De l’autre côté de la frontière, un polar efficace

 

Scénario : Jean-Luc Fromental
Dessin : Philippe Berthet
Éditeur :  Dargaud
Sortie :  06 mars 2020
Genre : Polar

A l’heure où le confinement resserre les frontières aux limites de nos habitations, vos réflexions vous invitent peut-être à vous questionner sur vous-même. Après tout, si le Monopoly où la Bonne paye ressortent du placard, pourquoi ne pas jouer à Qui-suis-je, et, quitte à y jouer, à le faire intelligemment en prenant ce jeu au pied de la lettre ? Et pourquoi ne pas mener cette quête identitaire plus loin en nous questionnant sur le lien que tout individu entretient avec sa culture, son pays ?

 Ainsi, et pour parler de ma petite personne (recentrement de quarantaine oblige), reconnais-je que je suis Belge, que je me sens Belge et que, dans certains cas, je pense comme une Belge, ce qui me différencie, par exemple, de certains de mes amis français. Une affirmation que je vous souhaite également de pouvoir proclamer haut et fort – sans en venir à un patriotisme extrémiste, il fait tellement bon d’être Belge. Mais qu’est-ce que la Belgique au juste ? Beaucoup de chocolat, des cornets de frites bien remplis ? Un humour absurde, l’Atomium, la pipe de Magritte ? De l’autre côté de la frontière trancherait sans hésiter : « de la BD et George Simenon » !

Belgitude exotique

De la belgitude, donc, mais façon hollywoodienne, hein, parce qu’il faut tout de même que ça paraisse sexy, façon western, avec saloon et poudre de désert. Bon, et puis c’est vrai, on ne le savait pas, mais notre écrivain national lui-même avait fait des infidélités à sa chère gaufre de Liège pour gouter à des saveurs plus exotiques, ce que nous rappelle De l’autre côté de la frontière, mélangeant habilement sa vie et sa fiction (notamment en s’inspirant de son roman Le Fond de la bouteille).

Dans celui-ci, nous suivons François Combe, alter-ego simenonien qui écrit des romans policiers. Ce dernier se voit mêlé à une enquête qu’il ne peut bien entendu pas s’empêcher de vouloir tenter de résoudre, ce qui va le pousser à traverser la frontière mexicaine.

Lisse et retro

L’histoire est claire, la ligne du dessin l’est tout autant. C’est joli à regarder, un brin rétro. Un brin sexiste aussi, comme le veut l’époque dans laquelle prend place notre intrigue. Les silhouettes des femmes sont élégantes, les hommes très habillés dans leur costume trois pièces ou sous leur chapeau. Simenon ne devait pas échapper à la règle machiste, lui qui poussait la porte des maisons-closes accompagné de son amante qu’il faisait vivre sous le même toit que sa femme, faisant fi des convenances tout en exerçant son privilège d’homme riche et blanc.

Pour donner le change, le scénariste Jean-Luc Fromental choisit le point de vue innocent d’Estrelita, jeune servante mexicaine au service de François Combe. Une idée qui met en valeur un personnage féminin mais qui ne trompe pas le lecteur car il reste très (trop ?) discret. Difficile de donner plus d’envergure psychologique et sociale à cette histoire qui privilégie volontairement un format court. Une fois ce constat dressé, on se prend néanmoins au jeu en tournant, avec légèreté, les pages de ce polar efficace.

Nassima Cherke
A propos Nassima Cherke 44 Articles
Journaliste du Suricate Magazine