Ugly d’Anurag Kashyap

ugly affiche

Ugly

d’Anurag Kashyap

Thriller

Avec Ronit Roy, Tejaswini Kolhapure, Rahul Bhat, Anshikaa Shrivastava, Vineet Singh

Sorti le 4 juin 2014

Critique :

Bombay, mégalopole saturée, polluée. Une fillette disparaît. En proie à des conflits personnels profonds, ses parents et leurs proches se rejettent mutuellement les responsabilités plutôt que de se mettre en devoir de retrouver la disparue.

Avec Ugly, on est très loin des couleurs acidulées du shining India, très cher aux investisseurs, et on se situe à mille lieues de la communication non-violente prêchée par Gandhi.

Anurag Kashyap nous propulse dans un thriller désespérément noir où le vice règne en maitre. Une tentative de suicide avortée, une dispute conjugale, un enlèvement d’enfant, un trafic d’IPhones, un mort écrasé sur la route : le premier quart d’heure donne tout de suite le ton. En se confrontant à la trivialité du quotidien (misère, désordre, foule, bruit…), le réalisateur dresse un portrait sans concession des maux qui rongent la société actuelle indienne. Corruption, brutalité, délinquance, pauvreté : tout est passé au scalpel, à même la chair.

Dans ce tourbillon de drames, Kashyap charge violemment la police en la tournant au ridicule. On n’oubliera pas de sitôt la scène absurde où le père vient faire une déposition à la police pour signaler la disparition de sa fille. Dans ce commissariat, tout est sujet à digression ! Mais le cinéaste indien dézingue aussi un petit groupe d’artistes moralement prêts à tout pour gagner un peu de célébrité.

La structure mêle les fils narratifs dans une toile d’araignée infernale. Entre la constellation de personnages et les flashbacks, on se perd parfois dans ce labyrinthe constitué d’impasses et de faux-semblants. Le film explore le versant sombre de l’âme humaine à plein pot et à plein régime. Ugly nous force régulièrement à tout réévaluer car l’histoire nous offre à chaque fois un nouveau regard sur chaque personnage. Le côté sombre et manipulateur finit par emporter chacun d’entre eux.

Dans ce concentré de noirceur, certaines scènes sont tellement imprégnées d’humour noir qu’elles en deviennent malsaines. La danse tribale de l’oncle de la disparue, dans sa chambre sordide, a quelque chose d’insupportable même si elle est magnifiquement portée à l’écran, notamment par le biais d’une bande-son percutante.

C’est glauque, c’est poisseux et oppressant. Mais quel cauchemar magnétisant !

Marie-Laure Soetaert
A propos Marie-Laure Soetaert 130 Articles
Journaliste du Suricate Magazine

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