“Lynn + Lucy” : un film cru, dur et honnête sur une amitié à l’épreuve du crime

Lynn + Lucy
de Fyzal Boulifa
Drame
Avec Roxanne Scrimshaw, Nichola Burley, Jennifer Lee-Moon
Sorti le 1er juillet 2020

« Certaines personnes ne devraient pas avoir le droit de se reproduire ».  Cette phrase uppercut est dirigée contre Lucy dont le bébé vient de décéder après avoir été violemment secoué. Comment réagir quand on soupçonne son ami le plus cher d’un tel crime ? C’est la question clé du film Lynn et Lucy dans lequel deux amies d’enfance se déchirent suite à un troublant infanticide, sur fond de misère sociale dans un quartier populaire en Angleterre.

Entre Lynn, rondelette et effacée et Lucy, jolie et excentrique, c’est l’amitié à la vie, à l’amour avec un lien si fort qu’elles se sont fait tatouer deux cœurs sur l’épaule. Voisines de quartier, avec leurs vies étriquées, elles sont emblématiques de la classe populaire anglaise, à la limite du « white trash ».

Lynn, à l’aube de la trentaine, a déjà une enfant d’une dizaine d’années et son couple bat de l’aile, suite au retour à la maison de son compagnon, ancien soldat blessé. Elle crie, apparaît éteinte, mais fait aller tant bien que mal son train-train quotidien. Elle prend un job dans un salon de coiffure, faute de mieux. De l’autre côté de la rue, elle voit son amie Lucy, la boute en train des deux, devenir mère sans montrer d’attachement à son bébé. Puis tout dérape suite à une crise de jalousie du jeune compagnon de Lucy, et leur enfant meurt après avoir été secoué sans que l’on sache précisément qui de Lucy ou de son compagnon Clark en est responsable.

Lynn est alors tiraillée entre sa volonté d’aider son amie de toujours et la réprobation qu’elle sent monter en elle, alors qu’il lui apparaît de plus en plus clairement que Lucy pourrait être coupable du crime. Elles se parlent mais leur regard et attitude deviennent fuyants et Lynn sent la colère et la peur monter en elle.

Le réalisateur Fyzal Boulifa met en évidence le conflit intérieur de Lynn, entre moralité et amitié face aux soupçons grandissant qui la hantent sur le rôle de son amie dans le décès de son fils. Il réalise aussi un film sur le regard des autres dans ces quartiers où tout le monde s’épie et se juge. Les scènes dans le salon de coiffure, sont particulièrement savoureuses, entre désir de revanche sur l’ancienne belle du lycée et cancans à foison.

Ce film se ressent comme un coup de poing au ralenti ou tout est dépeint avec une lumière crue une ambiance lourde et sordide. La tension monte progressivement, sans que rien ne soit forcé, pour ce premier long-métrage de Fyzal Boulifa.

Les deux actrices principales forment un duo réaliste et signent une belle performance scénique, en interprétant ces vies modestes et quasi subies, comme allant à la dérive, sous le regard réprobateur des gens qui les entourent. C’est aussi le besoin de juger, pour se sentir supérieur qui est dépeint ici. Nul n’en ressort grandi.

A propos Myriam Watson 48 Articles
Journaliste du Suricate Magazine