« Le Manteau de neige », aussi attachant que ses personnages

Titre : Le Manteau de neige
Auteur : Nicolas Leclerc
Éditions : Seuil
Date de parution : 6 février 2020
Genre : Thriller

Dans une ferme reculée située en plein milieu des montagnes du Haut-Doubs, une personne âgée sort de son état catatonique le temps d’égorger son mari. Leur petite fille, Katia, va en subir les  lourdes conséquences. L’adolescente, atteinte de la peur du contact physique (l’haptophobie), ne va effectivement pas tarder à être prise de visions. Est-ce la manifestation d’un lien avec l’au-delà ou  serait-ce plutôt le signe d’un mental de plus en plus défaillant ?

Si Le Manteau de neige semble assez vite répondre à la question, nous n’en ferons rien, histoire de ne pas gâcher l’une des nombreuses surprises qu’il renferme. Car, si la fin de l’histoire se fait quelque peu pressentir, le chemin qui y mène se révélera toutefois assez inattendu.

En ancrant son récit dans le probable monde des esprits, Nicolas Leclerc convoque tout un pan de l’imaginaire fantastique, avec ce que cela implique comme  passages obligés (on notera notamment l’irruption d’une chasseuse de fantômes). Loin de constituer une faiblesse, cela permet au contraire à l’auteur de se livrer à un exercice d’équilibriste, lui qui n’hésite pas à incorporer les clichés du genre pour mieux les contourner et entraîner son lecteur sur des routes moins balisées que prévu. Si tout n’est pas parfait, la plupart des petits airs de déjà-vu que peut revêtir l’intrigue se retrouvent néanmoins facilement balayés d’un revers de la main, avec une aisance assez déconcertante. Le tout est soutenu par un style d’écriture direct qui, s’il sait prendre son temps pour fouiller la psychologie des personnages, sait également se faire plus nerveux, chargeant le récit en tension. De là découle une certaine forme d’imprévisibilité qui, tout en alimentant un suspense omniprésent, n’en perd pas pour autant de vue la cohérence de l’intrigue.

En effet, le possible argument paranormal du Manteau de neige sert avant tout de révélateur à une réalité sordide sous-jacente, en lui offrant un impact concret. Ce faisant, le roman rend tangible le poids de l’héritage familial avec une vision non édulcorée qui lui apporte un supplément d’âme, que viennent entretenir des personnages rendus rapidement attachants, tant l’affection que semble leur porter l’auteur semble palpable et en devient donc fortement communicative.

C’est finalement là que Le Manteau de neige trouve sa principale force, dans la manière qu’à Nicolas Leclerc d’embrasser pleinement son récit en refusant tout cynisme. À la fois chronique adolescente et familiale, mais avant tout thriller tendu, ce beau premier roman parvient ainsi à faire oublier ses quelques maladresses et se révèle prometteur à plus d’un titre.

Guillaume Limatola
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Journaliste