Pattern, un hommage au père à l’Océan Nord

Une création de Émilie Maréchal et Camille Meynard, avec Simon André, Céline Beigbeder, Ana Mossoux, Julien Rombaux, Émilienne Tempels. Du 15 octobre au 26 octobre 2019 au Théâtre de l’Océan Nord.

“Si je ne vous parle pas de mon père, personne n’en parlera plus” 

Pattern, modèle spécifique représentant d’une façon schématique et répétée la structure d’un comportement individuel ou collectif. C’est le titre choisi par Emilie Maréchal et Camille Meynard pour leur spectacle sur les relations que l’on entretient avec le père. Elle, venant du théâtre et lui venant du cinéma (ils se sont rencontrés sur son film, Tokyo Anyway), ils ont décidé de mélanger les styles et de présenter une installation mêlant musique, performance, documentaire et théâtre.

Pattern 1 est un documentaire projeté sur deux écrans superposés et qui raconte l’histoire de Thong, champion du monde de boxe thaï qui va faire son dernier combat et Jason, son fils, qui veut suivre les traces de son père malgré les difficultés. Pattern 2 est une sorte de salle d’entraînement où les figurants (16 amateurs ont été recrutés au début de la saison) se succèdent au saut à la corde jusqu’à l’épuisement tandis qu’au sol s’inscrit les phrases expliquant la déchéance physique d’un père. Pattern 3 est une autre installation filmée. Sur le mur, la veillée funèbre d’un grand-père et au sol, les images d’archives de son enfance. Pattern 4 est un segment théâtral racontant les relations des enfants de l’ancien directeur des abattoirs familiaux le jour du premier anniversaire de sa mort. Pattern V est l’histoire d’un vieil homme parlant de son père avec douceur et apaisement car personne d’autre que lui ne peut en parler.

La première partie de la soirée est consacrée à la déambulation dans les différentes parties prévues pour les trois premiers Pattern. Cela bouleverse les cases du théâtre et permet au public de décider ce qu’il veut découvrir et combien de temps il veut consacrer à chaque moment. Le documentaire sur la boxe thaï est prenant et se regarde jusqu’à la fin alors qu’un court moment autour de la veillée funèbre ou du saut à la corde peut suffire. Tout d’un coup, une musique retentit dans la salle. C’est le signal pour s’asseoir dans les gradins et découvrir les tribulations de la famille Van Der Messen ou le retour du fils prodigue qui va êtes accueilli différemment par ses trois soeurs et mettre en évidence la relations que chacun avait avec son père. C’est souvent drôle, parfois trash, assez caricatural (dans l’histoire ou les costumes) mais toujours percutant. Après un deuxième passage musical, c’est autour de Simon André de raconter la relation avec son père. Si le reste était déjà de qualité, c’est ce segment qui reste le moment de grâce le plus impressionnant et pourtant le plus simple grâce surtout au talent du comédien.

Après la volée de prix et l’hommage donné à Isabelle Pousseur durant la cérémonie des Prix Maeterlinck, l’Océan Nord revient en force au devant de la scène théâtrale bruxelloise. Pattern et son installation originale et sa réflexion qui touchera tout le monde, reflète bien l’énergie de ce théâtre qui, même après avoir perdu ses subsides, prouve encore et toujours son utilité.

Loïc Smars
A propos Loïc Smars 321 Articles
Fondateur et rédacteur en chef du Suricate Magazine