Régis au Théâtre des Riches Claires

De et avec Violette de Leu, Louise Jacob, Leone François, Colin Javaux, Colline Libon, David Nobrega, Melissa Roussaux, Caroline Taillet, Benjamin Torrini, Camille Voglaire et Emilien Vekemans. Du 09 au 25 octobre 2019 au Théâtre des Riches Claires. Crédit photo : Bartolomeo La Punzina

Est-ce que ça vous tente onze étrangers qui débarquent dans votre salon avec des bières, des pizzas, des chips, des sacs de couchage et une envie de vous faire sortir de votre solitude ? Et bien Régis a accepté. Le 22 novembre, onze inconnus ont sonné chez lui et se sont installés. Entre documents réels et reconstitution, Régis c’est le récit d’un intrusion pure et simple.

Sur scène, l’appartement de Régis est représenté par un cube fait uniquement d’armatures métalliques. L’espace est restreint et déjà dans la tête du spectateur éclot la question suivante : « ils vont vraiment tous rentrer dedans ? ». Oui, ils rentrent tous dedans, sans ambages, avec décontraction et tellement de sympathie en plus. Les conversations s’enchaînent, ils s’installent, boivent, mangent, donnent de l’attention à leur nouvel hôte, lui posent des questions. Puis, ça explose, déflagration violente, assourdissante. Régis semble se réveiller et avoir passé la limite du supportable, comme s’il se rendait vraiment compte de ce qu’il se passait. Il demande puis implore ces étrangers de partir. Ils partiront au final mais à quel prix ?

Cette pièce est une expérimentation. Elle interroge les limites de notre sphère privée et les plus sensibles des spectateurs ressentiront physiquement cette intrusion. Cette fine membrane qui nous sépare du reste du monde et que nous tentons de garder est si perméable, si fragile, que parfois la protéger est difficile. D’autant plus quand d’elle-même elle s’ouvre, parfois à regret.

Le spectateur assiste à une tentative heureuse et bienveillante de phagocytage social puis à un abandon déchirant. A onze ils ont créé un besoin et ont laissé un manque en partant. Pendant une heure, les acteurs déploient un sens minutieux et impressionnant de la chorégraphie en espace minimaliste. Ils se meuvent avec fluidité et se confondent parfois. A la fois individus conscients et uniques et entité organique et dépendante.

La pièce regorge d’idées de mise en scène fines, drôles, percutantes, oppressantes et anxiogènes. Aller voir Régis c’est profiter d’un projet théâtral collectif et décalé, c’est se poser beaucoup de questions sur les motivations d’une telle expérience et c’est se confronter à sa propre notion de l’intime. Solitaire heureux s’abstenir, risque de cauchemars possible.

Elodie Kempenaer
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