Superman Red Son, Back in the USSR !

Superman Red Son
de Sam Liu
Animation, Action
Sorti en DVD/Blu-Ray le 25 mars 2020

Deux ans après Gotham by Gaslight qui ouvrait la voie à diverses portées à l’écran des licences Elseworlds, Superman Red Son fait enfin son apparition dans nos salons. Tandis qu’une adaptation en Motion Comics avait déjà vu le jour en 2009, DC Comics a finalement décidé d’intégrer la mythique uchronie à son DC Animated Movie Universe !

Et si Superman, au lieu d’avoir atterri à Smallville, était arrivé en Union Soviétique du temps de Staline ?  Voilà un somme les prémisses de cette nouvelle histoire… Si celle-ci s’éloigne par moments de l’œuvre éponyme scénarisée par Mark Millar, elle n’en reste pas moins une très bonne portée à l’écran d’un récit particulièrement original.

Dans cette nouvelle adaptation, les scénaristes nous rejouent la Guerre Froide trente ans après la chute du Mur de Berlin. On retrouve ainsi la course à la prédominance d’un système par rapport à un autre, ou du moins la course que se jouaient États-Unis et Russie pour manifester la réussite de leurs régimes politiques respectifs. Dans cette optique, Lex Luthor deviendra le fer de lance de l’Amérique, modèle de réussite sociale, intellectuelle et économique, face à un Superman tout puissant, chancre de l’idéologie soviétique !

Ainsi, pour contrer le surhomme stalinien, Lex Luthor créera sa propre créature de Frankenstein, Superior Man, qui déclarera sans ambages : « Je suis la Vérité, le suis la Justice, je suis le mode de vie américain ». Dans cette course à l’armement 2.0., ce Bizarro deviendra une métaphore de l’Amérique, machine à rêve devenue peu à peu monstrueuse et difforme…

Mais au-delà de ce commentaire politique, Superman Red Son parvient également à se faire historique, en plongeant dans la dure réalité du système soviétique : famines, exécutions et goulags. Dès lors, Superman deviendra rapidement le leader de ce système, jusqu’à se laisser corrompre par le pouvoir. Il deviendra ainsi le dictateur qu’il aurait autrefois combattu, en assassinant Staline – différence notable par rapport au comics originel – pour prendre le pouvoir, allant jusqu’à lobotomiser ses opposants.

Néanmoins, noyé dans son hybris, Superman ignorera jusqu’à l’existence des Goulags devenus souterrains pour échapper à son attention. À travers cela, Red Son dénonce au fond l’évolution du régime soviétique, devenu bureaucratique au point d’échapper à tout contrôle !

Derrière ces thématiques, le film fait intervenir plusieurs personnages illustres de l’écurie DC comme Wonder Woman, Green Lantern et Batman. Ce dernier est probablement le plus intéressant : enfant du goulag, Batman aura vu ses parents assassinés par le Régime, devenant un anarchiste décidé à abattre le système tout entier. Cette capacité à l’abnégation la plus totale est au fond une composante majeure de l’homme chauve-souris ici parfaitement retranscrite à l’écran. Quant aux Green Lanterns, ils symbolisent finalement la théorie de l’équilibre des puissances : pour un Superman, dix Green Lanterns !

Derrière ces thématiques historico-politiques se trouvent aussi plusieurs points intéressants liés à l’histoire des personnages apparaissant à l’écran. Ainsi, la rivalité entre Superman et Lex Luthor est ici abordée. Dans le comics originel, Luthor était présenté comme l’homme le plus intelligent du monde, un Self-Made Man arrivé dans les hautes sphères grâce à son travail et son intelligence, là où Superman possédait toutes ces choses naturellement, de par son ascendance kryptonienne. Mais si la chose était explicitement exprimée par Luthor dans le comics, elle est sous-jacente dans l’adaptation cinématographique. Néanmoins, la thématique est bien présente dans le film et renforce la richesse du récit.

En somme, Superman Red Son est une excellente adaptation qui – comme Gotham by Gaslight avant lui – prend plusieurs libertés avec le comics dont il est issu sans pour autant en nier l’essence. Si l’animation laisse parfois à désirer, on trouvera néanmoins une histoire originale, des retournements inattendus et un commentaire politico-historique particulièrement intéressant !

Alexandre Alvarez
A propos Alexandre Alvarez 183 Articles
Journaliste du Suricate Magazine