Le cri du Mokkori : l’histoire de City Hunter

Voilà un peu plus d’un an, l’acteur et réalisateur français Philippe Lacheau annonçait au monde son nouveau projet : un film consacré à Nicky Larson, le héros de son enfance. Rapidement, le public manifesta son scepticisme, ayant en tête le carnage que constituent souvent les adaptations de mangas au cinéma. Le réalisateur tenta de se montrer rassurant en affirmant vouloir livrer une œuvre fidèle au matériau d’origine.

Suite au début du tournage le 22 mai 2018, les premières photographies commencèrent à apparaître. Si certains internautes ne furent pas davantage convaincus, d’autres –  notamment au Japon – saluèrent la ressemblance des personnages et la fidélité des costumes.

Lorsque paru la première bande annonce officielle fin septembre 2018, les critiques se firent plus acerbes, certains commentateurs criant à la parodie. Le second trailer, sorti le 4 décembre, eut quant à lui l’intelligence d’utiliser le morceau « Footsteps », issu de la bande originale de la série télévisée diffusée à la charnière des années 90, ce qui rassura bon nombre de spectateurs.

Le 6 février, l’attente sera terminée et nous saurons enfin ce que vaut Nicky Larson et le Parfum de Cupidon ! En attendant, revenons un instant sur la carrière de City Hunter… Si l’on se souvient encore du Niki Larson de 1993 avec Jackie Chan dans le rôle-titre, on oublie souvent que le personnage s’est vu consacrer quantité d’autres longs métrages animés, séries télévisées ou films !

Dans un premier temps, nous présenterons brièvement le magazine Weekly Shōnen Jump dans lequel est apparu pour la première fois Ryô Saeba/Nicky Larson. Dans cette même optique, nous toucherons quelques mots au sujet de Tsukasa Hōjō, le créateur de la série. Nous nous pencherons ensuite sur la genèse du héros tokyoïte et sur Angel Heart et Kyô Kara City Hunter, les deux spin-offs de la licence créée en 1983 ! Enfin, nous nous intéresserons à la quinzaine d’adaptations des aventures de City Hunter au cinéma !

Weekly Shōnen Jump : la genèse de City Hunter

Depuis maintenant un peu plus de cinquante ans, le magazine japonais Weekly Shōnen Jump a donné ses lettres de noblesse au Shōnen, un genre de manga principalement orienté pour les jeunes garçons. Au Japon, la plupart des licences paraissent le plus souvent de façon épisodique dans diverses revues avant d’être assemblées en un volume, le Tankōbon.

L’hebdomadaire a ainsi vu naître des séries à succès telles que Naruto, One Piece, Dragon Ball, Captain Tsubasa [Olive & Tom en français], Death Note, Cobra, Cat’s Eye ou encore City Hunter [Nicky Larson].

Afin de se distinguer de ses principaux concurrents le Weekly Shōnen Jump, dont le premier numéro est paru le 2 juillet 1968, organisait des concours visant à révéler certains talents à son lectorat et à les aider à grandir en les éditant régulièrement – sans pour autant oublier de leur faire signer un contrat d’exclusivité. Afin de créer l’émulation, le magazine entretenait la compétitivité des auteurs en intégrant un bulletin de vote à chaque nouveau numéro, pour que les lecteurs puissent réaliser eux-mêmes le classement de leurs séries préférées, poussant ainsi les mangakas à réorienter leur production pour rester dans la course.

L’âge d’or du magazine se situe entre 1980 et 1996 – avec 6,5 millions de copies vendues pour la seule année 1995. C’est durant cette période que le Vieux Continent découvrit la culture manga, notamment lorsque le Club Dorothée (1987-1997) fit l’acquisition de plusieurs licences afin de les diffuser dans le monde francophone. Parmi celles-ci, douze adaptations étaient issues des pages du Weekly Shōnen Jump : Cat’s Eyes, Cobra, Dr. Slump, Dragon Ball, Fly, Ken le Survivant, Les Chevaliers du Zodiaque, Muscle Man, Nicky Larson, Olive & Tom, Un collège fou, fou, fou et Wingman.

Dans ce contexte paru en 1983 un récit intitulé XYZ, dans lequel apparaissait un tueur à gages surnommé City Hunter. Deux ans plus tard, à partir du 11 mars 1985, cette série devint régulière donnant naissance à trente-cinq volumes, quatre saisons d’une série télévisée à succès, plusieurs longs métrages animés et plusieurs films !

Tsukasa Hōjō et la genèse de City Hunter

Né le 5 mars 1959 sur l’île de Kyûshû, Tsukasa Hōjō figure aujourd’hui parmi les grands noms de la bande dessinée japonaise grâce à des séries comme Cat’s Eye ou City Hunter. Originellement peu attiré par le manga et préférant investir son temps dans la littérature ou le cinéma, Hōjō ne s’intéressa à cet Art qu’afin d’aider un camarade de classe qui désirait participer au concours Tezuka – initié par l’éditeur Shūeisha, notamment à l’origine de la parution du Weekly Shōnen Jump, le Tezuka shō est un prix créé en 1971 et visant à récompenser deux fois par an de nouveaux artistes.

Par la suite, Hōjō participa à la création d’un club de manga et donna naissance avec quatre autres membres à un fanzine appelé « MOW ».

À la mort de son père en 1977, le futur auteur intégra l’Université de commerce de Kyûshû à Fukuoka, finançant ses études par divers petits emplois. Apprenant que le prix remis au vainqueur du concours Tezuka était d’un million de yens, il décida d’y inscrire son manga Space Angel en 1979 et remporta la seconde place ! Par la suite, l’auteur écrivit trois histoires pour Weekly Shōnen Jump, avant de se reconcentrer sur ses études.

Les éditeurs sauront cependant le convaincre de continuer dans la voie mangaka en lui permettant de publier Je suis un homme ! en août 1980, premier récit présentant les aventures d’un garçon dans une école mixte. L’année suivante, Tsukasa Hōjō donnait naissance à son premier grand succès, Cat’s Eye !

