Azami de Aki Shimazaki

Azami

auteur : Aki Shimazaki
édition : Actes Sud 
sortie : janvier 2015 
genre : roman 

Mitsuo, rédacteur à la revue N, vit un mariage confortable mais sans passion avec Atsuko. Un jour, il croise son ancien camarade d’école Gorô Kida qui l’emmène dans un bar où il aperçoit Mitsuko, la première femme qu’il a aimée. Celle qu’il avait surnommé Azami (chardon), si belle et intelligente est devenue entraîneuse. Mitsuo sent alors le besoin de revoir Mitsuko.

Azami d’Aki Shimazaki tient en peu de pages et en peu de mots. Et avec cette économie de moyens, elle parvient à nous raconter la vie dans ce qu’elle a de plus terre-à-terre mais aussi de plus merveilleux parfois. A travers le vide de la vie de Mitsuo, elle raconte comment la vie moderne peut être aliénante et terne, et comment l’amour, même s’il ne dure qu’un instant, peut lui ramener de la couleur. Mais cette beauté se trouve en dehors du cours de l’existence, à côté des mariages et du quotidien. Elle se vole par instants sur le bord du chemin et se fane quand on la cueille.

Grâce à un style haché, nerveux fait de courtes phrases directes, Shimazaki fait écho au vide qui caractérise la vie de Mitsuo. Elle en rend la lecture vigoureuse, ancrée dans le présent et dans la réalité de tous les jours, des petits gestes et transforme le monde de Mitsuo en prison. Ce détachement presque clinique qui fait écho à la vie du personnage montre qu’il garde une distance par rapport à l’intime notamment dans son couple.

Et quand Mitsuko, qu’on devine être l’alter ego de Mitsuo, surgit, c’est toute la prose qui change, laissant se glisser dans le texte la sensation et le ressenti par petites touches. Cet homme qui ne pensait que de manière droite et usuelle voit soudainement jaillir en lui la poésie, une voix lyrique jusque-là inconnue qui anime son inconscient et contamine la prose de Shimazaki.

Un symbolisme romantique discret parcourt le roman, lui insufflant une poésie douce et discrète qu’on peut percevoir ou choisir de ne pas voir, une douceur qui naît entre les lignes de la froideur de la syntaxe et de la langue. Car Shimazaki a cette capacité à écrire le vide et le désir comme Won Kar Wai le filme dans In The Mood For Love, dans une prose où la phrase la plus banale est une déclaration d’amour qui se laisse entrevoir avec une pudeur et un doigté éminemment japonais.

Aki Shimazaki dépeint avec une prose d’une simplicité désarmante, peut-être de manière un peu trop appuyée, un monde où la vie n’existe pas dans le cours du quotidien mais à côté: dans les pink salons, sur le tapis d’une bibliothèque, dans les rêves et les chansons de l’enfance. Car c’est « le long du chemin de fer que poussent les fleurs sauvages ».

Mathieu Pereira
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