Hshouma, le plaidoyer d’une Marocaine pour la liberté d’aimer

Détail d'une illustration de la BD « Hshouma » (Massot, 2019)

Couverture de la BD « Hshouma » (Massot, 2019)

Scénario et dessin : Zainab Fasiki
Éditions : Massot
Sortie : 12 septembre 2019
Genre : Témoignage

Hshouma, c’est un mot qui au Maroc fait référence à quelque chose de honteux, d’impudique. C’est aussi le titre qu’a choisi l’ingénieure marocaine Zainab Fasiki pour son ouvrage illustré sur la nécessité de faire tomber les tabous sur l’amour et le sexe dans la société musulmane.

Sans être véritablement une bande dessinée, Hshouma est un essai illustré avec de beaux dessins de femmes (et d’hommes, y compris des personnes transgenres) en trichromie (blanc, noir et rouge). Le trait est net et souligne la forme des corps dans leur diversité : rondeurs, rides, pilosité… Fasiki veut célébrer la beauté des femmes marocaines (arabes, africaines….) en se détachant des canons européens et américains encore trop souvent dominants dans les représentations, publicitaires notamment.

L’ouvrage offre un témoignage personnel et engagé sur la nécessité de libérer les mœurs pour permettre à tou-t-es les Marocain-e-s de s’épanouir dans leur vie affective et sexuelle. L’autrice dénonce en particulier la loi qui condamne toute relation sexuelle hors du mariage, ainsi que la culture qui impose la virginité aux femmes, sans que la réciproque soit demandée aux hommes.

Paradoxalement, Fasiki semble s’adresser à la fois à ses compatriotes et aux non-Marocains. D’un côté, elle choisit d’écrire en français et évoque souvent « son » pays et « sa » culture. D’un autre côté, son message semble s’adresser à ses compatriotes, à qui elle demande non pas de changer leurs croyances, mais de tolérer la différence. Elle défend notamment le droit des non-musulmans à dévoiler leur corps et vivre selon leur propre système de valeurs.

Au niveau du contenu, l’ouvrage s’apparente parfois à un cours d’éducation sexuelle. Les explications sur le genre et la reproduction biologique pourront paraître relever d’une évidence pour de nombreux lecteurs européens, mais comme le souligne l’autrice, ces sujets restent encore largement tabous dans les familles marocaines.

On peut regretter que certaines des affirmations sur la sexualité, tel que le lien entre répression de la sexualité et les crimes sexuels, ne soient pas vraiment étayées ni expliquées. Mais Hshouma reste avant tout un témoignage personnel. Un « coup de gueule » à la fois courageux et timide, comme lorsque l’autrice conclue :

Je n’attends pas que ce livre change ma société […] on peut néanmoins vivre tous en paix.

Soraya Belghazi
A propos Soraya Belghazi 107 Articles
Journaliste - Responsable Arts/Expos/Musées du Suricate Magazine