« Roman », pacte brillant avec le Diable

Titre : Roman
Autrice : Nathalie Rheims
Editions : Léo Scheer
Date de parution : 23 septembre 2020
Genre : Essai philosophique

Fille de Maurice Rheims, commissaire-priseur et académicien, Nathalie a commencé sa carrière en tant qu’actrice dans divers téléfilms ainsi qu’au théâtre. Productrice, elle a fondé avec Claude Berri la société Hirsch Productions et s’est impliquée dans de nombreux films à succès tels que « L’un reste, l’autre part » ou « Bienvenue chez les Ch’tis ». En 1999, elle publie son premier roman intitulé « L’un pour l’autre”. 

« Roman », titre de son nouveau livre, n’est pas un nom commun mais le prénom d’un célèbre réalisateur, Roman Polanski. Avec un tel sujet, l’actrice n’a pas choisi la facilité et pourtant, cet essai faustien est parfaitement maîtrisé.

Depuis longtemps, l’autrice souhaitait se confronter au Diable dont la présence l’accompagnait depuis de nombreuses années. « La première fois que je l’ai croisé, je n’ai pas compris ce qui se passait. J’ai mis des années à reconstituer ce moment, et à comprendre son sens ». Cependant, l’intermédiaire lui manquait. Puis, plusieurs événements ont contribué aux prémices de la rencontre avec ce Faust, longtemps recherché.

Lors de la cérémonie des Césars, Jean-Pierre Darroussin « s’autorise à faire semblant de ne pouvoir prononcer le nom de Roman ». Cette attitude provoque l’effet opposé chez Nathalie Rheims qui ne peut réprimer l’envie de parler du réalisateur et de converser avec lui par l’intermédiaire de l’écriture. Elle tient notamment à préciser qu’elle ne le connaît qu’à travers son œuvre et non personnellement.

L’incendie de Notre-Dame est, selon l’écrivaine, une preuve supplémentaire de la lutte qui oppose le Bien et le Mal et qui nous pousse, en seulement quelques minutes, à décider de l’essentiel et à le sauver. Enfin, le confinement (car le livre a été écrit pendant cette période) est venu s’ajouter à cet enchaînement fatal et linéaire.

La dualité est un sujet finement étudié chez l’autrice qui voit en Roman, avec ce destin à la fois éblouissant et tragique, le fils choisi pour incarner le Diable sur Terre. L’œuvre du cinéaste est décortiquée, ciselée avec une précision chirurgicale. Sa filmographie, en passant par Rosemary’s Baby, La Neuvième Porte, ou encore J’accuse, est questionnée et étudiée sous un prisme unique, parfois à la lumière des situations actuelles.

Nathalie Rheims n’encense pas le travail du réalisateur mais lui confère le titre de « génie maudit ». Celui qui a découpé dans la matière de sa propre vie et qui en restera prisonnier jusqu’à la fin de ses jours. Contrairement au fou, qui lui, est prisonnier de sa propre démence à perpétuité.

L’écrivaine a publié un livre court (143 pages) mais extrêmement dense dans son propos. Sa plume est fluide, intelligente et profonde.

Cet essai philosophique est brillant et va bien au-delà de son sujet premier en offrant de nombreux questionnements sur l’art, la frontière entre l’artiste et son travail ainsi que sur le monde d’aujourd’hui et celui de demain.