Demain tout le monde aura t-il son coach ?

Après avoir suivi une formation de coach de quelques mois, force est de constater que le coaching, chacun le pratique dans une certaine mesure en tant que parent, ami, confident… Mais pour qu’un coaching soit réellement efficace, il doit mener à l’action et aider la personne à réaliser son potentiel et accompagner cette transformation est un vrai métier. En pratique, les coachs s’appuient sur une investigation sur des questions puissantes et une palette d’outils pour accompagner leur client dans une démarche d’amélioration personnelle, sur une moyenne de dix séances. Nous avons fait le point sur le métier de coach avec avec Anouchka de Jonghe et Sylvie Timmers, coachs expérimentées et formatrices au sein de la Leading & Coaching Academie.

Tout le monde peut-il être coach ? Quelles sont les qualités essentielles d’un bon coach ?

Sylvie : en théorie, il ne faut pas de compétence spécifique, à part s’intéresser à l’humain et être prêt à se remettre en question. C’est une posture qui requiert humilité et intelligence émotionnelle. Coach est un vrai métier, avec de vraies compétences. Avoir suivi un parcours dans une école sérieuse et certifiante est un plus. Il y a aussi une question de qualité de relation, un coach peut être très bon pour une personne et moins pour une autre. Il y a aussi des gens pas coachables. Pour être coaché, il faut aussi pouvoir se remettre en question. Les gens qui ont un esprit de victimisation ne vont pas trouver leur compte en coaching. Ceux qui cherchent une solution à l’extérieur d’eux-mêmes vont être déçus.

Anouchka : la motivation et l’envie de vouloir devenir coach sont essentielles ainsi que la capacité de pouvoir se remettre en question. C’est aussi l’envie de s’intéresser et de rentrer dans le monde de l’autre, de le faire avancer en étant soi-même juste l’outil pour qu’il puisse y parvenir.

Quel est l’état du marché du coaching en Belgique ?

Sylvie : le marché est assez bon. Pour la génération des 25-35 ans, c’est assez habituel et confortable de demander de l’aide et d’être coaché. C’est moins le cas pour les plus de 50 ans. Il y a beaucoup de coachs sur le marché et ce qui est difficile, c’est d’amorcer la pompe. Une fois qu’on commence à avoir une clientèle, avec le bouche à oreille, ça marche assez bien. Par contre démarrer, c’est plus compliqué même si ça dépend d’une personne à l’autre. Les gens qui ont déjà un réseau professionnel et qui ont le contact facile ont beaucoup plus de facilités à démarrer. La plupart des coachs sont des auto-entrepeneurs et il faut des compétences d’entreprenariat : se montrer, parler de ce qu’on fait, etc…

Pourquoi cet engouement pour le coaching ?

Sylvie : Il y a de plus en plus de gens qui veulent faire quelque chose qui a du sens, avec un alignement entre qui ils sont, ce qui est important pour eux et ce qu’ils font. Un autre facteur est que chez les jeunes, c’est devenu assez « hype ». C’est aussi surtout parce que ça marche et permet de gagner énormément de temps. La plupart des gens se posent les bonnes questions, mais ils ne vont pas jusqu’à trouver les réponses et les acter. Du coup, ils restent avec leurs questions existentielles : est-ce que je dois rester là ou partir ? Est-ce que c’est fait pour moi ? Le coaching permet de trouver la réponse.

Anouchka : on commence à valoriser de plus en plus le fait de se faire coacher et dans une entreprise, ça devient un plus qu’une personne se remette en question, qu’elle travaille sur elle et avance. Le monde est en changement et les gens ne se satisfont plus de ce qui est. Les jeunes générations veulent du sens et être épanouis et donc, ils se fixent des objectifs et osent.

Quel est l’état de la formation au coaching ?

Anouchka : Pour nous, cela fonctionne très bien. Il y a des personnes qui ont envie de se former au coaching, soit pour en faire un métier, soit pour s’ouvrir à des compétences émotionnelles, de savoir-être et avoir une meilleure communication. La plupart de nos élèves vont surtout travailler sur eux et devenir des meilleurs managers, leaders, parents.

Dans un monde qui s’accélère, est-ce que les gens se tournent plus vers le coaching que la psychothérapie parce qu’ils veulent des réponses rapidement ?

Anouchka : les gens sont plus tournés vers l’action et le coaching permet d’atteindre des objectifs. Un bon coach connaît ses limites, il ne va pas guérir des blessures. La psy est un métier complémentaire et chacun a son terrain défini avec ses compétences propres.

Sylvie : je ne fais pas de lien avec l’accélération du monde. La démarche de suivre une psychothérapie est très différente par rapport au coaching. Normalement, quand on fait une psychothérapie, c’est parce qu’il y a un vrai mal-être, des blessures. Pour le coaching, pas nécessairement, il s’ agit de lever des blocages ponctuels. C’est quelque chose que l’on peut faire assez rapidement en coaching.

De votre expérience, quels sont les trois sujets de coaching les plus fréquents ?

Anouchka : c’est un peu réducteur, mais il y a trouver le sens de sa vie, être épanoui, prendre une grande décision. Il y a aussi beaucoup de coaching relationnel lorsqu’une relation n’est pas satisfaisante et que les gens ont envie de l’améliorer.

Sylvie : beaucoup de personnes viennent avec des sujets autour du manque de confiance en soi, d’assertivité et donc oser être plus acteur, chercher du sens, partir quand on est pas satisfait. C’est un sujet à la mode : l’affirmation de soi. Parfois à outrance : certains disent “moi je travaille et je ne suis pas épanoui”. Or, la première raison pour travailler n’est pas l’épanouissement personnel mais avant tout de gagner sa vie etc… L’équilibre vie privée/vie pro est un gros sujet également.

Peut-on bien vivre en tant que coach avec des revenus suffisants ?

Anouchka : beaucoup de coachs en Belgique font des activités complémentaires, comme de la consultance ou de la formation. Il est possible de gagner sa vie en tant que coach mais à terme, après avoir construit sa réputation sur quelques années.

Sylvie : c’est plus facile de vivre du coaching quand on fait du coaching en entreprise que du life-coaching. Il faut aussi savoir que faire du coaching individuel toute la journée, c’est aussi épuisant. Ceux qui font du coaching d’entreprise ou d’équipe gagne correctement leur vie. Ça donne l’impression qu’on gagne bien sa vie à l’heure, mais les contrats sont de quelques heures et derrière, il y a beaucoup de temps passé à trouver les clients, à répondre aux appels d’offres, donc les heures prestées ne correspondent pas aux heures tarifées, loin de là. Quand on est consultant, on est souvent payé à la journée avec des contrats sur plusieurs mois, donc le ratio heures prestées/tarifées est très diffèrent.

Myriam Watson
A propos Myriam Watson 44 Articles
Journaliste du Suricate Magazine