Entretien avec Ali Khayi avant la première représentation de son spectacle « Just Ali en thérapie »

Ali, 43 ans, comédien amateur, a besoin de faire une psychothérapie et en a tiré un spectacle Just Ali en Thérapie. Il y aborde différents sujets tels que la famille, l’enseignement, la religion, et plein d’autres choses encore, dans un style pas du tout politiquement correct. Le Suricate l’a rencontré à quelques jours de la première représentation le 6 juin au centre culturel de Jette.  D’autres dates sont prévues à la rentrée.


Ali, peux-tu nous expliquer ton parcours ? D’où viens-tu et où souhaites-tu aller ?

Je suis ostéopathe et j’ai toujours été attiré par le théâtre amateur, que j’ai commencé à l’académie de Bruxelles. Il y a 6 ans, j’ai rejoint l’atelier de l’acteur et metteur en scène, Ilyas Mettioui, au théâtre de l’Océan Nord. Avec lui, j’ai fait plusieurs spectacles collectifs et cette année, je me suis mis comme défi de me lancer seul. Depuis janvier, je joue dans des cafés-théâtres à Bruxelles avec les collectifs d’humoristes You Rire et What The Fun. Suite à ces passages sur scène, on m’a proposé de jouer un spectacle au centre culturel de Jette. Je prends énormément de plaisir à découvrir l’art du stand-up dans lequel on a un contrat moral avec les spectateurs, avec l’obligation de les faire rire. On arrive à créer une émotion et c’est très jouissif en tant que comédien. Je continuerai à le faire tant que je prendrai du plaisir à faire rire. La scène, c’est aussi une occasion de faire passer un message.

Comment t’es venu l’idée de ce spectacle?

En fonction des sujets que j’avais envie de traiter, j’ai écrit des sketchs et de ces sketchs, j’ai créé un spectacle avec un fil conducteur sur mon besoin de psychothérapie. En fait, l’idée de départ c’est qu’au lieu de payer un psychothérapeute, je me suis dit que je pourrais faire payer les gens pour qu’ils m’écoutent parler. J’en ai parlé avec un ami qui m’a dit qu’il n’y a personne qui serait assez stupide de payer pour m’écouter et au final on est sold-out pour la représentation du 6 juin.

Dans quelle mesure, est-ce que le spectacle contribue à ton cheminement psychologique et aux messages que tu souhaites faire passer?

Quand on monte sur scène et qu’on a des choses à raconter qui nous tiennent à cœur, c’est d’office une forme de thérapie. A partir du moment où on verbalise ce qu’on a au fond de nous, on fait émerger ces thématiques dans notre conscience. Le fait d’intellectualiser un sujet nous oblige aussi à l’approfondir et à ne pas rester superficiel.

Peut-on vraiment rire de tout ?

On peut et on doit rire de tout. Il faut dédramatiser. A partir du moment où on a une tribune, on a une responsabilité morale par rapport au public. On peut éveiller un intérêt intellectuel sur certaines questions en riant de tout, mais il faut éviter de se moquer. Je ne sais pas qui est dans la salle mais j’ai décidé de rire de tout et d’aborder des sujets sensibles, comme la religion. Et si ça choque et que ça permet de créer un débat, alors le pari est gagné.

Tu as des origines maghrébines, est-ce que tu penses que ça influence ta vision de la vie et la façon dont tu es perçu ?

Je suis venu en Belgique à 1 an et demi et ce qui influence ma vision des choses, c’est mon expérience de vie, mon éducation, mes rencontres et mon parcours scolaire et professionnel. L’origine n’est qu’un élément infime de ma personnalité. Je fais en sorte d’être moi et la façon dont les autres me perçoivent, ça leur appartient. Celui qui veut connaitre une personne s’intéresse à son identité globale et ne s’arrête pas à un seul élément.

Myriam Watson
A propos Myriam Watson 22 Articles
Journaliste du Suricate Magazine