[L’instant VHS] King Ralph de David S. Ward

Il est toujours là. Le Grand, le Beau, l’Excellentissime, L’instant VHS ! Il est même essentiel en cette période d’emmerdement permanent chez soi. C’est toujours le bonheur de reparler d’un film plus ancien, souvent culte, parfois oublié mais toujours intéressant à revoir. Si vous êtes vieux et que le dernier film que vous avez accepté de voir est Cléopâtre avec Elisabeth Taylor, si vous êtes trop jeunes et que pour vous le cinéma a commencé avec Harry Potter et Twilight, si vous êtes de la même génération que l’auteur et que vous souhaitez revoir ces films cultes qu’on oublie parfois, cette rubrique est faite pour vous. Sinon, vous pouvez toujours vous amusez à compter le nombre de pâtes ou de feuilles de PQ que vous possédez.

En 1991, la famille royale britannique au grand complet fut décimée, électrocutée au cours d’une séance photographique ayant mal tourné. Afin de sauver le système monarchique et le Royaume-Uni de la ruine, plusieurs conseillers se mirent en quête d’un héritier, remontant la généalogie jusqu’à trouver un prétendant au trône vivant aux Etats-Unis : un chanteur raté du nom de Ralph Hampton Gainesworth Jones. Quintessence de l’américain bon vivant, Ralph aura fort à faire pour apprendre son nouveau métier et se fondre dans la peau d’un souverain britannique. Sans compter les tentatives répétées de Lord Percival Graves pour nuire à sa réputation.

Troisième réalisation de David S. Ward – scénariste de L’arnaque (George Roy Hill, 1973) et de Nuits blanches à Seattle (Nora Ephron, 1993) –, King Ralph est très librement adapté du roman Headlong d’Emlyn Williams.

Si ce Pygmalion version 1991 a reçu plusieurs critiques mitigées à sa sortie, on peut aujourd’hui lui trouver certaines qualités qui en font une œuvre à part entière. Avant toute chose, il offre une plongée sympathique dans la culture anglaise, au sein de décors particulièrement majestueux : Londres avec quelques vues aériennes de Westminster, le palais de Buckingham ou le palais de Blenheim. Mais surtout, il permet de montrer à quel point les cultures anglaises et américaines, tout en étant proches, sont parfois aux antipodes l’une de l’autre, donnant lieu à un comique de situation souvent délectable. L’une des premières conversations entre Ralph et son secrétaire personnel, Cedric Charles Willingham (Peter O’Toole), est à ce titre assez amusante : Ced’ demande à Ralph s’il a déjà vu l’Angleterre et celui-ci répond « Non mais j’ai les albums des Rolling Stones. Enfin la plupart ». Ce à quoi Willingham répondra « Dans ce cas c’est comme si vous étiez né ici ». Cet échange est typique de l’opposition entre la nonchalance américaine et le flegme britannique. Plus tard encore, Ralph découvrant ses appartements à Buckingham donnera un pourboire à son domestique. Le film accumule ainsi plusieurs scènes parfois déjà vues, souvent amusantes, et diverses répliques à l’américaine (« Relax, j’suis l’nouveau Roi ! »). Mais le tout demeure toujours correctement dosé et ne vire jamais à la parodie. Ralph garde ainsi un côté bon-enfant attachant sans jamais verser dans la caricature de l’américain mal dégrossi.

Deuxième point à retenir dans ce King Ralph, son casting cinq étoiles. John Goodman tient ici son premier rôle en tant que tête d’affiche, et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il est particulièrement à l’aise, offrant une performance remarquable. À ce titre, son interprétation – tant physique que vocale – de Good Golly Miss Molly vaut particulièrement le coup d’œil (https://www.youtube.com/watch?v=LIjLSoDCpb8). On sent réellement la passion qui anime l’acteur qui s’investit pleinement dans le film, principalement dans les parties musicales. En réalité, King Ralph est annonciateur de plusieurs choix futurs du comédien, qui, au cours de sa carrière, n’hésitera jamais à pousser la chansonnette, que ce soit dans Monstres & Cie, Blues Brothers 2000, True Stories ou La princesse et la grenouille. Avec toujours des choix orientés vers le Blues, la Soul et le Rock’n’Roll.

À ses côtés, plusieurs visages célèbres du cinéma, à commencer par Peter O’Toole qui gratifie ici le film de son flegme parfait et offre une performance toute mesurée. Citons encore Richard Griffiths (l’oncle Vernon d’Harry Potter) et Julian Glover (Walter Donovan dans La Dernière Croisade ou encore Mestre Pycelle dans Game of Thrones) que l’on prend toujours énormément de plaisir à voir. Enfin, John Hurt vient compléter ce casting en jouant le jaloux Lord Percival Graves qui n’hésitera pas à se livrer aux pires bassesses pour pousser Ralph à renoncer au trône.

En dehors de ça, King Ralph est un film sans autre prétention que de divertir le spectateur. Et de ce fait, il remplit pleinement son contrat – son réalisateur, David S. Ward, n’a d’ailleurs jamais dirigé que des comédies légères. L’histoire est finalement assez facilement résumable : un héros se retrouve dans des situations cocasses, face à un antagoniste vicieux qui tente de s’opposer à sa réussite et à son histoire d’amour. Seule l’intelligence du héros et sa noblesse d’âme l’aideront à triompher. Si l’on s’en réfère au pitch de départ, il s’agit en somme d’une comédie comme des centaines d’autres comédies sorties à cette époque ; la distinction se trouve ici dans la façon dont l’intrigue sera amenée et résolue. C’est ici l’une des qualités importantes de King Ralph, qui parvient à tirer son épingle du jeu malgré tout.

Si les personnes nées à la fin des années 1980 peuvent prétendre être des adultes accomplis, responsables et respectueux, c’est probablement grâce à des films comme King Ralph qui possèdent toutes sortes de bons sentiments et de personnages attachants sans pour autant verser dans la comédie bateau et prendre le spectateur pour un imbécile !

Pour apprendre quelque chose d’intéressant : le palais que l’on voit à la toute fin du film – alors que Ralph interprète la géniale chanson Duke of Earl de Gene Chandler – est le palais de Blenheim situé dans l’Oxfordshire, qui fut construit à partir de 1705 et offert à John Churchill, 1er duc de Marlborough. Ce dernier était l’arrière grand-père de Winston Churchill. C’est là que naquit le plus célèbre des Premiers ministres britanniques du xxe siècle le 30 novembre 1874. Parmi les films tournés dans cette célèbre résidence, citons Barry Lyndon, Harry Potter et l’Ordre du Phénix ou encore Spectre.

Juste pour ne pas mourir idiot : une des premières apparitions de John Goodman à l’écran s’est faite en 1983 dans une publicité pour le McDonald’s Egg McMuffin dans laquelle on pouvait brièvement apercevoir l’acteur déguster un hamburger (https://www.youtube.com/watch?v=f-8rcPOs9r4). Dans King Ralph, l’acteur montre une fois encore son appréciation des hamburgers en allant chez Burger King. La chaîne de fast-food profitera d’ailleurs de la sortie du film pour promouvoir ses produits (https://www.youtube.com/watch?v=Phjl35H7qtA).

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Journaliste du Suricate Magazine