6ème cérémonie des Magritte 2016 : compte-rendu

Cette année, 22 prix récompensent les diversités foisonnantes du cinéma belge. Cette année encore, c’est Charlie Dupont qui est le maître de cérémonie, version pilote de ligne secondé par ses hôtesses de l’air et Quick et Flupke censés réveiller les fainéants à l’aide de trompettes. Avec une fanfare, Charlie Dupont tente de créer un « joli bordel » mais l’ambiance reste un peu molle. A l’issue de cette présentation, il s’envole avec ses ailes d’ange pour laisser la place à la présidente de la cérémonie : Marie Gillain.

Pour son discours d’ouverture, Marie Gillain, présidente avec ou sans fourrure, revient sur ses souvenirs d’enfance dans notre pays avec de jolis jeux de mots. C’est le discours d’une belge de Belgique établie en France et qui déplore que les films belges de Belgique ne sortent pas en France. C’est une ode au cinéma belge avec pour conclusion un hommage à Chantal Ackerman, une des figures de proue du cinéma moderne, décédée en octobre 2015.

Charlie revient après ce vibrant hommage pour décerner les titres de ministres à différents invités : Mark Zinga devient Didier Reynders, Laurent Capelluto devient Joëlle Milquet et Jérémie Renier devient Elio Di Rupo tandis que les films de Bouli Lanners sont qualifiés de films de boules mais en italien.

Charlie laisse la place à David Murgia qui va offrir le Magritte du Meilleur espoir féminin à Lucy Debay pour sa prestation dans Melody. Après beaucoup de théâtre, elle réussit sa transition vers le grand écran, ce qui augure une belle et longue carrière. Lucy Debay a un peu de mal à prendre la parole à cause de l’émotion mais elle rend un vibrant hommage à Rachel Blake, sa partenaire à l’écran ainsi qu’à toute l’équipe du film. Et parle encore de la difficulté d’obtenir le statut d’artiste.

C’est alors le tour du Meilleur espoir masculin remis toujours par David Murgia à Benjamin Ramon dans Être. Déjà nominé l’année dernière dans la même catégorie, il reçoit enfin son prix. Lui aussi revient sur le problème des statuts d’artiste et comme toujours se plie aux remerciements d’usage. On remarque que mis à part ces deux lauréats, ce ne sont que des enfants qui étaient nominés : la nouvelle génération est prête !

Le Magritte du Meilleur scénario sera remis par Charline Vanhoenacker connue pour ses billets humoristiques notamment sur France Inter. Elle dit d’ailleurs que le rôle qui lui a été dévolu est à contre-emploi car elle a plus l’habitude de recevoir des prix qu’en donner ! Elle remet donc le prix à Thomas Gunzig et à Jaco Van Dormael pour leur très beau conte surréaliste Le tout nouveau testament. C’est le premier prix pour Gunzing mais le deuxième pour Jaco qui le reçu en 2011 dans la même catégorie pour Mr. Nobody. Jaco raconte que c’est sa première collaboration avec quelqu’un car « si on est seul et qu’on n’a pas d’idée, on traîne toute la journée et on déprime. Si on est deux, on peut ne pas avoir d’idées mais au moins on passe une bonne journée parce qu’on n’est pas tout seul ».

Charlie Dupont accueille les joyeux trublions Bilall Fallah et Adil El Arbi repérés avec leur film Black qui nous offrent une introduction très dynamique avant de remettre le Magritte de la Meilleure image à Manu Dacosse pour Alleluia qui réalise ainsi un doublé puisqu’il reçut le même prix l’année dernière pour L’étrange couleur des larmes. Manu Dacosse est donc un des talents émergent du cinéma belge. À suivre.

Les mêmes présentateurs remettent alors le Magritte du Meilleur montage à Anne-Laure Guégan pour Alleluia qui reçoit ainsi son second prix de la soirée. Anne-Laure Guégan nous rappelle très justement qu’être monteur ce n’est que sculpter de la matière faite par d’autres.

C’est ensuite Charlie Dupont qui reprend les rênes pour un petit intermède humoristique devenant tour à tour de grandes personnalités belges qui parlent de leurs films préférés. Il se transforme en une Justine Henin déchaînée, en le plus flamand des artistes wallons et le plus wallon des artistes flamands, un véritable Homo belgicus : Arno et enfin le roi qui nous régale d’une chorégraphie endiablée accompagné de la fanfare qui entonne la musique du Doudou de Mons.