City Hunter : le justicier dans la ville

En 1983, alors que son ami Testuo Hara crée son désormais célèbre Hokuto no Ken [Ken le Survivant en français], Hōjō publie le court récit « XYZ » (Weekly Shōnen Jump #754 – No. 18, 1983, paru le 18 avril 1983) dans lequel il met en scène Ryô Saeba, un nettoyeur professionnel surnommé City Hunter et chargé de protéger Mitsuko Shimizu, une jeune scientifique ayant créé un vaccin contre un terrible virus.

Le personnage de Ryô Saeba était en fait inspiré de Cat’s Eye. Comme l’explique l’auteur : « Dans Cat’s Eye, il y avait un personnage qui s’appelait Nezumi qui était très facile et très agréable à utiliser. Avec mon responsable éditorial à l’époque, nous nous sommes dit que ce serait intéressant d’avoir une histoire dont ce personnage serait le héros principal et donc on a fait cette mini histoire dans laquelle il est le personnage principal et il est rapidement devenu un autre personnage, à savoir Ryô Saeba ».

Mazato Kamiya, alias Nezumi

Le 10 décembre de la même année, Hōjō édite un second récit mettant en scène ce personnage et intitulé « Double Edged » (Weekly Shōnen Jump #788, numéro spécial paru le 10 décembre 1983). Dans ce second récit, Ryô est chargé d’abattre un acteur qui, pour se préparer au rôle d’un tueur en série, s’est mis à assassiner des jeunes femmes durant la nuit.

Ces deux récits originaux ont été rassemblés en français en 1999 dans un tome intitulé « Le Cadeau de l’ange » (Série « Les trésors de Tsukasa Hōjō »).

Le mangaka arrêtera de travailler sur la série Cat’s Eye en 1984. Il pourra dès lors se concentrer sur cette nouvelle création et donner naissance à une série City Hunter complète qui sera éditée entre 1985 et 1991. Le premier numéro de cette série parut le 11 mars 1985 dans le Weekly Shōnen Jump #850 – No. 13, 1985 et la série dura 336 numéros pour s’arrêter le 2 décembre 1991 dans le Weekly Shōnen Jump #1185 – No. 50, 1991. Le succès étant au rendez-vous, City Hunter fut adapté pour la télévision à partir de 1987, le temps de 140 épisodes !

Weekly Shōnen Jump #850 – No. 13, 1985, paru le 11 mars 1985

À ses débuts, City Hunter était un manga plus sombre que Cat’s Eye, le personnage de Ryô n’hésitant pas à user de la violence pour arriver à ses fins, voire à tuer. À la mort de son partenaire Hideyuki Makimura, Ryô sera chargé de veiller sur Kaori, la sœur de ce dernier, et renoncera alors à tuer. La série s’allégera donc pour donner lieu au récit que l’on connaît encore aujourd’hui : un mélange entre action et burlesque dans lequel Ryô pourchasse la gent féminine tout en gardant secrets ses sentiments pour Kaori.

Tsukasa Hōjō confesse lui-même que la noirceur du personnage dénotait avec les deux récits publiés en 1983 et que les lecteurs ne suivaient pas dans cette dynamique. Il fut donc décidé d’en revenir à un Ryô Saeba plus léger.

Cependant, malgré cet allègement, City Hunter reste un manga sérieux avec des passages dramatiques d’une incroyable intensité. Malgré la légèreté affichée par le personnage, Ryô Saeba possède un passé tragique dont on découvrira quelques bribes çà et là, et évolue dans un univers sombre et criminogène. Paradoxalement, notre héros passe son temps à draguer les jeunes filles tout en exhibant un entre-jambes proéminent au cri de « Mokkori » – Mokkori est un Gitaigo, une onomatopée japonaise désignant un sexe masculin qui se dresse pour atteindre l’érection.

Mokkori !

City Hunter est ainsi une œuvre sombre possédant une apparente légèreté et qui oscille entre divers styles qui lui donnent une complexité souvent rencontrée dans l’œuvre de Tsukasa Hōjō. Un univers sombre et sérieux mettant en scène des personnages au passé tragique et qui parviennent à se reconstruire tout en évoluant dans un milieu anxiogène qu’ils combattent par une légèreté apparente.

City Hunter : l’adaptation télévisée

Devant le succès remporté par le manga, une série télévisée fut rapidement mise en chantier par Sunrise Inc. à partir de 1987.

Cette production télévisée atténuera certaines composantes du manga, comme les thématiques liées à la drogue ou au sexe. Ryô continuera bien à pourchasser les jeunes filles en hurlant « Mokkori » mais contrairement au manga, aucune image explicite ne sera montrée dans le dessin animé, davantage destiné à un jeune public.

L’adaptation française poussera le procédé plus loin encore, destinant clairement le dessin animé aux jeunes spectateurs du Club Dorothée. Ainsi, Ryô – rebaptisé Nicky Larson – ne fréquentera plus les clubs de strip-tease mais les restaurants végétariens, de même que toute violence et toute nudité seront entièrement censurées. Le tout sera renforcé par « l’adoucissement permanent » de la version française dans laquelle les dialogues seront très largement atténués – voire tournés en dérision – et les méchants doublés par le regretté Maurice Sarfati.

Nicky Larson est ainsi une œuvre à part entière, témoin du choc des cultures que constitue la percée des mangas sur le continent européen. Au fond, comme ce fut le cas pour le zozotement de Doc Savage (1975) dans la version française ou le film Jack+Jill (1979) redoublé en 1980 pour donner naissance à Maîtresses très particulières et ses répliques désormais cultes, Nicky Larson existe aujourd’hui indépendamment de son pendant original, City Hunter !

Reste que, quel que soit le doublage, la série télévisée City Hunter constitue elle aussi une œuvre complexe et riche ! Avant toute chose, on y retrouve la capacité pour le récit à passer du sérieux au comique en une fraction de seconde, comme en témoignent les premières minutes du tout premier épisode dans lequel le héros empêche un criminel de nuire à une jeune fille en tirant à travers sa propre main pour ralentir la balle de son revolver. Cette scène illustre à elle seule la dualité du personnage de Ryô Saeba et l’intelligence du récit tout entier.

