Interview avec Jean Le Peltier

Jean Le Peltier, vous êtes l’auteur de ce texte, comment vous est venue l’idée de ce spectacle ?

Je faisais du théâtre en France et, quand je suis arrivé à Bruxelles, je ne connaissais pas grand monde. Du coup, j’ai beaucoup observé autour de moi. Je me suis dit que j’allais faire une pièce pour laquelle il n’y aurait pas besoin de grand-chose, juste du papier et de quoi dessiner pour pouvoir construire un décor qui soit léger.

Vous venez donc de Rennes, en France et quelle a été votre formation ?
Je n’ai pas suivi de formation théâtrale ; je suis allé à l’Université à Giessen, en Allemagne où j’ai suivi un cursus en Sciences du Théâtre Appliquées et où j’ai beaucoup pratiqué la performance. Je suis très influencé par les créations qui se jouent dans la rue ou dans les lieux insolites qu’on appelle les white cubes mais aussi dans les théâtres. Pour ce qui est du dessin, je n’ai pas suivi de formation particulière, ce sont des choses qui viennent de moi.

Vieil plonge les spectateurs dans un monde merveilleux et fantaisiste. Est-ce un domaine de prédilection dans votre travail ?
Non, uniquement dans ce spectacle-là. Les thèmes abordés dans Vieil reprennent des choses qui me mettent assez en colère dans la vie et que j’avais envie d’exprimer sur scène, d’une manière moins agressive : les distances absurdes qu’on connaît tous, les espèces de règles implicites qui nous protègent et parfois nous empêchent. J’aime l’idée qu’on en parle et qu’on soit conscient qu’on a tous plus ou moins les mêmes codes. Pour éviter que le traitement de ces thèmes soit envahissant ou culpabilisant, j’ai eu envie de parler de ces choses de cette manière-là.

Y’a-t-il un symbole particulier à voir dans ce géant qui s’allonge devant la fenêtre ?
Toutes les choses qui sont à l’intérieur de ce spectacle sont des références pour moi et, comme dans une fable, y voit qui veut ce qu’il veut. A titre personnel, ces symboles peuvent faire écho à mon arrivée à Bruxelles. Je me suis aperçu que cette vision de la capitale européenne était moins glorifiée que d’autres lieux énigmatiques comme Versailles ou le Panthéon en France, par exemple. J’ai trouvé la ville plus chaotique dans l’urbanisme et la fable de Vieil reprend ce sentiment abrupt ressenti à mon arrivée dans cette ville. J’avais une vision grandiloquente de l’Europe et, en y regardant de plus près, on s’aperçoit que cette perception est un point de vue et qu’il y a d’autres manières de voir. Ce géant est en quelque sorte un personnage vantard qui se blesse par vanité et qui finit par disparaître. Cela ne signifie pas que je pense que l’Europe va disparaître mais qu’une certaine idée de l’Europe s’essouffle.

Le protagoniste de l’histoire, Ives, est-il fort inspiré de votre propre personnalité ?
Le personnage d’Ives est assez proche de ce que je peux jouer seul dans ma chambre. L’exercice de ce spectacle est assez particulier car je change constamment de place les idées ; je me mets un peu en péril et c’est assez violent. En même temps, j’aime l’idée du simple appareil et de la jetée à l’eau. Je récupère des choses de ma vie et j’essaye de voir si ça peut coller avec celles des autres. Je me paye le luxe d’une grande rencontre avec le reste des gens pour voir si je fais bien partie du même groupe. Finalement, le spectacle parle beaucoup de la solitude.

Y’a-t-il d’autres projets sur lesquels vous travaillez actuellement ?
Je travaille sur le projet Avant la nuit, une collaboration avec six artistes plasticiens, performeurs, danseurs, light designers autour d’un même thème : je vous ai haï mais au loin je vous ai tellement regretté. Nous venons tous de différents pays : Belgique, Allemagne, France, Israël, Maroc et nous allons travailler ensemble sur l’idée : que peut-on apporter aux autres sur scène ? Je vais écrire la trame et les autres artistes pourront l’étoffer et l’illustrer comme ils veulent.

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Justine Guillard
A propos Justine Guillard 91 Articles
Journaliste du Suricate Magazine

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