L’Autre côté de l’espoir, le dernier Kaurismäki ?

L’Autre côté de l’espoir

d’Aki Kaurismäki

Comédie dramatique

Avec Sherwan Haji, Sakari Kuosmanen, Ilkka Koivula, Janne Hyytiäinen, Nuppu Koivu

Sorti le 22 mars 2017

Autre fois assez prolifique – dans les années 80 et 90 – le finlandais Aki Kaurismäki se montre plus rare depuis le début des années 2000, période durant laquelle il a pourtant pris de plus en plus d’importance dans le paysage du cinéma d’auteur européen et international. Après un Grand Prix à Cannes en 2002 (L’Homme sans passé), il n’a plus livré que deux films (Les Lumières du faubourg en 2006 et Le Havre en 2011) avant celui-ci, qu’il annonce comme étant le dernier de sa carrière.

L’Autre côté de l’espoir suit les trajets de deux personnages, appelés à se rejoindre à mi-parcours : après avoir quitté sa femme alcoolique et son travail de représentant de commerce, Wikhström, la cinquantaine, rachète un petit restaurant où il compte bien repartir de zéro, en tant que gérant ; échoué à Helsinki par accident, un jeune réfugié syrien du nom de Khaled tente d’obtenir la nationalité finlandaise et, après un refus, se retrouve parqué dans un refuge en attendant d’être renvoyé en Syrie. Quand Khaled s’enfuie du refuge et atterrit par hasard dans la cour du restaurant de Wikhström, celui-ci décide de le prendre sous son aile.

Le gros risque que court un film avec un tel sujet est de tomber assez vite dans le politiquement correct et le didactisme. S’il n’évite pas toujours le premier – notamment dans une scène « obligée » lors de laquelle Khaled raconte face à une inspectrice, et face caméra, son histoire de victime collatérale de la guerre et de réfugié –, Kaurismäki parvient assez bien à couler ce récit édifiant au sein de son style absurde et burlesque, pour éviter de sombrer dans le second.

Si le cinéaste avoue lui-même avoir fait ce film pour influer sur le ressenti de ses spectateurs et les conscientiser au sort des réfugiés, il ne peut entièrement lutter contre sa nature et sortir complètement de son univers ou de sa manière de concevoir les scènes et les plans. Le film aurait probablement été irregardable s’il en avait été autrement, mais ce qui lui donne une certaine pertinence est précisément cet ancrage d’un contexte socio-politique assez lourd dans une forme reconnaissable : celle du cinéma « léger », aéré, d’Aki Kaurismäki.

Thibaut Grégoire
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Journaliste du Suricate Magazine