Hereditary, horreur tripale et intime

Hereditary

d’Ari Aster

Horreur, drame

Avec Toni Colette, Gabriel Byrne, Alex Wolff, Milly Shapiro, Ann Dowd

Sorti le 27 juin 2018

Après la mort d’Ellen, la matriarche de la famille, les Graham sont en proie à une sorte de malédiction plus ou moins liée à l’hérédité, à l’héritage familial, et qui semble les vouer à un destin tragique. Alors que la mort plane sur la famille, Annie, la mère, tente de comprendre les origines de cette damnation.

Présenté lors de la dernière édition de Sundance et bénéficiant depuis d’un bouche-à-oreille plus que positif, le premier long métrage d’Ari Aster a comme atout majeur de se situer dans la droite lignée d’un type particulier de films d’horreur, celui qui était à l’œuvre dans le succès surprise – public et critique – de l’année précédente, à savoir Get Out de Jordan Peele. L’aspect racial en moins, Hereditary travaille les mêmes terres d’un cinéma de genre mêlant angoisse du quotidien, sociale et intime, à une épouvante plus tripale et d’avantage liée à l’imaginaire, au paranormal et/ou à des légendes ancestrales.

Cette filiation évidente entre les deux films, entre les deux univers mis en place par des cinéastes qui n’ont a priori rien à voir l’un avec l’autre, peut également jouer en défaveur d’Hereditary et de son réalisateur, tant ce qui sous-tend le film, tout comme son habillage audiovisuel – bande-son, ambiance, jeu des acteurs –, est proche de Get Out. Cependant, il faut également mettre en exergue ce qui éloigne les deux films, principalement l’humour et le second degré, a priori absents de celui d’Ari Aster.

Mais derrière cette apparente austérité se cache également une réelle folie, une volonté de sans cesse déplacer le curseur entre le contrôlé et l’incontrôlé, afin que les jaillissements de l’inattendu, les sorties de pistes du film, n’en soient que plus percutants. Il est difficile de parler longuement de Hereditary sans en dire trop – en gageant qu’il faille laisser une part de mystère quant à l’intrigue d’un film qui mise beaucoup sur ses retournements de situation et révélations successives –, mais, plus qu’une intrigue à la construction finalement assez linéaire, classique, c’est ce qu’elle charrie comme affects et comme thématiques liées au modèle familial, à la religion et à la société américaine, qui fait la particularité et l’étrangeté de Hereditary.

(Pour prolonger la découverte et la réflexion sur le travail d’Ari Aster, trois de ses courts métrages – The Strange Thing About the Johnsons, Beau et Munchausen – sont visibles sur YouTube).

Thibaut Grégoire
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Journaliste du Suricate Magazine