Patricia, une petite jauge pour un grand spectacle !

D’après Patricia de Geneviève Damas. Mis en scène de Frédéric Dussenne. Avec Raphaëlle Bruneau, Consolate Sipérius. Du 16 septembre au 3 octobre 2020 à l’Atelier théâtre Jean Vilar. Crédit photo: Emilie Lauwers

« Quand elle revient à cette fraction de seconde où elle a choisi, Patricia sent que c’était une évidence. Quelle évidence ? Elle est incapable de répondre »

Patricia de Geneviève Damas

Le Théâtre Jean Vilar nous accueille à nouveau en petite jauge dans ses murs pour nous présenter leur premier spectacle de la saison, Patricia. Cette pièce est l’adaptation du roman de Geneviève Damas et dont la puissance des mots ne pouvait que susciter l’envie de Fréderic Dussenne de les faire incarner sur les planches.

Patricia, c’est l’histoire d’une rencontre entre Vanessa et Patricia. Deux êtres humains que tout oppose. L’une a la quarantaine et vit à Paris et l’autre a 12 ans, est née en Centrafrique. Vanessa a vécu le drame du naufrage, la perte de sa famille, la perte de ses repères et même de sa voix. Patricia qui a toujours désiré être mère va tendre la main à la jeune-fille et essayer, sans trop savoir comment, de l’aider à trouver un nouvel équilibre. Elle va l’observer pour essayer d’entendre dans son silence et par ses gestes ce qu’elle peut vouloir lui dire. Vanessa, quant à elle, essayera de se trouver elle-même dans ce nouveau décor.

Le spectacle débute avec la parole de Patricia, Raphaëlle Bruneau, en avant-scène, qui nous livre sa version de la rencontre qui a changé sa vie. A mesure que son discours progresse, un autre langage silencieux entre en scène. Celui du corps de Vanessa, interprétée par Consolate Sipérius, qui commence à bouger dans un espace clos en verre en fond de scène. Une cage de verre qui souligne d’une autre manière la difficulté de communication entre les deux femmes.

Rapidement, le langage parlé et le langage du corps des deux comédiennes entrent en inadéquation pour nous raconter deux versions d’une même rencontre. Elles ne semblent pas se comprendre par les mots. Quand l’une parle, l’autre répond par le silence. La relation se trouve ailleurs. Et pourtant, malgré cette difficulté de communication, un lien unique est en train de naître sous nos yeux. Un lien invisible qui sera renforcé par l’absence de contact physique entre les deux comédiennes. Un sous langage d’une grande justesse fait « de petits riens bien réels ».

Au-delà de la question migratoire, cette pièce pose la question de la rencontre avec l’autre, du fonctionnement du système sociétal dans lequel nous vivons et du rôle que nous pouvons y jouer. Une très belle interprétation, à voir et à revoir pour notre plus grand plaisir du 16.09 au 03.10 2020 au Théâtre Jean Vilar.

A propos Maud Quertain 17 Articles
Journaliste du Suricate Magazine