Quand l’art éloigne des ténèbres : The Light House à la Villa Empain

Mona Hatoum, Misbah, 2006-07 © Mona Hatoum (detail). Courtesy Fondazione Querini Stampalia Onlus, Venice (Photo: Agostino Osio)
Mona Hatoum, Misbah, 2006-07 © Mona Hatoum (detail). Courtesy Fondazione Querini Stampalia Onlus, Venice (Photo: Agostino Osio)

Rassemblés autour du thème de la lumière, 19 artistes internationaux s’invitent à la Villa Empain pour sa nouvelle exposition, The Light House. Exploitant autant sa symbolique divine, son ombre et les couleurs qui en émergent, l’exposition propose des expériences personnelles ou collectives basées sur les sens des spectateurs.

Un parcours autour du thème de la lumière

Pour la première fois dans la Villa Empain, chaque artiste présent investit une pièce entière, parmi les 19 pièces de la villa. La majorité des artistes a créé une œuvre in situ, spécialement pour l’exposition et en lien direct avec la commissaire d’exposition Louma Salamé. Ce choix scénographique permet une succession d’expériences collectives ou personnelles autour de la lumière, qu’elle soit troublante pour l’œil du spectateur ou modifiée par son ombre, ou que résulte de celle-ci des couleurs.

The Light House existe sur trois sites. Le premier est la Villa Empain qui propose à 19 artistes contemporains internationaux de s’exprimer sur le thème de la lumière. Le second site est l’avenue Franklin Roosevelt sous la forme d’un chemin de lumière bleue provenant des lampadaires et devenant de plus en plus intense lorsque l’on s’approche de la villa, suivant l’idée que la lumière émane du bâtiment. Le troisième site est un ensemble de lieux, 11 musées à Bruxelles, en Belgique et dans le monde, qui ont répondu favorablement à l’idée de Louma Salamé, celle que la culture est similaire à la lumière qui nous éloigne des ténèbres et de l’obscurantisme. Chacun de ces musées a reçu la même œuvre à exposer, de Dennis Parren, intitulée CMYK Corner et placée à chaque fois dans l’espace d’accueil des différents musées.

Dennis Parren, CMYK Corner (6/12), (2012-2020) © Dennis Parren
Dennis Parren, CMYK Corner (6/12), (2012-2020) © Dennis Parren

Quelques œuvres au détail

Jusqu’à preuve du contraire de Mounir Fatmi, artiste habitué de la Villa Empain, à reproduit les versets de la sourate 24 du coran intitulée La Lumière sur des tubes de néon suspendus à la verrière. Il questionne le lien établit entre la lumière et Dieu dans les religions monothéistes. La volonté de l’artiste est de créer un piège visuel pour le spectateur qui, curieux de lire les inscriptions, devra fixer les néons presque aveuglant jusqu’au point de garder les mots inscrit dans leur rétine pendant quelques secondes. Travaillant sur les notions de désacralisation de l’objet religieux et de la fin des idéologies, Mounir Fatmi à une pratique artistique et engagée, souvent critique envers la religion ou la politique.

Mounir Fatmi, Jusqu'à preuve du contraire, 2012 © Nicolas Lobet
Mounir Fatmi, Jusqu’à preuve du contraire, 2012 © Nicolas Lobet

Installée sur les fenêtres arrière de la villa donnant sur la piscine et le jardin, l’oeuvre de l’artiste coréenne Kimsooja To Breathe joue avec la lumière naturelle et le bâtiment afin de générer chez le spectateur une nouvelle approche du monde extérieur. La lumière naturelle est diffractée et divisées en plusieurs couleurs dès qu’elle traverse les films transparents installés par l’artiste. À cette vision s’ajoute une bande son, The Weaving Factory, une performance sonore basée sur le souffle. Aussi simple qu’efficace, cette pièce est l’une de plus poétiques de l’exposition, l’intention de l’artiste étant de créer une œuvre immatérielle. Comme elle le dit avec ses mots : « créer une œuvre qui soit comme l’air ou le vent. Une œuvre qui ne puisse pas être possédée mais qui puisse être partagée. »

Kimsooja, To Breathe, 2020 © Andrea Anoni
Kimsooja, To Breathe, 2020 © Andrea Anoni

Privilégiant les matériaux pauvres ou immatériels tel que la fumée ou l’air, Ann Veronica Janssens a une pratique artistique pluridisciplinaire composée majoritairement d’installations immersives. Son œuvre vidéo Scrub Color présentée dans la cage d’escalier, représente une suite de séquences de couleurs vives à un rythme rapide. Le but de l’oeuvre est de générer une réaction dans le corps du spectateur grâce à la vitesse des séquences. Anna Veronica Janssens l’explique : c’est un exercice de gymnastique très fort pour la pupille : contraction / dilatation. Cette cadence des images projetées, proche du rythme cardiaque est ressentie avec une grande intensité pouvant aller jusqu’à l’accélération du rythme cardiaque du visiteur.

Ann Veronica Janssens, Scrub Color, 2006 © Andrea Anoni
Ann Veronica Janssens, Scrub Color, 2006 © Andrea Anoni

Le temps d’une visite, The Light House à la Villa Empain permet au spectateur de s’évader dans un univers lumineux, souvent coloré, poétique et toujours positif. Regroupant comme à son habitude des artistes contemporains à la renommée internationale venus du monde entier, la fondation Boghossian propose une nouvelle exposition à voir absolument en ces temps compliqués ou il est nécessaire de s’éloigner de l’obscurité.

Infos pratiques

  • Où ? Villa Empain, 67 Avenue Franklin Roosevelt, 1050 Bruxelles.
  • Quand ? Du 22 octobre 2020 au 31 janvier 2021, du mardi au dimanche de 11h à 18h.
  • Combien ? 10 EUR au tarif plein. Plusieurs tarifs réduits disponibles.
A propos Anaïs Staelens 30 Articles
Journaliste du Suricate Magazine