Wonder Woman, Amazing Amazon

Wonder Woman

de Patty Jenkins

Action, Science-Fiction, Fantastique, Aventure

Avec Gal Gadot, Chris Pine, Connie Nielsen

Sorti le 21 juin 2017

Nos mères l’attendaient depuis 1979, Wonder Woman est enfin de retour sur nos écrans !

Bref retour en arrière : Wonder Woman à la télévision et au cinéma depuis 1941…

Depuis sa première apparition dans les pages de Sensation Comics en 1941, l’héroïne imaginée par William Moulton Marston a connu plusieurs portées à l’écran, d’abord dans deux pilotes télévisés désastreux en 1967 et 1974, puis dans la désormais célèbre série mettant en scène Lynda Carter, de 1975 à 1979. Après cela, plus rien jusqu’en 2009 et le lancement d’un excellent film animé revenant sur les origines de l’héroïne et son combat contre le Dieu Hadès.

Deux ans plus tard, la chaîne NBC tenta de relancer une série live dans laquelle l’actrice Adrianne Palicki prêtait ses traits à l’héroïne. Un pilote de 43 minutes fut réalisé mais ne parvint jamais jusqu’à nos écrans… Le résultat était en effet particulièrement décevant et les polémiques quant au costume de l’héroïne eurent tôt fait d’entamer la confiance des producteurs. Officiellement donc, la dernière apparition de la somptueuse amazone à l’écran dans une production live eut lieu en 1979.

Plusieurs projets cinématographiques furent pourtant envisagés, à commencer par une adaptation signée Ivan Reitman en 1996. Batman Forever venait alors de connaître un immense succès au box-office et DC Comics cherchait à capitaliser sur celui-ci. Nous aurions ainsi pu voir naître le premier univers superhéroïque étendu si Batman & Robin n’était pas venu casser la dynamique vertueuse et avorter aussi bien le projet Superman Lives de Tim Burton que ce Wonder Woman signé Ivan Reitman.

En 2005, Joss Whedon fut à son tour envisagé pour porter les aventures de la native de Themyscira à l’écran et une affiche fut même dévoilée au Comic-Con de San Diego. Mais là encore, le projet tomba à l’eau.

En 2007, ce fut au tour de George Miller, génial créateur de Mad Max d’être commissionné pour réaliser un film consacré à la Ligue des Justiciers intitulé Justice League Mortal. Dans celui-ci, Wonder Woman devait prendre les traits de l’actrice Megan Gale. Un costume fut même créé et des photos promotionnelles réalisées mais, une fois encore, aucune suite ne fut donnée au projet.

En 2010 et 2013, les réalisateurs Nicolas Winding Refn et Paul Feig exprimèrent respectivement leur intérêt quant à un tel projet mais jamais aucun producteur ne concrétisa leurs espoirs.

Enfin, en 2012, galvanisée par le succès de Arrow et le futur lancement de The Flash, la chaîne CW envisagea un prequel à l’histoire de Wonder Woman intitulé « Amazon » mais laissa rapidement tomber le projet. C’est ainsi que Gal Gadot hérita du lasso magique le 4 décembre 2013 avant de faire sa première apparition costumée trois ans plus tard dans Batman v Superman.

2017, le triomphe de Wonder Woman

Deux semaines après sa sortie, Wonder Woman avait déjà engrangé près de 60 millions de dollars pour son exploitation outre-Atlantique. Le succès commercial est donc au rendez-vous. Reste à savoir ce qu’il en est d’un point de vue qualitatif.

Pour commencer, puisque c’est dans Batman v Superman que Gal Gadot est apparue pour la première fois dans le costume de l’héroïne, il faut considérer la comparaison avec celui-ci. De ce point de vue, Wonder Woman s’avère au premier abord plus léger que son prédécesseur, marquant un « éclaircissement » de l’univers cinématographique DC, tant du point de vue narratif que photographique. L’ouverture se fait donc ici de façon plus légère, portée par la voix-off de Gal Gadot et soutenue par une partition musicale nettement plus douce que les précédentes bandes sonores DC. Aux compositions nerveuses de Hans Zimmer succède ainsi une bande son plus apaisée signée Rupert Gregson-Williams. Les affiches du film elles-mêmes témoignent de cette clarté retrouvée, Wonder Woman apparaissant le plus souvent baignée de lumière.

Adoptant la forme d’une Origin Story, l’histoire est celle de Diana (Gal Gadot), jeune femme née sur l’île de Themyscira, paradis caché uniquement peuplé d’amazones. Alors qu’elle marche sur la plage, un avion en difficulté entre dans le périmètre de l’île et vient s’écraser sur le rivage. Diana court secourir le pilote, faisant ainsi la connaissance de Steve Trevor (Chris Pine). Ce dernier lui apprendra que la Première Guerre mondiale fait rage, poussant la jeune femme à vouloir rejoindre la lutte, persuadée que le dieu de la guerre, Hadès, est responsable de ces évènements.

