros porcs. On trouvera ainsi tour à tour des types en train de se rincer l’œil sur un cours de gymnastique, des pervers qui harcèlent les femmes dans la rue et même un bibliothécaire qui ira jusqu’à déclarer : « Je peux vous offrir quelque chose ? Café ? Thé ? Moi ? ».

Là où le premier épisode offrait un féminisme subtil, justement dosé et bienvenu dans le paysage cinématographique, ce nouvel opus décide donc de jouer la carte de la beaufitude en intégrant des caricatures masculines à son propos de façon gratuite.

Conclusion

Wonder Woman 1984 est donc un film trop long, fortement inégal, qui possède de très grandes qualités mais également de gros défauts. Si on appréciera l’originalité de certains pans de son scénario, le jeu de certains comédiens, une très jolie bande originale et quelques belles scènes d’action, on déplorera un marketing trop omniprésent. Que ce soit dans la volonté de faire un film pop et rétro, de reproduire le succès d’Aquaman ou dans une certaine misandrie particulièrement grossière.

Néanmoins, plus que dans le premier film, Patty Jenkins parvient à faire de Wonder Woman une icône d’espoir et de justice. Face à un Batman sombre et à un Superman torturé, Wonder Woman apporte toute la douceur et la légèreté que l’on peut attendre d’elle. Comme l’ingrédient secret d’un subtil équilibre !

Au-delà de cela, malgré ses défauts, WW84 possède de l’aventure, de l’action, de la romance et offre une bonne dose d’évasion excessivement bienvenue en ces temps difficiles. L’avenir nous dira si ce film restera dans les mémoires, mais il est actuellement utile car il vous fera passer un bon moment.

Et n’oubliez surtout pas de rester quelques minutes supplémentaires pour une petite scène post-générique franchement sympathique !

A propos Alexandre Alvarez 199 Articles
Journaliste du Suricate Magazine