À cela s’ajoute une bande son intelligente composée de plusieurs morceaux tels que Sad Song, Nina, Footsteps, ou encore Get Wild. En France, ces musiques se sont vues agrémentées d’un nouveau générique composé par  Jean-François Porry et Gérard Salesses, et interprété par Jean-Paul Césari qui alla jusqu’à se déguiser en Nicky Larson pour l’interpréter sur la scène du Club Dorothée. Notons pour l’anecdote que Jean-Paul Césari a également enregistré un second générique et qu’un troisième thème musical  interprété par le rappeur Diese fut réalisé pour les rediffusions sur France 2 quelques années plus tard.

Le succès remporté par cette série télévisée donna lieu à plusieurs suites sous forme de long métrage : deux OAV, un film (uniquement diffusé en salles au Japon) et trois téléfilms. Sans parler de l’adaptation live-action avec Jackie Chan dans le rôle de Ryô Saeba sur laquelle nous reviendrons rapidement !

Le dernier de ces téléfilms, intitulé La Mort de City Hunter, fut diffusé au Japon en 1999. Après cela, le héros disparut de nos écrans durant un moment.

Angel Heart : le retour de Ryô Saeba (ou presque)

Si le manga City Hunter prit fin en 1991 et que la dernière apparition télévisée du personnage eut lieu à l’aube du XXIe siècle, Tsukasa Hōjō revint en 2001 avec un nouveau manga mettant en scène Ryô Saeba ! Néanmoins, de l’aveu de son auteur, ce nouveau récit prend place dans un univers parallèle, même s’il met en scène des personnages bien connus du public.

Dans ce nouveau récit baptisé Angel Heart, Kaori est renversée par un camion et trouve la mort peu de temps avant d’épouser Ryô. Suite à son décès, son cœur est volé par une organisation criminelle qui l’implante dans le corps d’une tueuse à gages surnommée Glass Heart et qui venait de se suicider pour échapper à l’emprise de ses employeurs. Désorientée, Glass Heart échoue à Shinjuku où Ryô l’accueille : tandis que l’un retrouvera le goût de vivre, l’autre apprendra à laisser place à son humanité.

Publié dès le premier numéro du Weekly Comic Bunch paru le 29 mai 2001, Angel Heart constitue un récit nettement plus sérieux que City Hunter. Xiang-Ying, le personnage principal est une enfant enlevée dès son plus jeune âge afin d’être transformée en implacable meurtrière. L’intégralité du manga montre son cheminement pour apprendre à vivre. Dans cette dynamique, le cœur de Kaori l’aidera à réévaluer diverses situations tandis que Ryô fera office de figure paternelle pour la protéger et la guider dans son apprentissage.

Là où City Hunter ne prenait que rarement la peine de se pencher sur le passé violent de Ryô et son évolution, Angel Heart trouve le temps de montrer comment un être humain peut réapprendre à aimer et se recréer. Xiang-Ying est en somme ce qu’était Ryô lors de son arrivée à Shinjuku. Un récit beaucoup plus sombre et dramatique que son prédécesseur mais tout aussi riche et captivant !

Ici encore, une excellente série télévisée de cinquante épisode fut tirée de ce récit et produite en 2005-2006.

Après l’arrêt de Weekly Comic Bunch, Angel Heart continua à paraître dans Monthly Comic Zenon sous le titre de Angel Heart (Season 2) à partir de la création du magazine le 25 octobre 2010 jusqu’au 25 mai 2017 et l’arrêt de la série. Le mois suivant, une nouvelle aventure de City Hunter devait voir le jour… ou presque…

En somme, l’univers d’Angel Heart est nettement plus sombre que celui de City Hunter. On ne retrouve pas la légèreté de l’œuvre originale et cela pourra en rebuter certains. Reste qu’il s’agit là d’un manga de très bonne qualité qui met en scène des personnages connus et appréciés du grand public.

Kyô Kara City Hunter : l’odyssée fantastique

Depuis le 6 juin 2018, un nouveau manga mettant en scène Ryô Saeba et Kaori Makimura paraît dans les pages de Monthly Comic Zenon ! Le récit, intitulé Kyô Kara City Hunter, met en scène Kaoru Aoyama, une femme célibataire de quarante ans fan du manga City Hunter lorsqu’elle était au lycée et qui, renversée par un train, se réveille adolescente dans le monde de son héros.

Monthly Comic Zenon, 6 juin 2018

De façon intéressante, comme le faisait parfois le manga City Hunter en son temps, cette nouvelle histoire créée par Sokura Nijiki et Tsukasa Hōjō brise le quatrième mur en intégrant un personnage supposé réel dans une réalité fictive.

Rebaptisé City Hunter Rebirth pour le marché francophone, ces nouvelles aventures devraient paraître chez nous à partir du 7 février 2019. Reste à savoir si une adaptation animée verra également le jour.

City Hunter au cinéma

Outre la série télévisée diffusée de 1987 à 1991, City Hunter a été adapté à plusieurs reprises sur le petit et le grand écran.

Dans un premier temps, un film intitulé Amour, destin et un magnum 357 sortit en 1989, suivi de deux OAV (Original Video Adaptation : des films produits directement sur support, sans passage préalable par le cinéma ou la télévision) intitulés Bay City Wars et Complot pour un million de dollars en 1990.

En 1995, 1997 et 1999, trois téléfilms d’excellente qualité parurent encore, intitulés Services Secrets, Goodbye My Sweetheart et La Mort de City Hunter.

À cela s’ajoute le film live action Niki Larson (1993) avec Jackie Chan dans le rôle-titre et une adaptation non officielle mais particulièrement fidèle intitulée Mr. Mumble (1996).

De retour à la télévision, le personnage de Tsukasa Hōjō a encore été adapté trois fois dans des projets live : une première fois par les Sud-Coréens en 2011 dans un drama intitulé City Hunter et n’ayant pratiquement rien à voir avec le récit original ; une deuxième fois par les Chinois en 2013 dans un autre drama également intitulé City Hunter, sorte d’adaptation du précédent transposé à la Chine des années 30. Enfin, Angel Heart a été adapté en un drama japonais de neuf épisodes en 2015.

En 2015 également, pour célébrer les trente ans du manga, un anime spécial intitulé Ryô no Propose fut produit afin d’accompagner la nouvelle édition en douze tomes intitulée City Hunter XYZ Edition.

