Premier contact, cours particulier pour élèves particuliers

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Premier Contact

de Denis Villeneuve

Science-Fiction

Avec Amy Adams, Jeremy Renner, Forest Whitaker

Sorti le 7 décembre 2016

Huitième film du canadien Denis Villeneuve, Arrival – « Premier contact » en français – marque la percée du réalisateur dans le monde de la science-fiction, comme une sorte de mise en bouche avant le très attendu Blade Runner 2049.

Alors que douze vaisseaux extraterrestres font leur apparition en différents points du globe, la linguiste Louise Banks (Amy Adams) est contactée par l’armée afin d’offrir son expertise quant au moyen d’établir une communication avec les occupants d’un des vaisseaux stationné aux Etats-Unis. Épaulée par le physicien Ian Donnelly (Jeremy Renner) et sous la supervision du colonel Weber (Forest Whitaker), Banks entrera peu à peu en relation avec les « heptapodes », dans le but de découvrir les raisons de leur présence sur terre.

De prime abord, on pensera à certains grands films catastrophe comme « Le jour où la terre s’arrêta » et, surtout, « La guerre des mondes », l’annonce de la présence extraterrestre aux quatre coins du globe créant une psychose chez les civils qui céderont alors à la panique, pillant les magasins et tentant de fuir le pays. Ce qui n’est pas sans rappeler certaines scènes ayant véritablement eu lieu en 1938, lors de l’interprétation radiophonique du célèbre roman d’H.G. Wells par un de ses homophones prénommé Orson ! Plus encore, le design des extraterrestres rappellera à certains égards celui des célèbres tripodes imaginés par l’écrivain anglais à la fin du XIXe siècle. Ces similitudes avec « La guerre des mondes » entretiennent la tension chez le spectateur qui, nourri de ces préconceptions, attendra à tout moment de voir les extraterrestres attaquer. Villeneuve joue ainsi avec les codes inhérents au genre, pour mieux les déconstruire et surprendre son audience.

Le même procédé est utilisé vis-à-vis de certains personnages. D’entrée de jeu, le film induit le mystère autour de sa principale protagoniste, en faisant de Louise Banks une mère célibataire rapidement endeuillée par le décès de sa fille. Cela permet alors une construction parfaitement maîtrisée qui amènera le spectateur à rassembler les morceaux jusqu’à déduire les mécanismes sous-jacents aux préoccupations et aux troubles de l’héroïne. Mais le réalisateur sait ici encore surprendre et ne pas tomber dans le prévisible, et l’on doit s’attendre à voir évoluer ces interprétations…

Premier contact est un film réellement intelligent, doté d’une belle originalité, de retournements peu prévisibles, et qui laisse sans cesse le spectateur sur la tangente. Très esthétique (certains plans font penser à Terrence Malick), le film se déroule lentement, sans que jamais cette lenteur ne s’avère pesante. Il s’agit là d’un long-métrage parfaitement maîtrisé d’un bout l’autre – bien que l’on puisse tout de même trouver par-ci par-là quelques lourdeurs (notamment une séquence où un militaire qui « ne mérite pas un cerveau humain puisqu’une moelle épinière le satisfait » [A. Einstein], outrepasse ses fonctions : cliché usité destiné à entraver la progression du héros et à renforcer la justesse de son combat). Le tout parcouru par une bande son originale tissant une atmosphère à part entière, ponctuée en début et fin de métrage par le superbe « On the Nature of Daylight » de Max Richter.

On appréciera notamment un détail intéressant : pour une fois, les extraterrestres décident de se poser ailleurs qu’aux seuls États-Unis ! Les êtres humains seront alors confrontés à la nécessité de mettre leurs capacités en commun afin d’interpréter leur langage et de déterminer les desseins de ces visiteurs d’un autre monde. Plus encore, ces heptapodes seront dotés de motivations profondes et crédibles, ainsi que d’une réelle complexité. Conscientisation particulièrement appréciable !

Déconcertant de par sa manière de saisir le spectateur et de le bousculer dans sa compréhension des évènements, Premier contact est assurément un excellent film qui prouve que Denis Villeneuve fait aujourd’hui partie des plus grands réalisateurs de notre temps.

Alexandre Alvarez
A propos Alexandre Alvarez 149 Articles
Journaliste du Suricate Magazine