“Un pays qui se tient sage” : un film qui désobéit

Un pays qui se tient sage
de David Dufresne
Documentaire
Sortie le 7 octobre 2020

« Ne parlez pas de répressions, de violences policières. Ces mots sont inacceptables dans un état de droit ». Voilà la base du discours que tenait Macron en 2019 – en accord avec l’idée globale que véhiculaient les médias et selon laquelle les affrontements qui avaient alors lieu étaient avant tout le fait de casseurs mécontents. Mais ce discours est, malheureusement pour Macron, bien vite contredit par les témoignages postés en masse sur les réseaux sociaux.

Un pays qui se tient sage est construit comme une compilation de ces vidéos prises sur le fait par des acteurs de la lutte pour valoriser justement ce que les réseaux sociaux ont permis, à savoir le passage d’une information transmise verticalement vers une information transmise horizontalement, par le peuple et pour le peuple. Si l’intention est bonne, le résultat n’en est pas moins chaotique, des vidéos mal cadrées et de tous types de format s’enchaînant rapidement à l’écran. Après tout, on ne va pas voir ce film pour se laisser porter par une proposition artistique ou esthétique originale mais pour prendre conscience d’un débat qui est de plus en plus présent aujourd’hui.

Entre deux séquences d’images attestant des violences qui ont eu lieu en France ces dernières années, des personnes de tous horizons sont invitées à s’exprimer sur le sujet. Le film est construit comme un dialogue entre la parole et l’image, entre l’interrogé et le spectateur. Les différents interlocuteurs usent facilement de citations attribuées à de grands penseurs du XXème, parmi lesquels on retrouve Weber, Trotski, Arendt, Helder Camara, Jean Genet ou encore l’inévitable Bourdieu, mais ce n’est pas pour autant que le combat est intellectualisé. Les références se noient dans le discours de militants, d’ouvriers, de policiers, d’universitaires pour créer un débat unique, riche en propositions.

De ce reportage, on retiendra surtout le caractère partisan. Certaines vidéos montrent des offenses subies par les policiers mais elles sont minoritaires – comme dans la réalité semble dire le film. Avant toute chose, le réalisateur et journaliste multi-primé David Dufresne s’intéresse à la relation triangulaire Etat – Police – Peuple et à comment ces trois partis définissent la question de la légitimité de l’usage de la force. A partir de quel moment la violence n’est plus légitimée par le statut de « gardien de la paix » ? Où se situe la limite entre accomplir son devoir et se laisser envahir par la colère ? Les policiers défendent-ils avant tout le peuple ou les institutions ?

Alors que les États-Unis sont mis à feu et à sang par des militants en colère et qu’en Belgique on déplore tous les jours de nouveaux incidents, les violences policières n’ont jamais été autant au cœur de l’actualité. Et Un pays qui se tient sage se place comme un engagement cinématographique et politique luttant, au même titre qu’une manifestation, pour la restructuration des forces de l’ordre.

A propos Cheyenne Quévy 77 Articles
Journaliste du Suricate Magazine