Last Flag Flying, « La nuit n’est jamais complète »

Last Flag Flying

de Richard Linklater

Drame, Comédie

Avec Bryan Cranston, Laurence Fishburne, Steve Carell

Sorti en France le 17 janvier 2018

Tandis qu’on attend l’adaptation américaine d’Intouchables dans laquelle Bryan Cranston doit reprendre le rôle joué par François Cluzet, voilà que l’acteur s’offre une petite apparition aux côtés de Steve Carell et Laurence Fishburne dans rien moins que le dernier film de Richard Linklater !

En 2003, alors qu’il discute avec un client dans son bar, Sal Nealon (Bryan Cranston) reçoit la visite de Larry ‘Doc’ Sheperd (Steve Carell), un ancien frère d’armes avec lequel il a combattu au Vietnam. Ensemble, ils décident de rendre visite à un troisième membre de leur bataillon, Richard Mueller (Laurence Fishburne), devenu pasteur. Au cours de leurs retrouvailles, Doc annonce la mort de son fils, tué en Irak, et demande l’aide à ses amis pour récupérer le corps de ce dernier auprès du gouvernement afin de l’enterrer. C’est ainsi que les trois anciens Marines prendront la route…

Cependant, leur périple ne sera pas de tout repos, car chacun de ces trois hommes aura évolué à sa façon. Sal est ainsi resté comme figé dans le passé et ne demande qu’à faire les quatre-cents coups, et Richard étant devenu pasteur a choisi de tourner le dos à ses années dans l’armée. Quant à Doc, il semble dépassé, éteint. En somme, l’un ne croit plus en rien, l’autre a fait de la foi son métier, et le troisième cherche un chemin. De cette polarisation découleront toutes sortes de situations. Mais là où les trois soldats se retrouveront, sera dans leur rapport à l’État !

En effet, ceux-ci seront rapidement confrontés au protocole étatique et à certains arrangements de leur gouvernement avec la vérité. Dès lors, ces trois anciens soldats devront entreprendre une réflexion sur la guerre et la confiance à accorder à l’État qu’ils avaient servi quarante ans plus tôt. Sans pour autant verser dans la satire, la protestation ou la dénonciation, Last Flag Flying entreprendra alors de permettre à ses personnages d’évoluer et de chercher à se réconcilier avec eux-mêmes.

Cette évolution prendra son temps pour s’installer, sans pour autant que le film n’en devienne fatiguant. Car malgré cette installation minutieuse, Last Flag Flying s’autorise quelques envolées. Le film se déroulera ainsi entre rire, émotion et passages philosophiques. Ainsi un personnage déclarera à un moment : « Every generation has their war. Men make the wars and wars make the men » [Chaque génération a ses guerres. Les hommes font les guerres et les guerres font les hommes].

Du point de vue du casting, Bryan Cranston parvient ici une fois encore à se réinventer et à livrer une prestation rafraîchissante. De son côté, Steve Carell choisi de rester plus en retenue, son personnage étant plus timoré. Mais à certains moments, il paraîtra renfermer une colère considérable prête à éclater ! Une prestation réellement nuancée de la part de deux des trois comédiens principaux. Quant à Laurence Fishburne, si l’on se réjouira toujours de le revoir à l’écran, il se contente ici d’offrir une performance en retenue sans trop de moments forts. On appréciera tout de même la composante morale du personnage, tourmenté par sa vie d’avant à laquelle il a choisi de tourner le dos sans que cette décision semble pleinement assumée. Cette dynamique permettra à l’acteur d’offrir plusieurs moments subtils.

Du point de vue de la narration maintenant, Last Flag Flying est un film qui dispose d’une magnifique simplicité. Un film qui ne cherche pas à plier son intrigue en recourant à des Deus Ex Machina vides de sens. Le scénario connaîtra ainsi un développement naturel et se dépliera comme une tranche de vie : parfois, les choses ne marchent simplement pas comme prévu…

En conclusion, Last Flag Flying est un film modeste, qui ne cherche nullement à révolutionner quoi que ce soit et se contente d’offrir un morceau de vie choisi presqu’au hasard. L’intrigue est solidement ficelée, possède des phases d’allégresse, des moments graves et donne parfois à voir les bons moments que partagent trois amis en période de deuil. Un film sur l’amitié qui nous montre que, comme l’écrivait Paul Eluard, « la nuit n’est jamais complète » !

Alexandre Alvarez
A propos Alexandre Alvarez 142 Articles
Journaliste du Suricate Magazine