Le vieux qui tirait les cartes ou l’inattendue réinvention de soi

titre : Le vieux qui tirait les cartes
auteure : Keziah Frost
édition : J’ai lu
sortie : 10 avril 2019
genre : roman

Le vieux qui tirait les cartes raconte l’histoire d’un retraité effacé qui devient un diseur de bonne aventure grâce à son sens de l’empathie et de l’intuition. Inspirée par une idée de sa fille, Keziah Frost signe un premier roman sur le fait de se réinventer, de changer d’identité, sans limite d’âge.

Située dans la petite ville fictive de Gibbons Corner aux Etats-Unis, où il fait bon vivre pour les retraités, l’histoire du Vieux qui tirait les cartes s’articule autour de deux personnages principaux. D’une part, Norbert, un ancien comptable qui a le cœur sur la main et coule une retraite paisible, solitaire et désargentée en compagnie de sa petite chienne Ivy. D’autre part, Carlotta, une femme forte à l’esprit foisonnant qui s’occupe avec un groupe d’amies à travers des projets successifs dans différents domaines : cartomancie, astrologie, peinture, origami, etc…  Un jour, tant pour s’occuper l’esprit que pour aider Norbert à faire face à des difficultés d’argent, Carlotta et ses amies le convainquent de devenir cartomancien et lui enseignent les rudiments de cet art.

Norbert se lance timidement dans l’aventure en mettant à profit toutes les cartes qu’il a en main : ses lectures (principalement issues du Reader’s Digest), son bon sens, son empathie, sa sagesse et son sens de l’intuition. Et cela fonctionne, au-delà même de toutes les espérances ! Il se révèle si doué et clairvoyant que les clients affluent et le bouche à oreille tourne à plein régime. Norbert, qui était effacé, transparent, se (re)découvre une vocation et a le sentiment, totalement inattendu et inespéré à son âge avancé, de trouver sa place dans le monde, de servir les gens et l’univers.

“Mélange de charme, d’inspiration et de force”,  le personnage de Carlotta insuffle une petite dose d’énergie à ce roman, en particulier face à ce “projet Norbert” qui lui échappe un tant soit peu. Elle est celle par qui l’auteur tisse cette histoire. Avec une amie pareille, c’est l’amusement garanti, au prix de lui laisser à tout jamais le premier rôle. A noter qu’avec son projet “je parle français”,  l’auteur souligne que dans l’Amérique bon chic bon genre, la connaissance du français reste un moyen de se distinguer socialement, d’apparaître raffiné et de bon goût.

Devenir soi-même, rencontrer sa vision de vie, écouter son intuition sont des thèmes très actuels dans le milieu de la psychologie et du développement personnel. En s’appuyant sur son expérience d’ancienne enseignante et psychologue, Keziah Frost illustre à travers cette fable moderne l’idée que les gens peuvent changer à n’importe quel stade de leur vie et se réinventer une nouvelle identité. Puissant mythe ou réalité : qui peut le dire ? En tout état de cause, l’idée se vend bien et a des vertus inspirantes.

L’intrigue nouée autour du décès du fils de Carlotta permet à l’auteur de faire passer des messages d’acceptation, de deuil et de bienveillance envers soi-même et les autres. Avec quelques pointes d’humour, l’auteur donne également une place de choix aux animaux domestiques qui semblent ici devenir des véritables moteurs de vie pour bon nombre de leurs maîtres. L’apport de l’art et de la culture à l’équilibre mental est évoquée de manière régulière, mais sans approfondissement, littéralement comme un passe-temps qui meuble, ni plus ni moins.

Le vieux qui tirait les cartes est une lecture facile et sans prétentions. Si l’idée de départ est bonne,  l’auteure a du mal à nous tenir en haleine jusqu’à la fin de l’ouvrage, qui est d’ailleurs assez courue d’avance. Le livre se conclut avec un guide du lecteur qui comprend un guide de la cartomancie (au cas où certains voudraient suivre les traces de Norbert), une série de questions pour une discussion en club de lecture (peu probable), ainsi qu’un entretien avec l’auteure sur la conception de ce livre (où l’auteure passe un dernier message sur la persévérance qui paie).

Myriam Watson
A propos Myriam Watson 32 Articles
Journaliste du Suricate Magazine