Enfin, cette année sortiront deux films consacrés au héros : Nicky Larson et le Parfum de Cupidon le 6 février, et un animé intitulé City Hunter : Shinjuku Private Eyes le 8 février au Japon. L’occasion pour nous de revenir un instant sur la carrière cinématographique de Ryô Saeba !

  1. City Hunter : Amour, destin et un Magnum 357 [City Hunter – Ai to Shukumei no Magnum], 1989

Contraint au chômage depuis quarante-huit jours, Ryô est assis au comptoir du Cat’s Eye lorsque débarque Nina Stenberg, une pianiste de renommée internationale à la recherche de son père. Au cours de son enquête, City Hunter croisera la route d’un agent secret surnommé « L’exterminateur rouge »…

Sorti peu après la deuxième saison, ce film ne se démarque en aucune manière de la série télévisée dont il est issu. En dehors de sa durée, il équivaut en somme à un épisode classique. Cependant, on y trouve une problématique intéressante : « l’exterminateur rouge » est un homme qui a refusé d’abandonner sa carrière professionnelle pour se consacrer à sa vie de famille. À cet égard, il éclaire la relation entre Ryô et Kaori en laissant entendre au premier qu’il n’est pas sage de masquer ses sentiments pour la seconde et, surtout, qu’une vie de danger mène inévitablement à la solitude. À sa façon, le personnage fera ainsi évoluer sérieusement l’intrigue et permettra d’approfondir la relation entre les deux personnages principaux du manga !

En somme, cette première percée hors des écrans de télévision ne dispose pas d’une animation particulièrement belle, ambitieuse ou d’un scénario particulièrement complexe mais constitue à sa façon un éclairage intéressant sur la relation entre les personnages.

2. City Hunter : Bay City Wars [City Hunter OVA 1], 1990

Alors que Kaori et Miki assistent à l’inauguration de l’hôtel ultra-moderne Bay City, des terroristes prennent les lieux d’assaut. Pendant ce temps, Ryô et Falcon (Mammouth) cherchent à sauver une jeune femme enlevée sous leurs yeux. Tandis qu’ils poursuivent les assaillants, ils atterrissent à l’hôtel Bay City et se voient contraints de combattre les terroristes.

Bay City Wars est une adaptation de Piège de Cristal dans laquelle Ryô Saeba prend le rôle de John McClane ! Résumons rapidement : des terroristes prennent d’assaut un immeuble isolé à la pointe de la modernité, un élément perturbateur vient contrecarrer leurs plans, etc. On retrouve même une scène où Ryô saute d’un échafaudage à travers une fenêtre, une autre où des Américains envoient la cavalerie qui se fait massacrer en un rien de temps ou encore une informaticienne de génie occupée à craquer la sécurité du bâtiment (avec une erreur de traduction amusante où « Launch Code » devient « Lunch Code »)…

Cet OAV est assez court (45 minutes) et rempli bien son rôle, mais équivaut à un épisode de la série télévisée sans réelle autre ambition.

3. City Hunter : Complot pour un million de dollars [City Hunter – Hyakuman doru no imbô], 1990

Alors que Ryô et Kaori distribuent des prospectus pour leur agence, une jeune américaine nommée Emily O’Hara les engage moyennant un million de dollars afin qu’ils puissent la protéger face à un membre proéminant de la mafia. Mais peu de temps après, Kaori apprendra qu’un tueur est venu de Los Angeles en vue d’assassiner Ryô et se demande si Emily ne serait pas ce tueur…

Souvent considéré comme un OAV, Complot pour un million de dollars est en réalité sorti dans les salles durant une courte période avant d’être édité sur support LaserDisc. Assez similaire à ce qu’on trouve dans la série, cette production est sortie peu de temps avant le lancement de la saison 4 de celle-ci.

Dans cet épisode, une autre facette de Ryô apparaît : son insouciance face au danger. Dès le départ, le héros aura repéré les durillons sur les mains d’Emily O’Hara, indiquant une utilisation fréquente des armes à feu. Pourtant, il continuera à jouer les imbéciles et à afficher une folle insouciance face à ce potentiel danger. Une fois les réelles motivations d’Emily dévoilées, Ryô récitera de mémoire son curriculum complet, indiquant qu’il avait dès le départ une idée claire de l’identité de cette cliente et de ses motivations. Cette facette du personnage a souvent été observée dans quantité d’épisodes et constitue un de ses plus intéressants traits de caractère ici particulièrement bien exposé.

En dehors de cela, l’intrigue s’inscrit bien dans son époque puisqu’elle tournera rapidement autour d’un agent double au moment de la chute du bloc soviétique. Sujet fort intéressant que l’on pourrait, à divers égards, rapprocher de l’excellent James Bond Tuer n’est pas jouer (1987).

4. City Hunter : Services Secrets [City Hunter – The Secret Service], 1995

Alors que James McGire, le chef du parti démocratique de la République du Guinam est en visite au Japon, il reçoit un appel téléphonique d’un inconnu qui menace d’assassiner sa fille Anna qu’il n’a plus vue depuis de nombreuses années. Par un drôle de hasard, celle-ci est devenue policière à Tokyo et a justement été assignée à la garde rapprochée de son père. Désireux de la protéger, McGire contactera City Hunter et le chargera de protéger Anna à tout prix !

Services Secrets est le parfait épisode pour découvrir City Hunter ! Parfaitement dans l’esprit de la série télévisée, le film condense sur 1h20 tout ce que celle-ci possédait de mieux. Dès le pré-générique, on retrouve Ryô pourchassant un criminel dans un bâtiment délabré, en tentant d’éviter les grenades que celui-ci sème derrière lui. Croyant s’être débarrassé de son poursuivant, le criminel arrive sur le toit du bâtiment et voit son deltaplane anéanti par Kaori avant que Ryô n’émerge de l’ombre saint et sauf. L’animation est fluide, le dessin est travaillé et l’on voit dès le départ la complémentarité de Ryô et Kaori.

