Entre fragilité et puissance, la Centrale présente La vie matérielle

Maestà (Pala della Madonna della Neve di Stefano di Giovanni – Trash series), 2021 © Serena Fineschi
Maestà (Pala della Madonna della Neve di Stefano di Giovanni – Trash series), 2021 © Serena Fineschi

Présentée une première fois au Palazzo da Mosto en Italie sous la supervision de Marina Dacci, l’exposition La vie matérielle s’installe à la Centrale à Bruxelles. Elle regroupe douze femmes artistes : huit italiennes auxquelles s’ajoutent quatre belges et la curatrice Carine Fol.

Processus créatif et expérience personnelle

L’exposition et sa scénographie ont été entièrement repensées pour s’adapter à l’espace de la Centrale. L’ajout de quartes artistes belges permet de créer des connexions entre les œuvres présentées. La vie matérielle prône une approche sensible plutôt qu’un combat féministe. Divisée en sous-thèmes regroupant à chaque fois deux artistes, l’exposition démonte les préjugés sur « l’art au féminin ». La connexion entre le processus créatif et l’expérience personnelle des artistes est le point de départ de l’exposition. À ceci s’ajoute une notion de vie quotidienne, d’une part avec les matériaux utilisés, et d’autre part avec certains thèmes abordés.

Arlette Vermeiren © Photo Vincen Beeckman
Arlette Vermeiren © Photo Vincen Beeckman

Matériaux pauvres

Première œuvre visible dans l’exposition, Majesté, Retable de Notre-Dame des Neiges de Serena Fineschni donne le ton de la suite du parcours. Imposant par sa taille et sa couleur dorée, l’oeuvre est inspirée des techniques de collage à la feuille d’or du Moyen-Âge. Ici les feuilles d’or sont des papiers d’emballage de Ferrero Rocher encollés sur une plaque de MDF. L’effet visuel est trompeur. L’artiste évoque une critique de la société de consommation et veut revaloriser les déchets du quotidien.

Se basant sur le même principe de la collecte de matériaux pauvres et donc non destinés à un but artistique, l’artiste belge Arlette Vermeiren présente deux pièces. La première est composée exclusivement de bouts de tulle, découpés en noués ensemble afin de générer une œuvre textile colorée et fragile. L’autre œuvre est composée de centaine d’emballages d’orange, entortillés et nouées les uns aux autres jusqu’à former une structure complexe, impossible à retracer.

Psychic Residue (detail of the installation), 2018, Ludovica Gioscia © Courtesy of the artist and Vitrine, London:Basel, Ph. Elena Foresto
Psychic Residue (détail de l’installation), 2018, Ludovica Gioscia © Courtesy of the artist and Vitrine, London:Basel, Ph. Elena Foresto

Esthétique de la destruction et de la reconstruction

Sous les couleurs douces des dessins au crayons de couleurs sur laine de verre de Lea Belouussovitch se cache un sujet fort. À première vue composée de formes abstraites, l’œuvre représente des photos de presse durant la période COVID. Dans le cas des pièces exposées, il s’agit d’une photographie d’une scène d’enterrement en Inde. Scène en temps normal privée et intime, mais sujette à d’importantes restrictions durant la crise sanitaire. Ici l’artiste les rend floues, impossibles à identifier, leur redonnant ainsi une notion de pudeur et d’anonymat.

Loredana Longo évoque l’importance du geste, ici très violent. De l’action de casser des bouteilles de verre pour n’en garder que le goulot et composer une œuvre avec. Ce geste, répété des centaines de fois devient quotidien. Une fois son travail terminé il devient art, c’est ce geste qui lie la vie quotidienne de l’artiste et son art. Les bouteilles cassées sont empilées sur les barres métalliques jusqu’à créer une barrière coupante, ressemblant de loin à des tiges de bambou.

Série Processions, Katmandou, Népal, 12 février 2021, 2021, Léa Belooussovitch © Photo Gilles Ribero
Série Processions, Katmandou, Népal, 12 février 2021, 2021, Léa Belooussovitch © Photo Gilles Ribero

Des œuvres douces au message fort

À noter également : les œuvres de Claudia Losi sous la thématique Ce que ma forme raconte qui questionne la relation entre l’artiste et son corps avec une installation imposante et poétique en bande de tissus. Ludovica Gioscia propose une œuvre issue d’un voyage intime et processuel, un témoignage de sa relation avec son chat Arturo. Ses poils sont ajoutés aux tissus suspendus au plafond et différents objets sont placés au sol. L’artiste Elena El Asmar, exposée dans la thématique Paysage mental, a grandi dans une maison de campagne italienne remplies d’objets du Liban, pays d’origine de son père. De ce mélange naîtra une installation composée de formes en verre et plexi recouverts de bas résille. Le tout donne vie à un paysage architecturale semblant sorti d’un comte.

Riches d’œuvres aux techniques diverses, La vie matérielle offre au spectateur une belle expérience artistique entre des œuvres sensibles et des œuvres semblant douces mais ayant un message fort. Comme l’explique Carine Fol, cette dualité entre douceur et force est bien présente dans l’exposition et permet au spectateur de voir son regard évoluer sur une œuvre.

Infos pratiques

  • Où ? La Centrale for Contemporary Art, Rue Sainte Catherine 11, 1000 Bruxelles.
  • Quand ? Du 9 décembre 2021 au 13 mars 2022, du mercredi au dimanche de 10h30 à 18h.
  • Combien ? 8 EUR au tarif plein. Différents tarifs réduits possibles.
A propos Anaïs Staelens 37 Articles
Journaliste du Suricate Magazine