Lion, en attendant Guddu…

Lion

de Garth Davis

Biopic, Drame, Aventure

Avec Dev Patel, Rooney Mara, Nicole Kidman

Sorti le 22 février 2017

Dans la liste des nominés pour la 89ème cérémonie des Oscars, le plus remarqué fut indubitablement La La Land, cité à quatorze reprises. Mais si le film de Damien Chazelle a énormément fait parler de lui, d’autres n’ont pas eu à rougir de leur statut : Arrival et Moonlight sont ainsi cités dans huit catégories différentes, suivis de près par Hacksaw Ridge et Manchester by the Sea ayant quant à eux décroché six nominations. Aux côtés de ces deux derniers films se trouve Lion de Garth Davis, déjà détenteur de deux prix aux British Academy Film Awards.

Adapté du roman autobiographique de Saroo Brierley, Lion raconte l’enfance de l’auteur jusqu’à son adoption, et sa quête pour retrouver sa famille biologique. Enfant, Saroo (Dev Patel) vivait avec son frère Guddu, sa sœur et sa mère dans un bidonville de la petite ville de Khandwa, en Inde. Un jour, alors qu’il attend le retour de son frère dans une gare, il s’endort dans un train dont il se retrouve prisonnier. Il n’en descendra qu’après plusieurs jours de route pour se retrouver à Calcutta, à 1500 km de chez lui. Après avoir erré durant plusieurs jours et échappé de justesse à la malveillance de certains adultes, Saroo sera placé en orphelinat avant d’être adopté par un couple d’australiens, les Brierley (Nicole Kidman et David Wenham). Vingt ans plus tard, il cherchera à renouer avec son passé et à retrouver son frère Guddu et sa mère.

Bien qu’il ait été loué par certains critiques, Lion souffre de quelques défauts majeurs. Avant tout, le film parvient mal à définir son propos : s’agit-il de l’errance d’un enfant abandonné seul à Calcutta ? Ou bien du cheminement d’un adulte désireux de retrouver ses racines ? En effet, la volonté du réalisateur de coller un maximum au récit originel l’amène parfois à s’égarer. Ainsi, les bandes annonces présentent le film comme la quête de vérité de Saroo, incarné par Dev Patel, alors que le comédien n’entre en scène qu’après seulement cinquante minutes de récit, de même que les autres acteurs principaux cités au casting : Rooney Mara, Nicole Kidman et David Wenham. La chose aura donc de quoi dérouter le spectateur qui s’attendra à suivre une enquête ponctuée de flashbacks, quand Garth Davis aura privilégié à son récit une progression chronologique. L’installation du cadre est donc très lente et l’on pourra parfois difficilement suivre le réalisateur dans sa démarche et saisir où il essaye de nous amener durant la première partie du long-métrage.

Un autre défaut concerne le développement de certains points d’intrigue ou personnages. Pour ne citer qu’un exemple, Sue et John Brierley auront adopté un autre enfant, Mantosh (Divian Ladwa), qui sera parachuté dans l’intrigue sans se voir correctement développé. La chose est d’autant plus frustrante dans la mesure où celui-ci était sujet à de violentes crises d’angoisse et où ses rares interventions à l’écran soulèveront plusieurs questions qui ne trouveront pas toujours de réponse.

Maintenant, en ce qui concerne les qualités, à côté d’une histoire particulièrement touchante et originale, Lion aborde plusieurs thématiques intéressantes. Avant tout, l’adoption de Saroo est présentée du point de vue de l’enfant. Celui-ci ne comprend pas réellement ce qui lui arrive – phénomène renforcé par le fait qu’arrivé à Calcutta, il ne parle pas un seul mot de Bengali – et, d’un bidonville indien, il se retrouvera propulsé dans un tout autre monde en Australie. Il subira ainsi une grande partie des évènements sans réellement pouvoir agir. Sa décision de rechercher sa famille biologique sera alors vue comme une sorte d’émancipation, un moment clef dans lequel il choisit de reprendre le contrôle de sa destinée.

Autre point intéressant, contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, la quête identitaire de Saroo s’avérera longtemps destructrice. Cette recherche de lui-même l’amènera ainsi à se couper du monde. À cela s’ajoutera une culpabilité née du sentiment d’avoir abandonné sa famille, et que Guddu l’attend toujours sur le quai de la gare. Sentiment renforcé par l’oubli de sa culture originelle et de sa langue maternelle, l’Hindi.

Lion est un film intéressant mais malheureusement dénué de réelle puissance émotionnelle. La faute à une réalisation trop académique qui suit un cheminement chronologique et ne laisse que rarement place à la fantaisie. Néanmoins, le contraste entre une Inde pauvre, parfois dangereuse, et une Australie riche, terre d’asile, est subtilement intégré à l’intrigue. Quant aux acteurs, ils investissent chacun leur rôle afin de donner corps au récit. Dev Patel livre ainsi une prestation intelligente, digne de celle qui le révéla au grand public (Slumdog Millionaire, Danny Boyle, 2008). Ce rôle marque donc une avancée dans sa carrière et lui offre une maturité bienvenue. Au final, une belle histoire, racontée avec passion, malgré quelques carences dans le scénario et la réalisation.

Alexandre Alvarez
A propos Alexandre Alvarez 142 Articles
Journaliste du Suricate Magazine