[L’instant VHS] La saga Scream de Wes Craven

En route pour un nouvel épisode de L’instant VHS ! L’Instant VHS c’est le plaisir de reparler d’un film plus ancien, souvent culte, parfois oublié mais toujours intéressant à revoir. Si vous êtes vieux et que le dernier film que vous avez accepté de voir est Cléopâtre avec Elisabeth Taylor, si vous êtes trop jeunes et que pour vous le cinéma a commencé avec Harry Potter et Twilight, si vous êtes de la même génération que l’auteur et que vous souhaitez revoir ces films cultes qu’on oublie parfois, cette rubrique est faite pour vous. Sinon, démerdez-vous devant Koh-Lanta.


Pour tous ceux qui étaient ado dans les années 90, Scream est La référence du film d’horreur grâce à son mélange subtil de gore et de comédie. Le projet est arrivé chez Wes Craven alors que les slashers (ces films d’horreur qui consistent aux meurtres d’un groupe de personnes les unes après les autres par un tueur iconique) étaient tombés en désuétude. La grande force de ce film n’est pas de perpétuer la tradition mais de jouer avec les codes hérités de ces vieux films, de les tourner en dérision sans oublier d’en faire un film d’horreur crédible avec des scènes sanglantes bien fichues. L’autre force est d’avoir amené le côté ludique pour le spectateur qui ne sait pas avant la fin qui est le tueur au milieu de tous les protagonistes. Le tout est épicé d’une tonne de références cinématographiques et de mises en abîmes à foison (les films dans le film, les personnages ont conscience d’être dans un film, les clashs de son réalisateur envers le milieu du cinéma, les blagues sur la carrière des acteurs comme Friends pour Courtney Cox, etc.). Mais revenons sur les différents épisodes de la saga.

Scream 1 : la surprise

La premier opus était une nouveauté dans le paysage ciné et aborde directement les anciens slashers. Les héros sont attachants, les tueurs sont surprenants. L’idée la plus géniale est peut-être d’avoir conservé Drew Barrymore au casting (elle devait d’abord interpréter Sidney Prescott, l’héroïne principale) pour la première scène. Etant déjà connue, tout le monde pensait voir l’héroïne de l’histoire  mais après son meurtre, le spectateur ne peut plus être sûr de qui va mourir ni survivre. Le film était pour ceux qui l’ont découvert à l’époque (sans que les codes soient dans la culture pop), une véritable claque de par sa nouveauté et son côté extrêmement fun.

Scream 2 : le fun de la suite

Très rapidement sort un deuxième volet. Si le 1er se passait au secondaire, Sidney, la véritable héroïne, est maintenant à l’université. Très vite un tueur va reprendre du service. A partir de ce film, Scream s’auto-parodie en abordant la question de la faible qualité des suites (le tueur voulant justement faire une meilleure suite que l’original) mais aussi en y intégrant l’adaptation filmée (intitulé Stab) des massacres du 1. On retrouve d’autres personnages comme le flic Dewie, la journaliste Gale, l’innocent Cotton ou encore le cinéphile Randy. La mort de ce dernier en aura d’ailleurs attristé plus d’un, tellement ce personnage était cool. Si il est toujours aussi chouette, les ficelles pour trouver de nouveaux tueurs sont un peu faciles.

Scream 3 : un film dans le film dans le film, etc.

Après un nouveau succès en salle, un troisième est directement mis sur les rails. Hormis les références aux trilogies, cet opus joue surtout sur le film dans le film en confrontant l’histoire « réelle » et le tournage du troisième Stab : en reproduisant une scène de poursuite de Sidney et du tueur dans les décors de la maison originale de Sidney, en faisant se rencontrer les protagonistes principaux et les comédiens les interprétant dans Stab, etc. Cotton mourant dès le début, on décèle enfin les trois héros increvables : Sidney, Gale et Dewie. Si il fait un carton en salle, il reste quand même un épisode assez moyen de la saga et beaucoup pensaient que Scream s’arrêterait là pour de bon. Entre temps, la parodie Scary Movie est sorti et une tonne de nouveaux slashers sont apparus comme Destination Finale, Urban Legend, Souviens-toi l’été dernier, etc.

Scream 4 : un version modernisée surprenante

Pourtant, Wes Craven n’a pas dit son dernier mot et 11 ans plus tard (en 2011), un numéro 4 arrive sur nos écrans. La scène d’introduction mettant en abîme plusieurs scènes des films Stab les unes après les autres avant d’arriver à la « réalité » annonce la couleur : on abordera avec humour les problèmes des suites de trop (7 pour Stab et la dernière explore les voyages dans le temps) et l’intérêt des remakes. L’histoire se focalise, cette fois, plus sur la cousine de Sidney malgré qu’elle soit toujours présente au casting. Comme Gale et Dewie. Craven ne se gêne pas non plus pour citer son premier film de la saga en faisant ressembler les nouveaux aux anciens personnages ou en recréant et en détournant des scènes iconiques (exemple : la porte de garage électrique). Même si le film tient compte de son époque en incorporant scénaristiquement les nouvelles technologies et laisse tomber le vieux téléphone fixe pour les téléphones portables, le film ne trouva pas le public, peut-être plus vraiment intéressé par ce vieux concept qui a inspiré une tonne d’autres films bien plus actuels. Paradoxalement, c’est pourtant un des plus originaux et d’une qualité bien supérieure au précédent épisode (je vous laisse découvrir le tueur qui arrive à nous surprendre autant que quand nous avions découverts le premier Scream).

