« Les apparences » : de l’infidélité en milieu expatrié

Les apparences
de Marc Fitoussi
Thriller, drame
Avec Karin Viard, Benjamin Biolay, Lucas Englander, Laetitia Dosch                                                  sortie prévue le 23 septembre 2020

Le Suricate a rencontré le réalisateur Marc Fitoussi lors de la tournée de promotion de son film Les apparences, qui sortira sur les écrans belges le 23 septembre prochain. Rencontre avec un réalisateur qui dissèque la vie d’une communauté d’expats français à Vienne, sur fond d’infidélité et de confort bourgeois. 

Dans Les apparences, Karin Viard, de toute beauté, interprète une femme forte (Eve), prête à ruser pour mettre un terme à l’infidélité de son mari, joué par Benjamin Biolay. Tous deux forment un couple en vue au sein de la communauté française à Vienne, lui est le chef d’orchestre de l’Opéra, elle travaille à l’Institut français. D’apparence, leur vie est sans fausse note, jusqu’à ce que celle-ci découvre qu’il a succombé au charme de l’institutrice de leur fils et qu’elle devienne la proie d’un jeune dérangé mental.

Pour ce film, Marc Fitoussi, qui écrit d’habitude ses propres scénarios, a adapté de manière très libre le livre Trahie de la Suédoise Karin Alvtegen, reconnue pour ses thrillers. Pour lui, le sel de l’intrigue est « le jeu du chat et de la souris, dans le sens où ce n’est pas qu’on croit et dont on se persuade qui est le danger ».

Tout en subtilité, le personnage d’Eve ne confronte jamais directement son mari, ni la maîtresse. Ce qui lui importe est de maintenir son statut de reine dans sa communauté, et elle va chercher à obliger la maîtresse à sortir du tableau « sans que personne ne puisse la plaindre ou dire d’elle qu’elle est victime, elle veut continuer à briller même dans ces circonstances-là ». En apparences, tout va bien. Chaque détail compte et on sent à quel point les décors et les costumes ont été peaufinés pour ce tournage.

Le film met en scène de la vie privilégiée des expats, comme représentants d’une certaine bourgeoisie moderne, avec leurs dîners, leurs sorties à l’opéra et la place importante accordée au beau et au rang. Les personnages secondaires, bien croqués dans le film avec des rôles développés, et le changement de nom d’Evelyne à Eve, considéré plus chic, permettent de mettre en lumière l’élévation sociale à laquelle est parvenue la principale protagoniste. Au début du film, quelques scènes savoureuses s’attachent à montrer comment elle est embarrassée par sa mère, plus classe moyenne.

« Je reconnais qu’il y a quelque chose d’assez mordant et que les expats ne vont pas être heureux de se voir ainsi représentés. Ce sont des gens que je pense plutôt à droite, il y a même parfois quelques réflexions racistes dans leur propos, ce sont des gens qui vivent en autarcie et se sentent à l’abri du danger en ne se côtoyant qu’entre Français, plutôt que d’aller vers l’autre », nous explique Marc Fitoussi. Selon lui, les expats peuvent avoir un sentiment exacerbé « d’avoir pleinement réussi leur vie ». Pour le mari musicien, être chef d’orchestre à Vienne, le pays de Mozart, c’est l’apothéose. Benjamin Biolay, pour incarner ce rôle, s’est d’ailleurs référé à des chefs d’orchestre qu’il a connus et perçus comme des personnes autoritaires et sûrs d’eux-mêmes.

Marc Fitoussi considère son film risqué car « il présente des personnages pas forcément aimables ». Dans le regard qu’il jette sur son métier, il a l’impression qu’aujourd’hui la tendance est à faire des films avec des gens qui sont bons et nobles, même dans le cadre d’un thriller. Pour lui, ce qui est intéressant dans cette histoire, c’est que tout le monde a quelque chose à se reprocher.

Avec six films et quelques épisodes de Dix pour cent à son actif, il n’a pourtant pas le sentiment d’une carrière accomplie et ne se sent pas encore « arrivé à ce qu’il souhaite complètement faire ». Dans son rapport à son métier, il juge qu’il trace sa route tranquillement peut-être ou à cause du fait qu’il n’a pas connu de gros succès jusqu’à présent. Il confesse qu’il aimerait « à un moment être récompensé » et qu’il veut continuer à raconter des histoires comme celle-ci ou tout n’est pas toujours prévisibles, nous confiant qu’il « n’en peut plus des happy-ends et des films qui prennent le spectateur par la main ».

Avec Les apparences, Marc Fitoussi a voulu faire un film subversif, avec des zones d’ombre. Il a réussi ! Ce film, qui donne un poids prépondérant aux femmes et à leur résilience face à l’adversité, décortiquent avec panache le couple, l’infidélité et l’amour. Les répliques sont ciselées avec une précision d’orfèvre et c’est un vrai spectacle que d’assister à ce combat entre deux femmes, éminemment intelligentes et rusées, qui louvoient pour garder l’élu de leur cœur.  Que ne ferait-on pas par amour ?

A propos Myriam Watson 48 Articles
Journaliste du Suricate Magazine