Foxtrot, comédrame en trois actes

Foxtrot

de Samuel Maoz

Drame

Avec Lior Ashkenazi, Sarah Adler, Yonaton Shiray, Gefen Barkai, Yehuda Almagor

Sorti le 25 avril 2018

Ayant créé une polémique en Israël par le regard qu’il porte sur l’armée, le deuxième long métrage de fiction de Samuel Maoz (Lebanon) a également fait parler de lui hors de ses frontières en remportant un Lion d’argent à Venise, avant d’être sélectionné pour représenter son pays dans la course à l’Oscar du meilleur film étranger. Après cette remise en contexte, il faut également dire qu’il est assez difficile de parler du film sans en dévoiler deux rebondissements majeurs, mais nous essaierons tout de même de le faire afin de garder intact le plaisir de découverte de ceux qui seront intéressé par la vision de Foxtrot.

Mariés depuis trente ans et menant une vie heureuse à Tel Aviv, Michael et Dafna apprennent un matin, par la visite de deux représentants de l’armée, que leur fils aîné Yonatan, effectuant son service sur un poste frontalier en plein désert, est mort dans l’exercice de sa fonction. Encaissant difficilement le choc de la nouvelle, les deux parents, ainsi que les autres membres de la famille, tentent de survivre à leur chagrin, jusqu’à une seconde révélation.

Le film est divisé en trois grandes parties, très distinctes – y compris esthétiquement – les unes des autres : la première décrivant donc le choc ressenti par Michael et Dafna, la deuxième dépeignant de manière presque poético-burlesque la vie des jeunes soldats en service au poste frontalier, et la dernière retrouvant Michael et Dafna, plus tard, dans un contexte à la fois différent et semblable à celui de la première partie. Les conclusions de la première et de la seconde partie sont chacune marquée par un événement fort, rebattant les cartes du récit.

Si, décrit de cette manière, Foxtrot pourrait passer pour un film coup-de-poing aux multiples « twists » manipulateurs, il en est finalement assez éloigné car il parvient souvent à différer le choc, ou à l’atténuer, par un petit décalage narratif ou une manière détournée de l’aborder. Le film n’est pas pour autant dénué de défauts et la grande lourdeur, à la fois thématique et de mise en scène, de sa première partie, le plombe d’entrée, rendant d’autant plus surprenant le virage qu’il prend dans le passage vers la seconde. Les scènes de comédie et de danse de cette deuxième partie n’en sont que plus percutantes, même si elles donnent l’impression de débouler comme un chien dans un jeu de quilles, lors de ce qui passe presque pour une grande entreprise de sauvetage d’un film de sa propre lourdeur.

De par sa construction particulière, sa manière de jouer aux montagnes russes avec les tons qu’il emprunte, les émotions de son spectateur, et ses qualités intrinsèques, elles-mêmes fluctuantes, Foxtrot ne peut que déstabiliser. Mais ces fluctuations et cette instabilité sont aussi probablement pour beaucoup dans l’intérêt que le film suscite.

Thibaut Grégoire
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Journaliste du Suricate Magazine