Santiago, Italia : une double affinité entre deux lieux que tout sépare

Santiago, Italia
de Nanni Moretti
Documentaire
Sorti le 24 avril 2019

Dans ce documentaire, le réalisateur de La Chambre du fils, Habemus papam et Mia Madre prend pour point de départ les événements du 11 septembre 1973 qui eurent lieu à Santiago. Le gouvernement socialiste et élu démocratiquement d’Allende est renversé par un coup d’État organisé par la milice et soutenu par le gouvernement américain et la droite du Chili. S’ensuit une période de répression très violente. La junte militaire prend le pouvoir, sous le commandement de Pinochet. Les opposants sont torturés et assassinés.

Mais jusque-là rien de nouveau – ou du moins pas pour ceux qui ont connu cette époque. Et c’est une fois le contexte placé que Nanni Moretti sort sa botte secrète : l’histoire cachée. La dictature de Pinochet a causé des milliers de morts certes, mais ce que les gens ignorent c’est que l’ambassade italienne de Santiago a,  de son côté, sauvé des centaines de vies. Car c’est là que les familles de dissidents ont trouvé refuge. Et quel refuge ! Un jardin d’Eden, avec ses douces baignades et ses pommes juteuses, un paradis vert qui contrastait avec l’enfer de l’extérieur. Un bel endroit qui menait vers d’autres jardins puisque de nombreux réfugiés ont pu fuir vers l’Italie où ils furent très bien accueillis.

En rapportant ces événements, Nanni Moretti souligne la leçon d’humanisme qu’a su donner le peuple italien dans la lutte contre les abus de Pinochet. Mais détrompez-vous, le réalisateur n’est pas derrière la caméra pour faire l’éloge de son pays. S’il applaudit le climat d’entraide qui y régnait dans les années 70, c’est pour mieux déplorer la politique migratoire actuelle. Derrière ces louanges se cache une critique acerbe de l’Italie de Salvini.

Ainsi, Nanni Moretti rapporte chronologiquement les faits pour en tirer une triste conclusion : l’Italie ressemble de plus en plus au Chili dans ses pires moments. C’est un travail méticuleusement organisé, le spectateur ne se sent pas bousculé et chaque information arrive en son temps. L’histoire nous est soigneusement rapportée par des entretiens qui s’entremêlent. Et si ce n’est les quelques images d’archives, n’est porté à l’écran que le visage de ceux qui racontent leur histoire. Santiago, Italia est un film qui s’écoute presque plus qu’il ne se regarde. Toutefois, le spectateur attentif peut percevoir certaines expressions qui traduisent le bonheur d’avoir été accueilli, la souffrance du souvenir ou encore la peur que cela ne se reproduise.

Cheyenne Quévy
A propos Cheyenne Quévy 59 Articles
Journaliste du Suricate Magazine