Leonard Cohen : sur un fil, un peu trop tendu

Scénario : Philippe Girard
Dessin : Philippe Girard
Éditeur : Casterman
Sortie : 17 mars 2021
Genre : Biographie, Roman graphique

Dans sa préface, Michka Assayas vante les mérites d’un Girard qui serait parvenu par le biais de la bande dessinée à rendre à Cohen toute l’espièglerie qu’on lui connaît. Pour reprendre les mots du journaliste de France inter, esquisser la vie mouvementée du chanteur est un défi presque impossible à réaliser que s’est fixé l’auteur canadien. Nous sommes d’accord. Là où nos avis divergent c’est quant à la réussite de ce pari risqué.

L’album s’ouvre en 2016 sur le visage blafard, à moitié éclairé par la lune, d’un Cohen mourant. Symboliquement, un oiseau perché sur un fil regarde ce vieil homme qui, en expirant son dernier souffle tente de se rappeler des événements qui ont jalonné sa vie. Et quelle vie ! Sans surprise, le passage à la deuxième page fait l’effet d’un voyage dans une machine à remonter le temps ; on fait la connaissance du Cohen des années 40, celui-là même qui prend des cours de guitare pour séduire les dames. Mais le voyage ne se passe pas bien, et le récit semble de prime abord décousu. On sent que Girard ne sait pas encore trop par quel angle il veut s’attaquer à la légende du rock.

Finalement, petit à petit, on se détend et on se laisse entraîner par la trame qui se tisse dans Leonard Cohen : sur un fil. On rencontre la Marianne du commencement et on voyage avec Suzanne les yeux fermés, parce que l’album, comme il se doit, est truffé de références. Ensuite, le cœur vidé, on boit à la santé de Phil Spector et on s’envoie en l’air avec Janis Joplin. Bref, on se glisse dans la peau du rockeur à la voix enrouée.

Un récit linéaire

Parmi les pages jaunies, se cachent des retours à la mort de l’artiste dont les cases bleutées ressortent sur un fond d’une blancheur incandescente. Mais, si ce n’est ces quelques voyages dans le temps, le récit reste somme toute très linéaire. Girard prend le parti-pris de raconter Cohen, chronologiquement, sélectionnant les histoires qui font sens et éludant ce qui, dans la vie de Cohen, ne lui paraît pas important. En nous livrant la biographie d’un artiste qui vieillit, c’est dans ce que la bande dessinée a de plus traditionnel que s’inscrit Leonard Cohen : sur un fil.

Un dessin peu original

A l’image de la narration, le dessin ne se distingue pas par son originalité. On reconnaît l’influence des auteurs américains –  Seth, Daniel Clowes, Derf Backderf, Charles Burns pour ne citer qu’eux – nourrissant le travail du bédéiste canadien qui peine malheureusement encore à se construire une vraie identité visuelle forte. Ne nous méprenons pas, les choix graphiques tels que la ligne claire, les décors épurés et les aplats numérisés, s’ils restent un peu attendus, sont loin d’être déplaisants. Les mimiques de Léonard Cohen – ses paupières à moitié fermées, son visage figé, et son air désabusé – assez représentatives de la personnalité du chanteur et poète, aurait probablement été encore mieux mises en valeur si elles n’avaient pas été également attribuées aux trois-quarts des personnages rencontrés dans le récit. La biographie de Cohen se lit facilement, linéairement, mais on lui préférera le California dreamin’ de Pénéloppe Bagieu qui a quand même plus de caractère.

A propos Cheyenne Quévy 89 Articles
Journaliste du Suricate Magazine