Three Generations… de progrès

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Three Generations

de Gaby Dellal

Comédie, Drame

Avec Elle Fanning, Linda Emond, Susan Sarandon

Sorti le 7 décembre 2016

Les premières opérations transgenres furent réalisées dans les années 30 sur la personne de Einar Wegener, alias Lili Elbe (oui, l’histoire qui a inspiré le film The Danish Girl), et pourtant le changement de sexe reste, encore aujourd’hui, un tabou, quelque chose de dérangeant. En 2016, soit presqu’un siècle plus tard, l’histoire racontée par Gaby Dellal dans son film Three Generations est celle d’un combat mené par une adolescente de 16 ans pour échanger son corps de jeune femme contre celui d’un homme.

Ramona, de son nom d’origine, a elle-même grandi dans un milieu peu conventionnel, élevée par sa mère, sa grand-mère lesbienne ainsi que la compagne de cette dernière. Malgré l’ouverture d’esprit dont fait preuve, par nature, cette famille hors-norme, ce changement reste difficile à accepter pleinement pour les proches de Ray. Et pire encore, l’obligation d’obtenir le consentement du père, dans ce cas-ci depuis toujours absent, pour entreprendre une telle démarche, va venir remuer un passé douloureux.

Étonnement, ce film ne s’attarde pas sur les difficultés du transgenre à s’intégrer dans une société qui souvent le rejette mais bien sur la manière dont un foyer doit apprendre à se reconstruire autour d’un changement d’envergure. Au coeur de sa problématique, Three Generations place donc l’importance de la famille dans de telles démarches, ce qui tend à banaliser la transexualité, en mettant en avant non pas la différence mais bien l’acceptation, et, qui plus est, non pas sans humour. D’ailleurs, attachant de par son irrégularité, l’entourage de Ray donne du relief à cette comédie américaine aux airs de Juno ou encore Little Miss Sunshine.

Gaby Dellal va donc mettre un point d’honneur à bien développer les personnalités des différents protagonistes, en commençant par celle de la mère célibataire, moderne et sensible dont les histoires d’amour sont plus que chaotiques. Ensuite vient la grand-mère. Têtu, loufoque et exubérant, ce personnage hérite sûrement du caractère le mieux travaillé. Pourtant, et de manière réfléchie, le héros (ou dans ce cas-ci plutôt l’anti-héros) est relativement fade, de par son côté timide et réservé et cela, justement, pour mieux souligner la crise identitaire qu’il traverse et le sentiment de réclusion qui l’habite.

L’aspect hétéroclite de la ville de New-York – où est tourné le film – permet également de bien contextualiser deux mondes distincts : celui de la mère et celui du père, dont le spectateur fera la connaissance au milieu du film. La joyeuse troupe de femmes qui entoure Ray vit une maison aux airs brooklyniens. De l’autre côté, le père habite une villa suspendue à Pleasantville, auprès de sa parfaite nouvelle femme, ainsi que de leurs trois enfants. Les différents climats permettent de mieux souligner les personnalités, déjà bien définies, des différents acteurs.

Avec le portrait de cette mère célibataire, qui doit à la fois subvenir aux besoins de sa fille mais également lui consacrer le temps nécessaire, et celui du couple homosexuel, se cache dans Three Generations une seconde problématique liée à la première : celle du progrès parcouru ces dernières décennies, non seulement en terme d’émancipation de la femme mais aussi d’acceptation de l’homosexualité. On pourrait donc penser que, dans ce film, chaque génération de femmes représente une forme d’avancée sociale et que la dernière, le transgenrisme, n’est juste pas encore arrivée à maturité.

Three Generations a cette qualité de posséder un scénario assez ironique, ce qui se ressent même en termes de dialogues. Bien construit, tant au niveau de l’histoire que des personnages, ce film est une très belle comédie, drôle, réfléchie et pleine de charme.

Cheyenne Quévy
A propos Cheyenne Quévy 56 Articles
Journaliste du Suricate Magazine