L’histoire inimaginable de la bibliothécaire d’Auschwitz

Titre : La Bibliothécaire d’Auschwitz
Auteur : Antonio G. Iturbe
Editions : Flammarion
Date de parution : juin 2020
Genre : Roman historique

L’histoire se déroule au cœur d’Auschwitz, dans la section « familiale » surnommée « Theresienstadt ». Cette partie d’Auschwitz-Birkenau avait la particularité d’accueillir les déportés du camp de transit de Theresienstadt parmi lesquels, aucune sélection n’avait été effectuée. Les déportés pouvant continuer à vivre avec leur famille (sûrement dans un but de propagande pour les SS). A l’initiative de Fredy Hirsch est créé un bloc pour les enfants qui venaient s’y instruire la journée et rejoindre leurs parents le soir. Dans cet enfer, la moindre parcelle de vie normale était un message d’espoir et pour aider l’équipe éducative, Hirsch avait réussi à y introduire plusieurs livres, objets interdits par les SS sous peine de mort. La jeune adolescente, Dita Kraus, était  chargée de s’en occuper au péril de sa vie et deviendra alors la bibliothécaire d’Auschwitz.

Bien qu’ayant écrit un roman, Antonio G. Iturbe s’est énormément documenté, se contentant de créer les dialogues, remplir les vides, créer des personnages fictifs esquissant les traits d’autres bien réels ou encore imaginer certaines interactions entre les personnes ayant réellement existé. Mais les protagonistes principaux, comme Dita Kraus (toujours vivante, qu’Iturbe a rencontrée durant son enquête sur le sujet, personne avec qui il a énormément collaboré et est devenu ami), Fredy Hisrsch ou encore Rudolf Vrba (un des rares juifs qui réussit à s’évader du camp de la mort et connu pour son rapport remis aux alliés) sont bien réels. Ce mélange d’histoire et de fiction est une réussite qui permet de nous plonger dans la réalité historique, tout en étant emportés par le souffle romanesque d’Iturbe.

En plus de l’histoire folle de Dita Klaus, le roman a aussi le mérite de s’intéresser beaucoup au personnage de Fredy Hirsch, d’origine allemande, ouvertement homosexuel et sioniste convaincu qui a fui le nazisme en émigrant en Tchéquie. Il a trouvé la mort dans le camp dans des circonstances suspectes. Son histoire a failli être oubliée dans une Tchéquie d’après-guerre communiste et anti-sioniste, ou par certaines associations de mémoire, entre autres pour cause d’homophobie. Si c’est une des rares personnes homosexuelles dont on peut raconter l’histoire, c’est qu’il a travaillé pendant des années avec des enfants et des adolescents qui ont perpétué sa mémoire.

La Bibliothécaire d’Auschwitz nous fait découvrir le destin inouï de ces deux héros grâce à la superbe plume d’Antonio G. Iturbe. Et si la traduction de ce roman n’arrive que cette année chez nous, il est déjà un best-seller en Espagne et dans d’autres pays depuis 2012. Il ne devrait pas tarder à suivre le même chemin en francophonie.

A propos Loïc Smars 396 Articles
Fondateur et rédacteur en chef du Suricate Magazine