Il appelle ensuite Elvis Pompilio qui vient remettre le Magritte du Meilleur costume à Pascaline Chavanne pour La dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil. Celle-ci est de plus en plus une styliste très connue dans l’univers du film français où elle travailla notamment avec Patrice Lecomte. Elle est également la styliste des films Chocolat et Les Chevaliers blancs actuellement en salle.

C’est ensuite le tour du Magritte des Meilleurs décors d’être attribué à Emmanuel de Meulemeester pour Alleluia. Chef décorateur des années ’90 notamment dans Les Carnets de Monsieur Manatane ou de comédies telle que Je suis supporter du Standard. C’est le troisième prix de la soirée pour Alleluia.

Charlie Dupont appelle alors un autre Charlie, Herscovici cette fois, le président de la fondation Magritte qui remet le Magritte d’honneur à Vincent Lindon. Est alors diffusée une rétrospective des films où il a joué où l’absence de certains titres perdent le non-fan. Lors de son discours, Vincent Lindon revient encore sur notre liberté d’expression trop souvent bridée, la comparant à un préservatif géant posé sur le cerveau. Il rend hommage à notre cinéma surréaliste qui offre des films forts et déroutants et termine sur un bon mot : « A savoir comment on reconnait une français ? C’est le seul qui vient chercher un César à Bruxelles ». Tout est dit.

Charlie Dupont revient sur scène pour mettre l’ambiance dans la salle avec un sketch version petit rebeu. L’autodérision made in Belgium puissance 1000. Il introduit Mélanie De Biasio, chanteuse Jazz manifestement mal à l’aise dans ce rôle, qui remet les Magritte du Meilleur son et de la Meilleure musique.

Le Magritte du Meilleur son est attribué à Emmanuel de Boissieu, Frédéric Meert et Ludovic Van Pachterbeke pour Alleluia dont c’est le 4ème prix de la soirée. Déjà récompensé en 2014 pour Ernest et Célestine, leur musique contribue à l’atmosphère oppressante du film. Le Magritte de la Meilleure musique originale est quant à lui attribué à An Pierlé, compositrice anversoise, pour Le tout nouveau testament. Elle avait déjà collaboré au film Eldorado et sur la chanson du film d’animation Cafard. Dans son speech, elle déplore qu’à Cannes sur 100 films, il n’y avait que 4 femmes compositrices.

Vincent Patar et Stéphane Aubier (Panique au village) sont heureux de remettre le prix d’une nouvelle catégorie qu’ils rebaptisent le Magritte du meilleur bricolage. Le Meilleur court métrage d’animation est remis sans surprise à Dernière porte au Sud de Sacha Feiner (produit par Take Five) tiré d’une bande dessinée de David Forsten. En 2013 Un monde meilleur fut récompensé dans de nombreux festivals. Son travail est qualifié de ludique gardant une âme humaine.

Les mêmes invités remettent alors le Magritte du Meilleur court métrage de fiction à L’ours noir de Méryl Fortunat-Rossi et Xavier Seront (produit par Hélicotronc) déjà récompensé internationalement grâce à leur humour caustique et un casting prestigieux. Lorsqu’ils viennent chercher leur prix, ils remercient les belges qui acceptent que l’on fasse des films avec des ours qui décapitent des touristes !

C’est ensuite au tour de Renaud Rutten qui nous affirme que si on nourrissait Leonardo Dicaprio avec des tartines de pâté crème pendant dix ans, il deviendrait un acteur belge ! Il remet le Magritte de Meilleure actrice dans un second rôle féminin à Anne Coesens pour son rôle dans Tous les chats sont gris. Celle-ci est très active tant au théâtre, qu’à la télé ou encore au cinéma. Elle sera dans La Trêve une nouvelle série belge et sera à l’affiche d’un film avec Sophie Marceau cette année. Une actrice à suivre.

Denis M’Punga entre en scène et nous rappelle que c’est « du réel que naissent les utopies », avant de remettre le Magritte du Meilleur documentaire à L’homme qui répare les femmes de Thierry Michel (produit par Les Films Passerelle). Ce film a reçu une dizaine de prix internationaux et avait été dans un premier temps interdit en République Démocratique du Congo.

Le Magritte du Meilleur acteur dans un second rôle est remis par Loubna Abidar à Laurent Capelluto pour son rôle dans L’enquête. Egalement nommé au César, il est une valeur sûre du cinéma belge.

Le Magritte du Meilleur film flamand est attribué à D’Ardennen de Robin Pront et remis par Sophie Verbeck. Ce premier film a déjà accueilli plus de 200 000 spectateurs dans les salles et jouit d’un succès international. Il fera même l’objet d’un remake aux Etats-Unis.