Une fois le générique terminé on retrouve notre héros en train de se livrer à ses pitreries habituelles, volant le soutien-gorge des jeunes filles dans leur chambre et sautant sur tout ce qui bouge…

Alors que dans un premier temps, Anna refusera de faire confiance à City Hunter, le considérant comme un imbécile, elle apprendra peu à peu à le respecter et à l’apprécier. On trouve à cet égard une séquence très amusante dans laquelle Ryô essaie de convaincre la jeune femme d’user de ses charmes pour intercepter les criminels avant d’assister à une prise d’otages. Profitant de l’occasion, Ryô s’approchera du criminel pour lui dire : « Avant d’aller en prison tu vas voir un spectacle qui en vaut la peine ! ». Suite à quoi il soulèvera la jupe d’Anna en hurlant « Regaaaarde » d’un air lubrique avant de profiter de l’inattention du bandit pour lui asséner un coup fatal, démontrant par là-même son postulat à Anna. Scène classique mais néanmoins excessivement drôle !

En dehors de ce côté amusant qui parcourt la première partie du récit, Services Secrets permet de voir à quel point Ryô Saeba, aussi redoutable soit-il, est un personnage qui n’a rien à prouver : il ne se justifie jamais, n’explique que rarement les choses et se fiche de passer pour un imbécile même lorsqu’il se promène dans une grande surface les bras chargés de sous-vêtements féminins. À cela s’ajoute une légère incursion du côté de l’amitié qui unit ce dernier à Umibozu (Mammouth) : teintée de respect et de solidarité mais également de constante provocation et de rivalité.

Ce téléfilm est également plus sombre que la série télévisée dans la mesure où l’on verra des morts, Umibozu n’hésitant par exemple pas à briser la nuque d’un ennemi pour en finir ! De façon générale, ce sera le cas dans les trois téléfilms.

Enfin, on verra à quel point cette nouvelle histoire est bien dosée, Ryô faisant le guignol durant la première partie avant de devenir implacable et d’abattre un hélicoptère d’une seule balle sans se soucier d’être blessé par les tirs de celui-ci dans la seconde.

Si l’on pourra admettre que ce récit ne possède véritablement rien de bien novateur, il constitue une synthèse intéressante de l’univers City Hunter à la télévision : humour, action (notamment une palpitante poursuite en voiture et bateau), intrigue captivante, retournements, etc. !

5. City Hunter : Goodbye my Sweetheart [City Hunter – Goodbye My Sweetheart], 1997

Dans la même veine que son prédécesseur, Goodbye My Sweetheart constitue une belle porte d’entrée vers l’univers City Hunter. Ici encore on retrouve l’action, le suspense, l’humour, la perversion de Ryô, etc. déjà présents dans Services Secrets. Cette perversion est même légèrement plus explicite que dans les précédentes productions et l’on verra ainsi clairement notre héros peloter une inconnue ou dévoiler les dessous de l’une des protagonistes. À ce sujet, une réplique sera ici particulièrement parlante quant au comportement de Ryô en présence de la gent féminine, lorsque Kaori apprendra que Ryô était resté à l’entrée d’un immeuble réservé aux femmes, elle s’écriera : « Tu ne l’as pas attaché ?! », avant de pourchasser le célèbre pervers déjà caché dans un vestiaire.

Ici encore l’animation est belle, soignée, fluide et la violence se fait légèrement plus explicite que dans la série. On est loin des « Il m’a fait bobo » et « Il en perd sa moumoute le Mammouth » de la fin des années 80… Notons également que dans cette histoire, pas de Nicky Larson, de Laura où de Mammouth, les personnages possèdent leurs noms originaux (ce sera également le cas pour La Mort de City Hunter et l’un ou l’autre OAV) !

L’histoire est assez classique : Emi Makaze, célèbre danseuse, contacte l’agence XYZ afin de retrouver son frère Takiyaki parti de la maison treize ans plus tôt suite au décès de leurs parents. Au même moment, un tueur se faisant surnommer « Le Professeur » apparaît en ville, désireux de se mesurer au célèbre City Hunter. Profitant de l’inauguration du métro Yamanote, il disposera une centaine de bombes dans Shinjuku afin de faire chanter le gouvernement japonais…

Si Bay City Wars ressemblait fortement à Piège de Cristal, Goodbye My Sweetheart aura davantage des allures de Speed dans sa dernière partie ! Reste qu’il s’agit d’un téléfilm intéressant et tout à fait représentatif de l’univers City Hunter. On y verra notamment une composante importante du manga de Tsukasa Hōjō : le rapport du héros avec Tokyo et le quartier de Shinjuku. Ryô Saeba était originellement un tueur impitoyable qui aura su trouver une forme de rédemption en arrivant à Shinjuku et en fréquentant ses habitants. Il possède ainsi un rapport fusionnel avec cette ville qui aura su lui rendre son humanité. Dès lors, lorsque « Le Professeur » disposera des bombes dans toute la ville, Ryô fera fonctionner son réseau pour localiser les engins en vue de les désamorcer. Ainsi, les épiciers comme les filles de petite vertu viendront en aide au City Hunter (malgré sa gigantesque ardoise dans les divers clubs de la ville !)

En vue de désamorcer les bombes, Ryô sera confronté à six fils de couleurs différentes et contraint de faire un choix. Il recourra alors à un système bien particulier consistant à soulever la jupe de la jeune fille se trouvant devant lui pour observer la couleur de ses dessous et couper le fil correspondant, affirmant au préalable : « Je n’ai qu’à moitié confiance en Dieu, je préfère faire ça ! » avant de hurler à Kaori : « Mon sixième sens m’a parlé, coupe le fil bleu !! ». Une fois encore, une scène hilarante, inattendue et en adéquation avec les pires penchants du personnage.

Comme Services Secrets, Goodbye My Sweetheart est un téléfilm représentatif de son univers, drôle, rempli d’action, de belles thématiques et de retournements intéressants !

