Sage femme, Catherine contre Catherine

Sage femme

de Martin Provost

Comédie dramatique

Avec Catherine Frot, Catherine Deneuve, Olivier Gourmet, Quentin Dolmaire, Mylène Demongeot

Sorti le 22 mars 2017

Alors que la fermeture prochaine de la maternité où elle officie comme sage femme la préoccupe, et que son jeune fils étudiant lui annonce qu’il va être père, Claire doit composer avec le retour imprévu dans sa vie de Béatrice, ancienne maîtresse fantasque de son père décédé, qui espère renouer avec elle après avoir appris être atteinte d’une maladie.

En orchestrant une rencontre au sommet entre deux actrices emblématiques, l’une « bankable », l’autre mythique, Martin Provost frappe un grand coup auprès du public cible d’un certain type de cinéma français installé, confortable, qui n’a pas forcément envie d’être trop bousculé. Sur ce point, il est clair que Sage femme remplit son cahier des charges, réservant à Catherine Frot et à Catherine Deneuve des partitions qu’elles semblent avoir déjà jouées mille fois, l’une dans le registre de la quinqua au grand cœur, timide mais cultivant un jardin secret – au propre comme au figuré, d’ailleurs –, l’autre dans celui de l’extravagante sur le retour, pleine de charisme et de bagout. Ni l’une ni l’autre ne risque de surprendre ses admirateurs avec ces rôles-là, sortes de grandes figures stéréotypées du cinéma d’auteur français contemporain.

À ce duo – où ce duel – d’actrices rodées qui évoluent en terrain connu, s’ajoute assez vite Olivier Gourmet, lui aussi dans un rôle « cliché » des plus rebattus : celui du routier au grand cœur, nouvel amoureux transi de l’une des deux Catherine. Autant Gourmet est excellent et se renouvelle dans Le Secret de la chambre noire – sorti récemment –, autant il est ici dans quelque chose de vu et revu, dans une tentative d’attendrissement du public, proche du cabotinage éhonté.

Après avoir livré – entre autres – deux portraits assez arides de femmes artistes (Séraphine et Violette), Martin Provost semble ici se tourner vers un versant plus grand public, quitte à chasser sur les terres du téléfilm de France 3, en mêlant secret de famille et ancrage sociétale. Si la dimension familiale l’emporte largement, en termes de dramaturgie, sur le sujet de société – l’extinction progressive du métier de sage femme, qui n’est finalement qu’un prétexte pour parler de la transmission –, le film s’empêtre, dans un registre comme dans l’autre, dans une écriture et une esthétique sans reliefs.

Thibaut Grégoire
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Journaliste du Suricate Magazine