« L’Usine », bienvenue en absurdie !

Titre : L’Usine
Autrice : Hiroko Oyamada
Editions : Christian Bourgois
Date de parution : 14 janvier 2021
Genre : Roman

Dans ce premier roman de Hiroko Oyamada traduit en français, l’autrice nous convie dans l’usine, une gigantesque enceinte aux infrastructures dignes d’une ville : des restaurants par dizaines, une zone résidentielle, une départementale, un fleuve et même une forêt. Il va sans dire qu’énormément de gens y travaillent. L’histoire se focalise plus particulièrement sur trois d’entre eux : une femme affectée au service déchiquetage, un jeune universitaire fraîchement cueilli pour développer la végétalisation des toits de l’usine et un homme travaillant au service documentation. Mais qu’est-ce que l’usine et qu’y fabrique-t-on ? Cette question basique, aucun des personnages ne se la pose ou ne l’expose au lecteur curieux. Il faudra faire sans.

On suit donc l’évolution de ces trois personnages pour qui ce boulot ne sert qu’à payer le loyer. Forcément, entre le déchiquetage de documents dans un sous-sol sombre, la végétalisation pour un novice en la matière, seul élément de son équipe qui plus est, et la relecture de documents soporifiques, l’épanouissement professionnel n’est qu’une vague chimère qui s’effrite jour après jour.

Quelques éléments apportent un côté mystérieux au récit comme la prolifération importante de ragondins et de corbeaux sur le territoire de l’usine. Sont-ils dangereux ? L’activité de l’usine a-t-elle un rapport avec cette multiplication inquiétante ?

Vous l’aurez compris, chers lecteurs au flair aiguisé, L’Usine est un roman aux allures kafkaïennes et vous n’aurez peut-être pas toutes les réponses à vos questions. Pour ceux à qui cela pose problème, mieux vaudrait passer votre chemin. Car même pour les amateurs du genre, cette lecture peut paraître assez laborieuse faute à une narration très confuse, aux trop longs passages descriptifs sur les animaux précités dignes des manuels scolaires de notre enfance ou encore à certains concepts comme l’apparition incongrue d’un personnage apparemment pervers qui sort d’on ne sait où pour faire on ne sait pas vraiment quoi.

Les protagonistes ne sont pas là pour sauver la mise car on ne rit jamais d’eux ou avec eux chaque fois qu’une situation qui les dépasse se présente. Leur psychologie n’étant pas même effleurée, aucune identification n’est possible car ils sont déshumanisés et peu curieux face à cet emploi et cet employeur qu’ils ne comprennent pas.

L’autrice avait certainement pour but de braquer les projecteurs sur un monde professionnel dans lequel tout l’aspect social est relégué au second plan. Et probablement sur d’autres concepts encore, mais il est possible qu’une partie du lectorat passe complètement à côté, voire s’ennuie ferme du début à la fin. Cependant, les personnes friandes de romans absurdes, y trouveront peut-être leur compte.

A propos Emmanuelle Lorriaux 79 Articles
Journaliste