6. City Hunter : La mort de City Hunter [City Hunter – Kinkyû chûkei!? Kyôaku han Saeba Ryô no saigo], 1999

Après avoir assisté au meurtre de son patron, Sayaka Asagiri, célèbre présentatrice pour la chaîne MegaCity TV, contacte City Hunter afin de demander sa protection. L’assassin, surnommé Mad Dog, réalise des truquages vidéos afin de donner l’illusion que Jack Douglas, le patron de MegaCity TV est toujours en vie. Quant aux autres membres du conseil d’administration, ils sont tous condamnés au silence par une bague qu’ils portent au doigt et qui leur injecterait un poison mortel s’ils avaient le malheur de révéler la vérité ou de fuir. Désespérée, Sayaka n’a plus pour seul espoir que Ryô Saeba ! Mais cette affaire cachera d’autres secrets que le célèbre City Hunter découvrira à mesure de l’avancement de son enquête.

Dernier téléfilm de la licence jusqu’à ce jour, La Mort de City Hunter a la particularité de posséder un doublage francophone relativement proche de la version originale. D’une certaine façon, il est possible de voir là-dedans le chemin parcouru en francophonie par la culture manga depuis son arrivée dans le courant des années 80. Ainsi, on y retrouve une censure moins présente que par le passé, tant au niveau de la violence que des frasques perverses de Ryô Saeba qui ira jusqu’à demander si nous avons vu son « popol tout gentil tout mignon » ou à danser dans un cabaret transsexuel…

Si Bay City Wars faisait fortement penser à Piège de Cristal et que l’on trouvait des échos à Speed dans Goodbye My Sweetheart, c’est encore du côté de James Bond que semble puiser ce nouvel épisode de City Hunter. En effet, la propension de Mad Dog à manipuler l’information pour orienter l’opinion publique rappellera un certain Elliot Carver, grand méchant de Demain ne meurt jamais sorti deux ans plus tôt. À cet égard, cet épisode de City Hunter possède une modernité étonnante à l’heure où l’on dénonce les Fake News et la subjectivité de certains médias ! La dernière partie du long métrage également, sous forme de duel au revolver dans des décors factices, ne sera pas sans rappeler L’homme au pistolet d’or de Guy Hamilton (1974).

Du point de vue du personnage de Ryô Saeba, on le verra ici jouer avec les médias et les provoquer sans se soucier une seule seconde d’être présenté à tort comme l’ennemi public numéro un, je-m’en-foutisme correspondant à un autre trait de caractère faisant la richesse de la licence ! Dans cette même optique on le verra également tuer impitoyablement divers ennemis, revenant à ce qui faisait l’essence du personnage à sa création.

Petit détail amusant, Tsukasa Hōjō lui-même fera une apparition dans ce dernier téléfilm, sous les traits… d’un dessinateur. Au cours d’une bagarre, Ryô sera projeté à travers un mur, atterrissant dans la chambre de son propre créateur. Clin d’œil amusant pour ce dernier long-métrage City Hunter avant vingt ans et la sortie prochaine de Shinjuku Private Eyes !

7. Niki Larson [Sing si lip yan], 1993 

La première adaptation live des aventures de City Hunter n’aura pas réellement marqué les esprits. À l’exception d’une séquence hommage au jeu vidéo Street Fighter dans laquelle Jackie Chan fini déguisé en Chun Li, ce City Hunter version 1993 n’est rien de plus qu’un film de Jackie Chan. À tel point que, comme à son habitude, Jackie Chan lui-même chante la chanson du générique.

Notons également que le clin d’œil à Street Fighter présent dans le film n’est pas un hasard, le réalisateur de City Hunter étant passionné de ce jeu vidéo au point d’en réaliser une adaptation non-officielle la même année intitulée Future Cops !

Le scénario est assez simple : tandis que Ryô, affamé, pourchasse une jeune fille, il s’introduit sur un bateau pris d’assaut par des terroristes venus dépouiller les passagers. Ce faisant, il empêchera une fois encore les méchants de nuire !

Ce projet émergea chez Jackie Chan après que l’acteur ait demandé à ses fans japonais quel personnage ils aimeraient le voir jouer et que ceux-ci réclament Ryô Saeba. Selon les acteurs Richard Norton et Gary Daniels, City Hunter ne possédait pas de réel script, juste des répliques isolées : le réalisateur Wong Jing, sorte de Roger Corman hongkongais, écrirait les dialogues à mesure de l’avancement du tournage et les acteurs devraient suivre ce rythme. À cela s’ajoute le fait que chacun des comédiens prononçait son texte dans sa langue natale, ce qui implique que les acteurs anglophones ne comprenaient pas grand-chose à ce qui se disait autour d’eux et devaient réaliser leurs interventions de façon hasardeuse.

Dans sa première partie, City Hunter s’apparente à un film à sketches en essayant de coller de trop près au manga d’origine et en intégrant grimaces et poses figées à ses visuels. Si l’on trouve quelques scènes intéressantes comme la séquence Street Fighter susmentionnée, un hommage à Bruce Lee dans Le Jeu de la mort, et quelques passages hilarants (notamment une scène absurde où une femme en détresse tente le sensuel coup du « Je suis prisonnière, vous pouvez faire de moi tout ce que vous voulez… » avant que le terroriste ne lui dise « ok » et ne commence à la cogner), City Hunter en fait des tonnes et se transforme rapidement en bouffonnerie. Reste un sympathique film de Jackie Chan avec des scènes d’action inventives et humoristiques, mais très loin de l’esprit du manga originel – même le célèbre costume du héros est quasiment absent du film.

8. Mr. Mumble [Meng Bo], 1996

Mr. Mumble est une adaptation non-officielle de City Hunter mettant en scène Michael Man-Kin Chow dans le rôle de Ryô Saeba. Dans cette histoire, Mumble est un tireur d’élite licencié par la police parce qu’il arrive une fois de plus en retard à un exercice, trop occupé qu’il était à draguer dans un bar. Étant à la recherche d’un travail, il croisera la route d’une jeune femme pourchassée par la mafia et entreprendra de la protéger.

Dans cette adaptation, la chronologie est peu respectée : Ryô et Umibozu se connaissent d’entrée de jeu, ce dernier tient déjà un bar au-dessus duquel habite Ryô, Kaori n’apparaît nulle part, etc. Cependant, tout le reste y est ! Le costume, la perversion de Ryô, sa capacité à devenir sérieux en un instant. Le film va tellement loin dans certains détails qu’il ira jusqu’à reproduire l’éclair frappant les yeux du héros lorsque celui-ci sent un danger !