Le choix de situer les aventures de Wonder Woman durant le Premier Conflit mondial et non en 1940-1945 comme l’avait autrefois imaginé William Moulton Marston tient probablement à une volonté pour DC de se différencier de Marvel et de Captain America : The First Avenger. Étonnamment, il s’agit là d’un pari réussi, car ce choix permet de plonger l’héroïne dans un univers effroyable, en plein cœur de la « sale guerre ». La quête initiatique de Diana passera ainsi par l’un des conflits les plus horribles de l’histoire de l’Humanité, rendant la confrontation au monde de celle-ci bien plus violente encore. L’innocence et la naïveté de Diana se ressentiront ainsi davantage, tant lorsqu’elle découvrira le monde des tranchées et le No Man’s Land que lorsqu’elle aura vent de la colonisation de l’Amérique.

La différenciation avec Captain America tient en un détail simple : ici, on voit la guerre à l’écran. Il ne s’agit pas seulement d’un prétexte, les horreurs sont montrées au spectateur, offrant ainsi une dimension supérieure au film. La perte d’illusions de Wonder Woman est celle du spectateur, et son regain d’espoir aussi : « They’re everything you say, but so much more » nous dira l’héroïne !

Côté interprétation, Gal Gadot assure parfaitement son rôle dans les scènes physiques et parvient à intégrer à son personnage toutes sortes d’expressions qui apportent toute la profondeur voulue. Une très belle interprétation tout en nuances, malgré l’étiquette « blockbuster » du long-métrage.

Au niveau de la réalisation maintenant, Patty Jenkins est parvenue à créer un film qui parvient à exister indépendamment de ses prédécesseurs tout en s’intégrant dans l’univers étendu DC. Si l’on peut reprocher quelques aspects clipesques à cette réalisation, elle n’en reste pas moins truffée de séquences finement ciselées et de scènes de combat parfaitement mises en scène. De ce point de vue, Patty Jenkins parvient à reprendre certains thèmes chers à Zack Snyder et à les intégrer à sa création – notamment lorsque Wonder Woman émerge d’une église en ruine, apparaissant aux yeux de tous non seulement comme une héroïne, mais surtout comme la déesse qu’elle est et qui s’intégrera plus tard au Panthéon DC Comics.

Notons aussi que Wonder Woman parvient à faire quelque chose auquel nous n’étions plus habitués depuis longtemps : ne pas livrer l’intégralité du récit dans la bande annonce ! Si celle-ci en dévoile assez pour donner envie au spectateur d’acheter son billet d’entrée, elle reste assez concise pour préserver le suspense et garde parfaitement secrets les divers dénouements et surprises réservés par le film. Merci Warner Bros pour ce cadeau inespéré…

Alors Wonder Woman est-il, comme certains l’ont dit, le film qui va sauver l’univers étendu DC Comics ? Peut-être. Passé l’excitation du moment, les avis négatifs commenceront à émerger. Il s’agit d’un bon divertissement, qui possède de très solides qualités mais ne s’avère pas pour autant être le chef d’œuvre vanté par certains médias. À ce titre, chaque spectateur se fera sa propre opinion : depuis Man of Steel, les films DC ont la capacité de diviser et il est étonnant que celui-ci semble jusqu’ici faire l’unanimité.

Au fond, quels que puissent être ses (rares) défauts, Wonder Woman tient lieu de métaphore de l’univers étendu DC, trop souvent boudé pour son côté sombre : Diana va vite se retrouver désabusée par le monde et les horreurs de la guerre, mais parviendra à lutter contre le négativisme des évènements pour voir le meilleur dans l’Humanité. Toute une progression est donc mise en place. Les héros du DC Cinematographic Universe sont eux aussi plongés dans cette évolution et – pour n’en citer qu’un – Superman, jugé trop sombre dans Man of Steel doit apprendre à devenir le symbole d’espoir que nous connaissons tous. Cela passe par la destruction de Metropolis dans Man of Steel et par un combat épique face à Batman. Ce que Superman fait en deux films, Wonder Woman le fait en un. Comme toujours, les femmes comprennent plus vite que les hommes…

Mais si Wonder Woman n’est pas exempt de défauts, il possède au moins une qualité qui doit pousser le public à aller le voir. Il met en scène un personnage féminin possédant toutes les qualités nécessaires pour devenir un modèle pour les petites filles du monde entier ! Marvel a raté le coche sur ce point et laissé son rival le devancer sur le plan « féministe » en lui laissant la possibilité d’être le premier à lancer une série télévisée consacrée à une superhéroïne (Supergirl depuis 2015) et un film consacré à Wonder Woman. Comme ce fut le cas après la sortie de La reine des neiges, les rues au soir d’Halloween et les conventions risquent rapidement de se remplir de Wonder Women. Mais dans ce cadre, Wonder Woman exploite l’argument féministe sans en avoir l’air, et la chose est subtilement disséminée dans le film. Jamais on ne cherche à tirer la carte du « Girl Power » gratuitement comme c’est aujourd’hui trop souvent le cas à Hollywood. Wonder Woman est une femme qui prend sa place dans le monde en dépit des obstacles, grâce à sa propre force, son intelligence et sa ténacité. Voilà un bel exemple à montrer aux enfants, aux adolescents et aux parents du monde entier !

Wonder Woman concrétise ainsi une forme de renouveau du genre superhéroïque par le biais d’une composante féminine qui n’a rien à envier à l’Homme de Demain ou à la chauve-souris masquée. Mais surtout, il donne à la déesse une place de choix trop longtemps attendue dans le paysage cinématographique contemporain. Vivement la suite !

 

Alexandre Alvarez
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Journaliste du Suricate Magazine