« Gangrène, une histoire d’amour », cruelle romance

Titre : Gangrène, une histoire d’amour
Auteur : L.-J. Wagner
Editions : Souffles littéraires
Date de parution : 23 juin 2020
Genre : Roman, anti-romance

Michel Sardou chantait la maladie d’amour avec poésie et romantisme dans les années 70. En 2020, L.-J. Wagner nous fredonne un air bien différent et bien moins mignon.

L’amour, l’amour…qui nous donne des ailes pouvant parfois se transformer en ailes de plomb, voire en camisole de force. La cruauté des sentiments amoureux est proportionnelle à l’allégresse qu’on peut ressentir quand on entame une idylle. Au début, c’est grisant, ça chatouille, ça fait sourire puis l’état d’euphorie fait place à une zone plus paisible, moins fougueuse. Une sorte de dépendance se crée parfois aussi.

Le roman de L.-J. Wagner va pousser à l’extrême cet état de dépendance en lui donnant la forme d’une relation toxique menée par un pervers narcissique plus vrai que nature.

Chloé travaille, Chloé s’enivre, sort, couche avec beaucoup d’hommes. Chloé rejette en bloc l’amour conventionnel et profite de sa jeunesse pour boire jusqu’à la lie tout ce que le sentiment sensuel a à lui offrir, s’éloignant avec acharnement de la moindre portion d’amour qu’on lui propose. Lors d’une énième journée morne au travail, elle rencontre le sémillant Colin. Colin est charmant et charmeur. Colin va tenter l’impossible et y arriver avec un succès flamboyant ; dompter Chloé et l’assujettir aux lois douces-amères de l’amour et du couple. De rendez-vous en rendez-vous, Colin va dérouler sa mécanique bien rodée, huilée parfaitement mais toute entreprise a ses failles et toute histoire a une sortie de secours.

Oh comme ce roman est mordant !!!! Il nous mord à la jugulaire, nous saisit du bout des lèvres puis nous maintient fermement et tranquillement, imprime ses dents dans la chair et ne nous lâche que quand nous nous avouons vaincus.

L’écriture en elle-même n’est pas exceptionnelle, très scolaire et honnête. Mais cette dernière est très vite éclipsée par un récit se révélant chapitre après chapitre âpre et jouissif. Il gère sa tension narrative et nous emporte méthodiquement vers son surprenant et plaisant climax.

De l’anesthésie à l’amputation, Gangrène, une histoire d’amour fait un judicieux parallèle avec la maladie et nous laisse nous amuser sur ce fil du rasoir bien maîtrisé.

Elodie Kempenaer
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