Timbuktu d’Abderrahmane Sissako

timbuktu affiche

Timbuktu

d’Abderrahmane Sissako

Drame

Avec Ibrahim Ahmed dit Pino, Toulou Kiki, Abel Jafri, Fatoumata Diawara, Hichem Yacoubi

Sorti le 17 décembre 2014

À une époque où, chaque jour, on nous parle de ce terrorisme grandissant, de cette montée de la menace, de ce « peuple » islamique qui n’en est pas un, le film Timbuktu d’Abderrahmane Sissako offre quelques clés de réflexion nécessaires face à un thème qui s’affilie tant à la notion de chaos. Le parti pris est celui de la poésie qu’on transpose dans l’absurdité de l’humain.

À Tombouctou, les paysages désertiques et semi-désertiques possèdent cette lumière à part qui vous donne le sentiment d’assister à un rêve animé. Il y a tant de sérénité, tant d’images paisibles de cette terre magique que le réalisateur nous offre à découvrir qu’on comprend pourquoi Sissako a décidé de tourner dans ce décor naturel-là plutôt qu’un autre. Plus encore, en plaçant ses caméras à l’échelle du village ou de la tente des semi-nomades vivant entre les dunes, c’est toute la violence du processus d’islamisation forcée qui résonne avec efficacité : on comprend, au détour des exemples et des situations, que la démarche des intégristes est sournoise aussi et surtout parce qu’elle se place dans la plus abyssale des bêtises dont peut faire preuve l’Homme.

Derrière le décor ocre et sable, là où la verdure se fait rare et où les mulets ont le dos surchargé, les djihadistes imposent progressivement leurs mesures absurdes, violent les fondamentaux de l’Islam et se permettent sans honte et sans limite les interdictions qu’ils imposent à la population. Peu à peu, ces combattants de la guerre sainte qui viennent de partout – notamment d’Europe – s’attribuent bien du pouvoir sur la vie : on assiste avec fracas à la volonté sournoise d’un groupuscule ténébreux d’interdire le jeu, la communication et de briser en mille les traditions et les coutumes millénaires qui ne nuisent à quiconque.

Dans Timbuktu, les aspects multiples de la terreur sont bien traités car les points de vue sont divers et articulés avec fluidité et cohérence. Ce film est beau et touchant même si l’impuissance que l’on ressent face à la progression de l’interdit peut laisser un certain goût amer en bouche.

Justine Guillard
A propos Justine Guillard 91 Articles
Journaliste du Suricate Magazine

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