L’envie de grandir : un moteur pour évoluer professionnellement et se lancer dans l’entreprenariat

La reconversion professionnelle et l’entreprenariat social sont actuellement en vogue. Comment en arrive-t-on à s’engager dans cette voie, comment négocier ce virage ? Pour aborder ces thématiques, rien de mieux que d’étudier un cas concret. Pascale Croonenberghs, 42 ans, s’est lancée en tant qu’entrepreneur avec l’ouverture de “Culture Kids” en novembre 2018, un espace dédié aux enfants et à la découverte du monde, après avoir été traductrice et enseignante. Son entreprise, de type social et qui vise à promouvoir l’apprentissage par l’amusement (“edutainment” en anglais), est le fruit d’un long parcours professionnel à l’international. 

Nous avons rencontré Pascale lors d’une formation pour devenir animateurs d’ateliers philosophiques pour enfants, organisée par Seve Belgique. Sa participation est le fruit d’une disposition d’esprit entre curiosité et volonté continue d’apprendre. Pour Pascale, la réflexion philosophique peut s’appliquer dans sa vie personnelle et professionnelle, aussi bien que dans les ateliers philo avec les enfants. Plonger dans ce nouvel univers, sans savoir précisément comment elle utilisera cette formation, est une expérience enrichissante qui lui permet de “se développer soi-même et grandir dans toutes ses compétences possibles, c’est l’envie de savoir plus, de grandir, de s’améliorer, de se remettre en question, ne jamais prendre les choses pour acquises et d’aller plus loin”.

C’est lors de ses études en marketing, alors que Pascale fait du volontariat au Chili auprès d’un institut pour enfants, qu’elle découvre sa vocation : travailler avec les enfants. Confrontée à des enfants qui savaient écrire sans savoir lire (ils recopiaient sans les comprendre les mots du tableau) que Pascale se lance et leur apprend à lire, alors qu’elle-même avait appris l’espagnol juste quelques mois auparavant lors d’un séjour Erasmus en Espagne. Cette expérience lui a révélé sa mission de vie et selon elle, “quand on donne aux enfant, on ne réalise pas à quel point on reçoit en retour, c’est gigantesque, on se sent utile”.

Pendant une dizaine d’années, Pascale travaillera ensuite au Mexique, où vit son ex-mari, comme traductrice anglo-espagnole et enseignante. De retour en Belgique en 2006, elle travaille comme professeure dans une école Montessori à forte dimension internationale. Elle enseigne en petits groupes, dans des classes décloisonnées, où les activités sont multiples. Elle note les vertus de l’enseignement de la musique, systématique dans cette école, qui “développe une partie du cerveau qui n’est pas stimulée par tout autre apprentissage scolaire, ainsi que la créativité”. Dans cette école a pédagogie positive, elle a suivi de nombreuses formations et s’est sentie dans un environnement à la pointe, par exemple par la pratique du mindfulness en classe ou les activités proposées par des intervenants extérieurs.

Qu’est-ce qui nous pousse à bousculer les habitudes et à changer d’orientation professionnelle, en faisant le pari, non sans risque, de l’entreprenariat ? Pour Pascale, c’est clairement “l’envie de grandir et d’avancer sur son chemin”. Après sa longue carrière dans l’enseignement et de nombreux voyages, Pascale décide de se lancer dans l’entreprenariat et prépare cette transition en suivant un cursus d’entreprenariat à Solvay, pendant lequel elle met en place un business plan et rencontre des business angels. Deux ans se sont écoulés entre le moment où l’idée de Culture Kids est née dans son esprit et son ouverture concrète pour “être sûre de son choix, de ses compétences et s’accompagner des bonnes personnes”.

Pascale définit Culture Kids comme “un espace interactif, comme un centre culturel pour enfants où ils peuvent faire des activités pour leur développement culturel, personnel, linguistique et créatif”. L’idée est de pouvoir voyager en restant sur place (NB : une des réponses possibles au défi du tourisme durable) et de montrer à quel point les différences culturelles peuvent être une richesse. Culture Kids offre des activités para-scolaires ainsi que des activités pour les écoles. Tous les six mois, un pays nouveau est mis à l’honneur, en collaboration avec l’ambassade de ce pays, qui permet d’établir des contacts avec des artistes et musiciens du pays, pour réaliser des ateliers sur les traditions et le folklore du pays.

Se lancer dans l’entreprenariat n’est pas simple, surtout en tant que mère célibataire et établie en dehors de Bruxelles où selon elle les subsides sont plus nombreux. “Il n’y a pas beaucoup de soutien et l’entreprenariat est un monde très compétitif”, explique Pascale. Idéalement, elle aurait voulu monter Culture Kids comme une ASBL car son but est social et pas nécessairement lucratif. Mais le lieu où elle a ouvert Culture Kids était à vendre et pas à louer et l’octroi d’un crédit bancaire s’est révélé plus simple à obtenir en créant une société.

Pour préparer son projet et obtenir un accompagnement, elle a donc décidé de suivre la formation payante Solvay entrepreneur. “En fait, il faut avoir les moyens financiers. Une femme qui a des idées extraordinaires mais pas de moyens est difficilement soutenue”, explique-t-elle. La complexité du statut de femme entrepreneur est liée au défi de concilier, avec un bon équilibre, ses différents rôles et identités : “Etre une bonne mère, une bonne compagne, en plus des défis professionnels”.

La soif d’apprendre et de découvrir le monde a ainsi été le fil rouge de Pascale et l’a guidée sur son parcours de reconversion professionnelle. Pour d’autres avec des envies de changements mais sans projet défini, la cité des métiers à Bruxelles peut être un bon point de départ. Toute personne en questionnement sur son avenir professionnel peut y bénéficier d’un espace documentaire, d’évènements et activités collectives ainsi que des conseils individuels. Pour les personnes qui désirent se lancer dans l’entreprenariat social, Coopcity le centre d’entreprenariat social et coopératif à Bruxelles, propose des programme d’accompagnement aux porteurs de projets.

Myriam Watson
A propos Myriam Watson 32 Articles
Journaliste du Suricate Magazine