Charlie Dupont peine un peu à enflammer la salle, l’intermède avec les marionnettes entre les fils et filles de… est particulièrement atroce. Tout cela pour introduire Cécile Van Damme qui vient remettre le Magritte de Meilleur réalisateur à Jaco Van Dormael pour Le tout nouveau testament, dont c’est déjà le 3e prix de la soirée. C’est également la seconde fois qu’il reçoit ce prix après Mr. Nobody en 2011.

Jeroen Perceval arrive sur scène pour remettre le Magritte du Meilleur premier film à Savina Dellicour pour Tous les chats sont gris dont c’est la deuxième récompense de la soirée. Premier long-métrage de cette réalisatrice co-produit par la RTBF avec notamment Anne Coesens et Bouli Lanners.

La cérémonie s’accélère et les prix les plus prestigieux s’enchaînent. C’est au tour d’Erika Sainte de remettre le Magritte du Meilleur acteur à Wim Willaert pour sa prestation dans Je suis mort mais j’ai des amis. Il a acquis une certaine notoriété pour son rôle au côté de Yolande Moreau dans Quand la mer monte, film lauréat de deux césars.

Le Magritte du Meilleur film étranger en coproduction est remis par Kad Merad rejoint par Dany Boon qui nous régalent d’un sketch dont le sujet est la simplification à outrance de 2400 mots de la langue française. Le prix est attribué à La famille Bélier. Vu par 7 millions de spectateurs, ce film est une surprise en France et permet à Louane Emera de ravir le César de meilleur espoir féminin.

Le Magritte de la meilleure actrice est attribué à Veerle Baetens pour sa prestation dans Un début prometteur. Cette actrice polyglotte a déjà été vue et reconnue pour ses rôles notamment dans Des nouvelles de la planète Mars ou elle donnait la réplique à François Damiens.

Enfin la cérémonie se termine avec le Magritte du Meilleur film remis par la présidente Marie Gillain sans surprise à Jaco Van Dormael pour Le tout nouveau testament. Quatrième prix de la soirée, cet excellent film est nommé au César 2016 dans la catégorie Meilleur film étranger.

Vous l’aurez compris Alleluia et Le tout nouveau testament sont les grands gagnants de la soirée avec 4 Magritte chacun. Cependant, la distribution a été partagée de manière assez homogène et nous sommes heureux de constater que de nouveaux prix sont créés tant la culture du cinéma belge s’étend et mérite que l’on s’y attarde un instant. Seul bémol de la soirée : une cérémonie qui tire en longueur, sans aucune pause et un présentateur qui s’essouffle peut-être dans ce rôle, tant il peine à vraiment mettre l’ambiance. Le rendez-vous est pris pour l’année prochaine avec, on l’espère, de nombreuses nouvelles pépites belges à découvrir !

Le palmarès (cliquez sur les titres pour lire les critiques) :

Meilleur espoir masculin : Benjamin Ramon dans Être

Meilleur film : Le Tout Nouveau Testament de Jaco Van Dormael

Meilleur espoir féminin : Lucie Debay dans Melody

Meilleur scénario : Thomas Gunzig et Jaco Van Dormael pour Le Tout Nouveau Testament

Meilleur montage : Anne-Laure Guegan pour Alléluia

Meilleur costume : Pascaline Chavanne pour La dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil

Meilleur décor : Emmanuel de Meulemeester pour Alléluia

Meilleure image : Manu Dacosse pour Alléluia

Meilleur son : Emmanuel de Boissieu, Frédéric Meert et Ludovic Van Pachterbeke pour Alleluia

Meilleure musique : An Pierlé dans Le Tout Nouveau Testament

Meilleur court-métrage d’animation : Dernière Porte Sud de Sacha Feiner

Meilleur second rôle féminin : Anne Coesens dans Tous les chats sont gris

Meilleur documentaire : Colette Braeckman et Thierry Michel pour L’homme qui répare les femmes

Meilleur second rôle masculin : Laurent Capelluto dans L’enquête

Meilleur court-métrage de fiction : L’ours noir de Méryl Fortunat-Rossi et Xavier Seron

Meilleur film flamand : D’Ardennen de Robin Pront

Meilleur réalisateur : Jaco Van Dormael pour Le Tout Nouveau Testament

Meilleur premier film : Savina Dellicour pour Tous les chats son gris

Meilleur acteur : Wim Willaert dans Je suis mort mais j’ai des amis

Meilleur film étranger : La famille Bélier de Eric Lartigau

Meilleure actrice : Veerle Baetens dans Un début prometteur

Daphné Troniseck
A propos Daphné Troniseck 233 Articles
Journaliste - Responsable littérature du Suricate Magazine

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