Tatouages post-guindaille, mauvais plan ? Pas toujours…

Titre : L’Encre vive
Auteure : Fiona McGregor
Editions : Actes Sud
Date de parution : 13 mars 2019
Genre : Roman

On vous emmène dans un pays chaud. La Belgique ? Vous n’y êtes pas, bande de petites natures ! Dans L’Encre vive, les personnages fêtent Noël en short et tongs. Même si l’on s’en rapproche ces jours-ci, on n’est pas en Campine mais bien en Australie…

Marie, 59 ans, vit seule dans un quartier résidentiel de Sydney depuis le départ de son mari pour une autre femme. Sa vie morne s’étire sans passion ni excès, à part celui de l’alcool. Suite à l’une de ses frasques imbibées, elle se retrouve un peu par hasard entre les mains d’un tatoueur et en ressort avec une rose immortalisée sur son omoplate. Et c’est le déclic. Cette toute petite fleur sera le début d’une longue série. Au fil des semaines, le corps de Marie se couvre de tatouages en même temps qu’une nouvelle vie s’ouvre à elle. Quoi que son entourage en pense, à l’aube de la soixantaine, Marie prend enfin en main les rênes de son existence, de ses désirs, de son corps. Une véritable révélation pour une femme qui se croyait déjà fanée…

Fiona McGregor n’est certainement pas le genre de personne à écrire ses histoires sur un coin de table en fin de soirée. Tout est réfléchi, les symboles sont très présents et les parallèles nombreux. De plus, son regard très lucide sur les relations familiales fait mouche dans ce gros roman. Ainsi, beaucoup de lecteurs s’y retrouveront à un moment donné à travers les personnages, notamment les enfants de Marie : Clark, un chômeur divorcé et fleur bleue qui ne voit pas assez sa fillette dont la tendance à l’embonpoint est inquiétante, Léon dont l’homosexualité est difficilement vécue par sa mère et Blanche une droguée de travail qui retarde au maximum l’annonce de sa maternité pour ne pas se faire virer. Ajoutons à cela des rapports intergénérationnels conflictuels ainsi que quelques faits de société qui méritent débat, et l’on obtient une histoire on ne peut plus crédible.

On aime également ce portrait de femme qui y est dépeint. Une véritable métamorphose qui transforme la discrète Marie en un papillon tout coloré qui butine aussi bien les hommes que les nouvelles expériences grâce, entre autres, à ses nouveaux amis tout aussi peinturlurés. En envoyant valdinguer tous ses repères, Marie entame une seconde vie dans un joyeux bordel. Rien ne semble l’arrêter. Ou presque.

Cependant, les amateurs d’action devront passer leur chemin. L’Encre vive est une chronique familiale. De ce fait, on y trouvera la description du quotidien des personnages dont la vie est banale, une vie de tous les jours. Comme vous, comme le gars à la pharmacie ou la dame qui attend que son toutou ait pondu sa crotte. L’avantage est que l’on parvient à s’identifier aisément mais il est vrai qu’au bout d’un moment on ressent certaines longueurs. A cela s’ajoute un texte très peu aéré qui ne rend pas la lecture attrayante, un peu comme quand on prend son courage à deux mains pour lire les colonnes monobloc du Monde diplomatique.

Néanmoins, une fois que le lecteur a pris conscience de ces balises, ça ne l’empêchera pas d’éprouver un certain plaisir à retrouver après chaque interruption de sa lecture, les hauts et les bas de cette famille australienne. Comme quoi, il n’y a pas que les séries de Netflix qui parviennent à nous faire cet effet !​

Emmanuelle Lorriaux
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Journaliste