Le gros problème de Mr. Mumble est en fait un budget dérisoire qui ne lui permet pas de se hisser à la hauteur de ses ambitions. Mais le tout est contrebalancé par une réelle volonté de bien faire. Michael Man-Kin Chow est quant à lui crédible dans le rôle, notamment d’un point de vue physique. Un passage en particulier le verra voler à la rescousse de l’héroïne en détresse dans une scène qui n’a rien à envier à la série télévisée ! Cependant, la faiblesse des budgets et l’exécrable doublage français (le doublage original n’est pas meilleur) ne font pas honneur au récit.

On trouve encore certains éléments qui passent moins bien comme la tentative de reproduire certains gags originellement présents dans le manga (la massue, etc.) ou un leitmotiv musical étrange basé sur la chanson Stand By Me, mais Mr. Mumble parvient à donner naissance à une œuvre qui n’a à rougir de rien malgré quelques gros défauts. À ce jour, il s’agit de l’adaptation live la plus réussie !

9. City Hunter [Siti Hyunteo], 2011 (Drama sud-coréen)

En 1983, alors qu’une équipe de soldats sud-coréens tente de s’infiltrer en Corée du Nord pour assassiner plusieurs haut dirigeants, leur hiérarchie décide de les abandonner afin d’éviter une crise internationale. Livrés à eux-mêmes ces soldats seront pris en embuscade et fusillés. Mais l’un d’entre eux Lee Jin-Pyo parviendra à s’échapper et à nager jusqu’en Corée du Sud pour découvrir que lui et ses camarades d’infortune ont été effacés des registres. Désireux de se venger, Lee enlèvera Lee Yoon Sung – le jeune fils de son partenaire Park Moo-yul qui s’était sacrifié pour lui – afin de l’emmener dans le Triangle d’Or et de le former militairement. Quelques années plus tard, Lee Yoon Sung se fait engager à la Maison Bleue (Résidence et bureau du président de la République sud-coréenne) afin de préparer sa vengeance. Là-bas, il rencontrera Kim Nana et les deux protagonistes se découvriront un objectif commun !

En dehors de son nom, ce City Hunter n’a strictement rien à voir de près ou de loin avec le manga de Tsukasa Hōjō. En cherchant bien on trouvera quelques similitudes dans le rapport entre Lee Yoon Sung et Kim Nana, ou dans le passé militaire du héros. On s’extasiera également lorsqu’une timide veste bleue apparaîtra sur ses épaules. Mais en dehors de ces quelques maigres détails, ce récit se démarque totalement de son pendant original au point que le nom de City Hunter n’apporte strictement rien à la vingtaine d’épisodes qui constituent ce drama.

Pourtant, malgré cela, le récit est réellement riche et intéressant, tout en étant moderne ! La genèse du héros est parfaitement cohérente et ses motivations également. Son évolution et la remise en question de ses choix n’en seront que plus intéressants à suivre. De même les acteurs livrent une performance réellement captivante, on trouvera quelques scènes d’action originalement exécutées et la bande son comporte de très beaux passages !

En somme, il s’agit d’un excellent drama mais qui n’a strictement rien à voir avec City Hunter. Une fois cela assimilé, on se laisse facilement entraîner par l’intrigue !

10. City Hunter [Qi Huan Mao Xian Wang], 2013 (Drama chinois)

En dehors du fait qu’il s’agisse d’une adaptation chinoise de City Hunter, il nous a été difficile d’en découvrir davantage. La série, constituée d’une quarantaine d’épisodes, est censée se dérouler dans la Chine des années 30 mais reste à ce jour difficile (voire impossible) à se procurer chez nous. Quoi qu’il en soit, au vu de la bande annonce, il semble peu évident de trouver une ressemblance avec le manga de Tsukasa Hōjō…

11. Angel Heart [Angel Heart], 2015 (Drama japonais)

Angel Heart condense en neuf épisodes le récit dévoilé dans le manga du même nom et développé dans une série animée de cinquante épisodes en 2005-2006.

Au premier abord, cette adaptation est assez fidèle au matériau d’origine tout en mettant peu en valeur celui-ci : c’est assez mal filmé, l’action est rare, statique, et le montage est bâclé (certaines séquences sont parfois brusquement interrompues : la musique s’arrête d’un seul coup et un écran noir de quelques secondes apparaît pour laisser place à la séquence suivante). De même, Ryô n’est pas réellement imposant physiquement et Takaya Kamikawa, l’acteur qui l’interprète, n’est pas toujours convaincant dans les scènes physiques.

Mais, en dehors d’un côté Soap Opera relativement peu engageant au premier abord, Angel Heart parvient rapidement à emporter le spectateur en livrant des intrigues humaines et des personnages particulièrement attachants. À cet égard, l’épisode 3 dans lequel Umibozu (Mammouth en français) se prend d’affection pour une enfant orpheline arracherait des larmes à n’importe quel « amputé du cœur » ! On prendra ainsi beaucoup de plaisir à suivre l’humanisation progressive de Xiang-Ying et son rapport avec Kaori (ou du moins le cœur de celle-ci).

Au final, malgré de gros défauts sur la forme, on se prendra d’affection pour les personnages et les intrigues et l’on espérera voir une seconde saison – qui ne verra probablement jamais le jour, la série ayant été envisagée pour le 30e anniversaire de City Hunter en 2015.

12. La demande en mariage de Ryô [Ryô no Propose], 2015

Cet OAV de vingt minutes est censé figurer dans le coffret 30e anniversaire City Hunter : XYZ Edition édité en 2015. Cette réédition en douze tomes de l’œuvre de Tsukasa Hōjō devait en effet être accompagnée d’un court-métrage animé réalisé en Motion Graphic Anime et qui fut annoncé par une bande annonce en décembre 2015. Cependant, en dehors de ce qu’indique le titre et qui laisse supposer que Ryô va enfin révéler ses sentiments à Kaori et la demander en mariage, nous ne sommes jamais parvenus à visionner cette production !