Scream, la série-télé : sérieusement ?

Malgré le peu de succès, certains cherchent encore à capitaliser sur la franchise en la déclinant cette fois en série télé. MTV se charge de la production et Netflix, qui voit sa popularité grimper en flèche, achète les droits de diffusion. La première saison s’avère étonnamment très chouette en plaçant enfin totalement Scream à l’ère moderne (moyens communications, réseaux sociaux, streaming vidéo, etc.) et s’interrogeant sur la pertinence d’un slasher en série télé. Les nouveaux protagonistes ont aussi l’avantage d’être beaucoup plus complexes que les originaux. Malgré tout, elle montre assez vite ses limites : plusieurs longueurs, l’absence du masque original (pour des questions de droits) et le manque de réponses finales pour ne pas oublier d’avoir une transition vers la deuxième saison. Si on ressentait déjà le manque d’humour propre à la saga, cette deuxième partie l’oublie totalement et se concentre sur les différentes enquêtes et moins sur les meurtres successifs du tueur (tueur qui semble de plus en plus une légende floue, comme dans Mike Myers [Halloween] ou Jason [Vendredi 13], plutôt qu’un des protagonistes à trouver). Les longueurs sont d’autant plus interminables que la saison s’étale sur 4 épisodes de plus (12 normaux et deux bonus pour Halloween mais prolongeant en partie l’histoire). Le manque de succès interrompra la série à ce moment là et laissera à tout jamais ses rares fans frustrés de ne pas connaître la fin de tout ce bordel. Une troisième saison est sortie en 2019 avec de nouveaux personnages et une histoire inédite. Produite par les studios Weinstein au même moment que le scandale qui a ébranlé la planète Hollywood, Netflix s’est désintéressé du produit et elle passa inaperçue. Pour être honnête, la déception de la deuxième saison surpassa l’envie de la regarder.

Scream 5 : ça en est où ?

La même année, Jason Blum (le petit génie derrière Blumhouse qui a bâti sa notoriété avec des films comme Paranormal Activity, American Nightmare, etc.) s’intéresse à un cinquième long-métrage. Mais finalement c’est Spyglass Entertainment qui s’en occupe. Dès Mars 2020 on en apprend un peu plus sur le futur projet : Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett, réalisateurs de Wedding Nightmare sont aux commandes du projet, Kevin Williamson (scénariste des 4 autres films) est indiqué comme producteur exécutif, David Arquette (Dewey) est confirmé au casting et peu après Neve Campbell annonce être en négociation pour reprendre le rôle de Sidney. Matthew Lillard, un des deux tueurs du premier volet manifeste son envie de revenir mais fait face à un écueil : il est mort à la fin du film. Si le tournage aurait dû démarrer cette année, l’épidémie de Coronavirus a freiné l’enthousiasme et l’équipe attend de meilleurs protocoles de sécurité pour démarrer. Si on peut être attiré par une énième suite, ce ne sera pas sans être sûr que les trois acteurs originaux soient au rendez-vous et avec quelques garanties que l’ADN de la saga soit toujours bien présent dans le scénario.

L’importance de la saga au cinéma ?

Quand on regarde l’histoire de cette saga, on se rend compte qu’elle a tout d’abord relancé le genre du slasher tout en offrant quelque chose de nouveau dans le paysage du film d’horreur grâce à ses nombreuses références, son côté drôle et parodique, sa facette ludique sur l’identité du ou des tueurs (inédit à l’époque dans ce genre de cinéma), etc. Mais Scream a aussi influencé tout un nouveau cinéma d’horreur d’exploitation qui a utilisé la même recette tout en créant leurs propres sagas (Destination Finale, Urban Legend, Souviens-toi l’été dernier, etc.) ou encore en se faisant parodier comme dans Scary Movie des frères Wayans ou montrant la voie à pelletée de films d’horreurs humoristiques jouant avec les codes du genre (Tucker and Dale fightent le mal, Happy Birthdead, etc.). Si Scream n’a jamais été un grand chef-d’oeuvre de subtilité (malgré son côté extrêmement fun), on ne peut pas nier son importance dans le paysage cinématographique et la postérité en est la meilleur preuve. Rien que l’image du masque du tueur ou la phrase « Quel est ton film d’horreur préféré ? » permettent d’identifier immédiatement la saga et a été déclinée en des centaines de parodies.

Pour apprendre quelque chose d’intéressant : Le film parodique Scary Movie n’a pas choisi ce titre au hasard. C’était le premier titre retenu par Kevin Williamson pour Scream.

Juste pour ne pas mourir idiot : Wes Craven adore les caméos dans la saga. Si il se met régulièrement à la place du tueur, son apparition la plus drôle est son rôle de technicien de surface du lycée dans le premier volet. Pourquoi ? Il s’appelle Fred et porte un chapeau et un pull rappelant étrangement Freddy, autre franchise de films d’horreurs initiée par Wes Craven. Il se moquera d’ailleurs, dans le même opus, des nombreuses suites de sa franchise : la première victime disant au téléphone qu’elle aime bien le premier mais pas les autres autres.

A propos Loïc Smars 350 Articles
Fondateur et rédacteur en chef du Suricate Magazine