D’Ardennen, l’histoire de deux frères

d ardennen poster

D’Ardennen

de Robin Pront

Drame, Thriller

Avec Veerle Baetens, Jeroen Perceval, Kevin Janssens

Sorti le 14 octobre 2015

Pour son premier long-métrage, le jeune réalisateur flamand Robin Pront signe un polar social sombre et efficace des deux côtés de la frontière linguistique, entre Anvers et les Ardennes. Filmé à l’américaine dans des décors bien de chez nous, D’Ardennen se penche sur les retrouvailles délicates de deux frères après quatre ans de séparation.

Suite à un cambriolage violent qui a mal tourné, Kenneth a écopé d’une lourde peine de prison. Dave, son jeune frère et complice dans l’affaire, a réussi à s’enfuir. Durant son procès, Kenneth a tenu bon et a pris soin de ne pas le dénoncer. Quelques années plus tard, à sa sortie de prison, l’aîné de la fratrie constate très vite que les choses ont changé. La connivence avec Dave n’est plus vraiment la même. Son jeune frère file droit désormais. Quant à sa petite-amie Sylvie, elle a pris la tangente mais il compte bien la reconquérir. C’est sans compter sur Dave qui se garde bien de lui dire qu’elle est à présent sa petite-amie…

Avec ce premier film, le réalisateur Robin Pront nourrit une double ambition. D’un côté, réussir un thriller haletant avec des accents américains, dans la veine d’un cinéma populaire très apprécié en Flandre. De l’autre, montrer, à travers des quêtes individuelles, la difficulté de se relever après avoir fait des mauvais choix. Dans le triangle amoureux, chacun a fort à faire pour maitriser ses démons (alcool, drogue, violence) et oublier son passé. A l’image de la scène d’ouverture dans la piscine, Robin Pront nous offre une plongée dans les sentiments contradictoires des protagonistes liés entre eux par une dette morale et un passé affectif commun.

Doté d’un scénario simple et efficace, le film ne souffre d’aucune baisse de régime. La mise en scène classique mais nerveuse est rythmée par des séquences frénétiques et quelques belles scènes d’action (notamment dans le car wash). L’histoire nous tient donc en haleine du début jusqu’à la fin avec une intrigue relativement bien ficelée (avec une légère surenchère tout de même dans la dernière partie).

Le casting étoilé est l’autre point fort du film. Beaucoup de comédiens, principaux ou secondaires, sont considérés comme des stars en Flandre : Kevin Janssens, Veerle Baetens (The Broken Circle Breakdown), Jan Bijvoet, Jeroen Perceval… Ils sont tous magnétiques et d’une grande justesse. Kevin Janssens en tête. Héros bien connu de la série TV Vermist, il donne une densité toute particulière à son personnage archétypal de brute épaisse.

Entre pluie battante, ciel gris, vulgarité et décors sordides, l’ambiance du film ne fait pas vraiment dans la dentelle. On baigne ici dans une Belgique plutôt sombre et misérabiliste. « D’Ardennen » ne s’embarrasse pas pour autant de sentimentalisme poisseux ni de lubrifiant psychologique. Les enjeux du film sont plus narratifs que sensitifs, restent plus dans le registre de la comédie noire et du thriller que dans celui du drame.

Quant à la bande-son, même si elle est percutante et apporte beaucoup à l’atmosphère inquiétante du film, elle est néanmoins trop présente et a parfois la fâcheuse tendance à enlever l’effet de surprise chez le spectateur car elle conditionne les mouvements des acteurs.

D’Ardennen n’a sans doute pas l’envergure d’un thriller comme de Zaak Alzheimer ou Rundskop. Il manque un rien d’audace dans sa mise en scène et dans son scénario pour atteindre le niveau de ses aînés. Mais après avoir vu ce premier film, certains apparentent déjà le jeune Robin Pront à Quentin Tarantino. L’histoire nous le dira. Ce qui est en tout cas sûr, c’est que le jeune cinéaste flamand va très vite faire partie de cette nouvelle vague du nord ; celle qui fait un raz-de-marée dans les salles de cinéma en Flandre et qui s’exporte bien à l’étranger. Le film fait d’ailleurs ce 13 octobre l’ouverture du FilmFestGent et a été acclamé récemment au Festival international du film de Toronto. Une sortie qui s’annonce déjà sous les meilleurs augures.

Marie-Laure Soetaert
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Journaliste du Suricate Magazine