13. Nicky Larson et le Parfum de Cupidon, 2019

Détective hors-pair, Nicky Larson est engagé afin de retrouver le Parfum de Cupidon, un produit rendant irrésistible celui qui l’utilise…

Depuis l’annonce du projet, Nicky Larson et le Parfum de Cupidon a fait couler beaucoup d’encre et reçu beaucoup de critiques. La difficulté pour Philippe Lacheau est ici de parvenir à contenter les puristes qui connaissent l’œuvre originale dans ses moindres détails, tout comme les fans de la saga Babysitting qui, pour la plupart, ne connaissent pas City Hunter. Le réalisateur déclarait récemment que Nicky Larson est probablement le film qui lui tient le plus à cœur, « parce que ça renvoie directement à l’enfance. J’ai grandi avec ce manga donc forcément tu touches à quelque chose d’un petit peu sacré. Et en plus c’est complètement différent : tous les autres films, tu inventes les personnages, donc tu fais ce que tu veux. Là, tu pars avec un cahier des charges, ça ne t’appartient pas, c’est pas à toi. Donc tu l’empruntes ! Et donc forcément, ça te tient à cœur que la personne qui l’a inventé s’y retrouve, et que les personnes qui connaissent Nicky Larson, qui ont grandi avec, s’y retrouvent aussi. C’est pourquoi ça me tenait autant à cœur ».

Malgré les critiques, le moins que l’on puisse dire est que Philippe Lacheau cherche réellement à faire honneur au manga. Il a ainsi réalisé le voyage jusqu’au Japon afin de présenter son projet à Tsukasa Hōjō. Une fois terminé, il a soumis le film au jugement du créateur venu tout spécialement au Comic-Con de Paris pour l’occasion. Tsukasa Hōjō affirme que : « [Le film] n’a absolument pas trahi mes attentes, c’était vraiment amusant (…) Plutôt que de vous dire “Il y a ça et ça qui m’a plu”, je vais vous dire la chose qui m’a le plus plu : j’ai reçu beaucoup d’offres pour adapter City Hunter au cinéma, et la plupart des scénarios que je recevais étaient assez plats, c’est-à-dire que c’étaient surtout des propositions de films d’action qui n’avaient pas forcément compris le propos et, dans le scénario de Philippe [Lacheau], il y avait tout : du drame, du rire, des trucs un peu coquins… Il avait vraiment pris la globalité de l’œuvre pour en faire un scénario, et c’est ça qui m’a intéressé ! »

Cherchant tant à rendre hommage à City Hunter qu’à son pendant français Nicky Larson, Philippe Lacheau a intégré divers clins d’œil à son film, en allant par exemple jusqu’à y inviter Dorothée, Jean-Paul Césari – le chanteur du générique français –, et même Vincent Ropion, le doubleur de la série télévisée !

Mais plus encore, Nicky Larson et le Parfum de Cupidon se veut plus global, en prenant soin de garder une certaine universalité : « C’est avant tout une adaptation de City Hunter mais c’est aussi un hommage aux années 90. On voit aussi des clins d’œil à Ranma ½ dans le film, ou aux Chevaliers du Zodiaque… Plein de petits trucs… Toute ma génération captera… (…) Même si nous ça nous tenait à cœur de faire ces petits clins d’œil, l’important était de ne pas exclure les autres. Donc ceux qui captent y captent, ceux qui captent pas c’est pas grave ».

Quelles que soient les critiques, il semble tout de même que Philippe Lacheau ait un profond respect pour l’œuvre originelle et ait cherché à lui faire honneur. Si le public pourra juger du résultat le 6 février, Tsukasa Hōjō a déjà exprimé une opinion positive quant à cette adaptation, allant jusqu’à complimenter le travail réalisé : « Si moi j’avais dû mettre un sous-titre à ce film, ç’aurait été “La plus grande épreuve de Nicky Larson” ! »

14. City Hunter : Shinjuku Private Eyes, 2019

Premier long-métrage animé de la licence depuis tout juste vingt ans, Shinjuku Private Eyes racontera l’histoire d’une top model entraînée malgré elle dans une conspiration et nécessitant la protection de Ryô Saeba. Au vu des premières images, il semblerait que l’univers City Hunter se voit offrir une transposition au XXIe siècle. Reste à espérer que cette modernisation donne lieu à davantage d’adaptations à l’avenir !

Si ce nouveau long-métrage animé sortira le 8 février au Japon, il faudra probablement être patient pour le voir débarquer chez nous.

Les Fan-Films

Comme souvent, le phénomène City Hunter a nourri les fantasmes de nombreux cinéastes amateurs. On trouve ainsi plusieurs court-métrages cherchant à rendre hommage au personnage.

Chez les Français, on trouve City Hunter 2015 : Paris Rescue (2017), City Hunter : Shadow Shop (2015), City Hunter : Double trafic (2008) ou encore City Hunter : Hunter’s Retaliation (2004).

Les Italiens nous ont quant à eux gratifié d’un City Hunter : Un Remake di Donato Leoni (2018)

Enfin, en 2015, on peut encore citer le film de fin d’études XYZ, the City Hunter, réalisé par des élèves de l’Institut National Supérieur des Arts du Spectacle et des Techniques de Diffusion de la Fédération Wallonie-Bruxelles (INSAS). Pur produit belge, ce court métrage s’est vu récompenser du Prix du Jury Jeune au Brussels Short Film Festival (BSFF), du Prix du Public du court métrage au Festival International du Film Francophone de Namur (FIFF) et du Prix de la Presse au Brussels International Fantastic Film Festival (BIFFF) !

Conclusion

En somme, malgré sa popularité, City Hunter reste un héros discret, jamais totalement disparu de nos écrans mais légèrement effacé depuis la fin des années 90. Pourtant, le héros est plus présent que jamais, 2019 étant l’année de son grand retour : le 6 février sortira Nicky Larson et le Parfum de Cupidon, le lendemain paraîtra le premier tome de City Hunter Rebirth, et le surlendemain sera le jour de sortie de Shinjuku Private Eyes au Japon.

Assurément des sorties à surveiller, en espérant que ce grand retour augure le meilleur pour l’avenir !

Alexandre Alvarez
A propos Alexandre Alvarez 158 Articles
Journaliste du Suricate Magazine