“Once Were Brothers”, le charme discret de The Band

Once Were Brothers
de Daniel Roher
Documentaire, Musical
Avec Bruce Springsteen, Eric Clapton, Van Morrison
Sorti le 20 janvier 2021 sur Proximus Pickx, Ciné chez vous et Sooner

Quarante-deux ans ont passés depuis The Last Waltz, le concert d’adieu de The Band brillamment immortalisé par Martin Scorsese. Si le groupe aura par la suite cherché à se reformer à plusieurs reprises – toujours sans la participation du guitariste Robbie Robertson –, il ne renouera jamais avec son succès d’antan.

Depuis lors, la majorité de ses membres sont décédés : Richard Manuel s’est suicidé en 1986, Rick Danko est mort d’une insuffisance cardiaque en 1999 et Levon Helm a été emporté par le cancer en 2012. Reste donc Robbie Robertson et le claviériste Garth Hudson.

C’est donc en mettant l’accent sur l’un de ces deux survivants que Once Were Brothers choisira de construire son propos, en donnant la parole à Robbie Robertson et divers intervenants externes. Mais pas n’importe lesquels intervenants : Bruce Springsteen, Eric Clapton, Martin Scorsese, Taj Mahal, Van Morrison et même George Harrison au travers de diverses archives vidéos viendront apporter leur témoignage quant à la carrière du célèbre groupe.

Ce faisant, ils nous emmèneront à la découverte d’un des line up les plus influents du XXe siècle ayant accouché de pépites comme The Weight, The Night They Drove Old Dixie Down, Up on Cripple Creek ou encore It Makes no Difference.

Once Were Brothers suivra ainsi le parcours de Robbie Robertson, de ses premières armes musicales au Canada jusqu’à son départ pour l’Amérique et sa découverte du Blues dans le Delta du Mississippi. Ce faisant, nous découvrirons la formation du style musical de The Band, teinté de musique Country, de Rock et de Blues.

Mais The Band s’est d’abord fait connaître sous le nom de The Hawks en accompagnant Bob Dylan à partir de 1965, alors que l’artiste entrait dans sa période électrique. Ce qui déplut au public qui reprocha à ce dernier de se détourner du folk et des Protest Songs qui avaient fait sa renommée.

Derrière le rejet du public, cette expérience fut formatrice pour le groupe qui dû apprendre à se réinventer et à affronter la critique, tandis que Robbie Robertson rencontra son épouse Dominique en 1967. Celle-ci eu une influence considérable sur l’écriture de l’artiste qui s’ouvrit alors à la littérature et à la poésie.

Le succès public de leur premier album solo, The Big Pink (1968), leur ouvrit de nouvelles portes. Ainsi, Once Were Brothers est autant l’histoire des premiers échecs que celle de l’émancipation du groupe, de son succès et de sa chute.

Pour tout amateur de musique ou toute personne simplement curieuse de découvrir l’un des groupes les plus influents de l’histoire du rock – et paradoxalement assez méconnu du grand public –, Once Were Brothers continue une très belle porte d’entrée.

Néanmoins, on regrettera un propos très fortement centré sur Robbie Robertson. La chose est bien entendu totalement assumée et figure même dans le sous-titre du film, Once Were Brothers. Robbie Robertson and The Band.

On aura alors parfois l’impression que les dissensions au sein de groupe auront été gommées pour donner l’impression d’une Success Story dont Robertson aura été le fer de lance. L’une des raisons de la séparation du groupe était que toutes leurs chansons étaient créditées à son nom quand elles étaient souvent le fruit d’un travail collaboratif : en ne donnant la parole qu’à ce dernier, Once Were Brothers donne une vision subjective de l’histoire du groupe, vue à travers le prisme de son guitariste. On se demandera alors pourquoi Garth Hudson, autre survivant de The Band n’interviendra pas dans le documentaire.

Ainsi, on pourra regretter une version quelque peu unilatérale de l’histoire du groupe. Ce qui aura pour corollaire de laisser un sentiment d’inachevé au spectateur, voire une vision tronquée de la réalité des choses.

Reste un documentaire fort intéressant qui offrira une plongée particulièrement agréable dans l’histoire d’un groupe ayant considérablement – mais discrètement – impacté la musique moderne.

A propos Alexandre Alvarez 198 Articles
Journaliste du Suricate Magazine