Borat, nouvelle mission filmée : Livraison bakchich prodigieux pour régime de l’Amérique au profit autrefois glorieuse nation Kazakhstan

Borat : Nouvelle mission
de Jason Woliner
Comédie
Avec Sacha Baron Cohen, Maria Bakalova, Dani Popescu
Sorti le 23 octobre 2020 sur Amazon Prime

Il est de retour ! Alors que personne ne l’attendait plus, voilà que quatorze ans après ses premières aventures cinématographiques, Borat Sagdiyev est de retour pour de nouvelles provocations…

Déshonoré et emprisonné suite à l’échec de son voyage aux États-Unis en 2006, Borat a jeté l’opprobre sur le Kazakhstan. Mais, dans une tentative de restaurer l’image de la Nation, les autorités décideront de renvoyer le journaliste au pays de l’Oncle Sam afin d’offrir Johnny le singe – ministre kazakh de la culture et plus grande star pornographique du pays – au président Donald Trump.

Filmé dans le plus grand secret durant le confinement lié à l’épidémie de Covid-19, Borat 2 est un film inattendu dont nous avons grandement besoin en ces temps difficiles ! Seule une vidéo pirate du tournage est apparue sur les réseaux sociaux en août 2020, avant qu’Amazon n’acquière les droits de diffusion du film en septembre de la même année.

Et comme nous étions en droit de l’espérer, ce nouveau film est hilarant et irrévérencieux à souhait ! Plus encore, ce second volet évite de se perdre dans une répétition et un humour prévisibles. Si l’on pourra anticiper certains éléments, le tout reste globalement surprenant, tant dans les situations vécues que dans les retournements voulus par le récit.

Conscient de la popularité de sa création, Sacha Baron Cohen intégrera plusieurs costumes à la diégèse du film afin de favoriser le bon déroulement des provocations. Borat est en effet tellement célèbre que les gens le reconnaissent aujourd’hui et qu’il aura fallu recourir à divers subterfuges pour mener à bien ce deuxième film. C’est ainsi que le public fera la connaissance de Tutar Sagdiyev, la fille du héros incarnée par l’actrice bulgare Maria Bakalova.

Cette dernière mènera ainsi plusieurs interviews à la place de son père, permettant de pousser plus loin encore la provocation sans que les personnes piégées ne découvrent la supercherie. Ce faisant, bien que l’on sentira plus fortement les passages scénarisés, ce lien père-fille donnera par moments plus de fluidité au film, permettant d’articuler tous les segments entre eux. De ce point de vue, Borat 2 sera parfois plus abouti que son prédécesseur. Certains passages seront mêmes touchants.

Reste que ces nouvelles aventures viennent une nouvelle fois secouer le cocotier du puritanisme américain, et l’on se demandera bien souvent comment Sacha Baron Cohen sera parvenu au bout de ses provocations, tant certaines seront poussées à l’extrême. En témoigne la danse de la fertilité ou le passage aujourd’hui largement médiatisé dans lequel le politicien Rudy Giuliani témoigne d’une attitude pour le peu ambiguë face à Tutar, censée être âgée de quinze ans. Il semble que certains grands de ce monde n’aient pas encore tiré les leçons des affaires Weinstein et Epstein et que, telle une conscience populaire, Borat soit là pour nous le rappeler…

Au-delà de ces provocations, ce nouveau film dresse un portrait inquiétant de l’Amérique où l’on pourra voir Borat acheter une cage pour y séquestrer sa fille de quinze ans ou enfermer celle-ci dans une boîte sans que les personnes présentes ne semblent réagir. Tutar sera également mise en présence de Macey Chanel, une influenceuse Instagram et « Sugar Baby » qui lui recommandera de se trouver un mari vieux, de préférence cardiaque, tout en insistant sur la nécessité d’être soumise et faible. On assistera ainsi à la dérive d’une Nation dans laquelle toute morale semble s’éclipser face à l’argent.

Et là où le premier film semblait le plus souvent conserver une certaine neutralité, ce deuxième volet se fera parfois politique en plongeant pleinement dans l’Amérique profonde pour donner voix à l’électorat républicain. On découvrira ainsi que : « Les Clinton sont extrêmement mauvais. Apparemment ils torturent des enfants. Ça leur donne une poussée d’adrénaline. Ensuite, ils enlèvent leurs glandes surrénales et ils boivent leur sang ».

On s’inquiétera encore de voir une foule acclamer Borat tandis qu’il exprimera la nécessité de livrer les journalistes aux Saoudiens pour qu’ils soient découpés, d’injecter le « Wuhan Flu » à Obama ou de livrer les scientifiques aux ours…

Ainsi, Borat 2 en deviendra parfois effrayant quant à l’état du monde et de la société américaine.

Paradoxalement, il révélera aussi l’humanité qui subsiste chez certaines personnes, notamment lorsque le journaliste kazakh entrera dans une synagogue et sera accueilli à bras ouverts, ou que deux hillbillys l’inviteront chez eux.

En somme, Borat : nouvelle mission filmée est une véritable satire du monde moderne qui illustre la perte de repères des États-Unis. Plus abouti que son prédécesseur à certains égards, ce nouveau récit saura intégrer le contexte politique et sanitaire à son propos, dénonçant ainsi une Nation malade bien avant l’épidémie de Covid-19. Si certains pourraient une nouvelle fois ne pas adhérer à l’humour et aux provocations de Sacha Baron Cohen, il n’en reste pas moins un film utile qui n’hésite pas à mettre un grand coup de pied dans la fourmilière à une époque où le cinéma grand public tend à ne plus prendre de risques. Au-delà de cela, Borat 2 en devient presque ethnographique, illustrant l’état de la société américaine au crépuscule de 2020.

A propos Alexandre Alvarez 186 Articles
Journaliste du Suricate Magazine