Le tourisme peut-il encore être durable ?

Le prochain départ de Greta Thunberg, la jeune égérie de la lutte contre le changement climatique, pour les Etats-Unis par voie maritime plutôt que par avion, a pour but d’enfoncer le clou. Avec l’explosion du tourisme de masse et des vols bon marché, la terre et ses lieux de villégiature arrivent progressivement à saturation.

Comment en est-on arrivé là ?

Le voyage d’agrément existe depuis l’Antiquité, mais c’est en 1803 que le terme « touriste » apparaît dans la langue française, dérivant du mot anglais “tourist” apparu en 1800, désignant des voyageurs parcourant des pays étrangers avec d’autres buts que les affaires, l’exploration scientifique ou le prosélytisme religieux, avant de revenir chez eux. Au tout départ, le touriste était un étudiant britannique de bonne famille qui faisait le Grand Tour des pays d’Europe pour parfaire son éducation et parfois trouver sa promise. Le tourisme anglais s’est ensuite développé avec les bains de mer sur la côte Atlantique et en Méditerranée.

Depuis, le tourisme a essaimé partout dans le monde. Il est devenu un phénomène massif et mondial. En 2018, le nombre de touristes dans le monde a atteint 1,4 milliard de personnes, avec la plus forte croissance enregistrée en Europe et en Afrique. Selon l’Organisation mondiale du tourisme, la croissance touristique a été de 8 % en Europe avec la France qui est restée la première destination touristique mondiale (cocorico, 90 millions de visiteurs) devant l’Espagne et les États-Unis. Paris, ville la plus touristique au monde accueille à elle seule 29 millions de visiteurs.

En terme de ratio, l’Islande remporte la palme, avec 2,2 millions de touristes pour 300 000 habitants. Mais c’est certainement à Barcelone que le ras-le-bol contre l’invasion du tourisme s’exprime le plus fort, face à la difficulté de se loger à prix décent et à la perte des commodités propres à la vie de quartier. Face au poids de l’impératif économique et de croissance, le tourisme n’a en effet pas toujours été conçu pour se concilier avec les besoins et capacités d’accueil du territoire.

Face à cet état d’exaspération des populations locales et à une saturation touristique de certains territoires entraînant une dégradation de l’environnement, la problématique du tourisme durable a émergé.

Pour l’Organisation mondiale du tourisme, le « Développement touristique durable satisfait les besoins actuels des touristes et des régions d’accueil tout en protégeant et en améliorant les perspectives pour l’avenir. Il est vu comme menant à la gestion de toutes les ressources de telle sorte que les besoins économiques, sociaux et esthétiques puissent être satisfaits tout en maintenant l’intégrité culturelle, les processus écologiques essentiels, la diversité biologique, et les systèmes vivants. »

Le tourisme durable s’inscrit ainsi dans une dynamique qui articule des modes de déplacements, de production et de consommation éco-responsables, tout en associant étroitement les populations qui vivent, travaillent ou séjournent dans l’espace concerné au projet de développement touristique et aux retombées socioéconomiques, équitablement répartis.

Ce développement suppose un aménagement et une gestion intégrée des ressources, une maîtrise des flux (d’énergie, de biens et personnes) qui implique donc la participation étroite des acteurs locaux, et une écoresponsabilité des touristes et des acteurs professionnels. Ces derniers devraient être amenés à mettre en balance l’impact économique avec les impacts sociaux et environnementaux de leurs activités. Concrètement, refuser de faire ou de proposer un aller-retour d’un weekend demande une responsabilisation de l’offre et de la demande.

Au niveau individuel, soutenir un tourisme durable peut s’apparenter à faire du tourisme éthique. Pour réellement changer les choses, il faudrait voyager moins loin et/ou plus longtemps. Dans cette perspective, les voyageurs devraient être mieux informés (ou mieux s’informer) des impacts de leurs voyages afin de choisir des formules éthiques sans ressentir de la contrainte.

Rodolphe Cristin, sociologue et auteur de “l’Usure du monde : critique de la déraison touristique”, est sceptique : “le tourisme éthique a réussi à créer un nouveau segment commercial, mais il n’a pas la capacité de se substituer au tourisme existant. Et s’il y parvenait, il ne resterait pas éthique bien longtemps”.

Par ailleurs, les vacances étant fortement liées au plaisir et à l’absence de contraintes, il appartient à chacun de se faire son propre jugement et de trouver son équilibre. Les solutions individuelles ne pourront d’ailleurs faire sens qu’avec un sursaut collectif global.

Le tourisme permet de créer du lien dans un monde qui en demande toujours plus. Il contribue à 10 % du PIB mondial. Sa trop grande concentration dans quelques sites majeurs est un défi. Sans doute qu’une meilleure valorisation des sites secondaires contribuerait à équilibrer la balance.

Myriam Watson
A propos Myriam Watson 27 Articles
Journaliste du Suricate Magazine