Regression : manipulation démoniaque

"Regression" Day 33 Photo: Jan Thijs 2014

regression poster

Regression

d’Alejandro Amenábar

Thriller

Avec Emma Watson, Ethan Hawke, David Thewlis

Sorti le 28 octobre 2015

Après Mar Adentro et Agora, Alejandro Amenábar revient à ses premiers amours avec ce thriller mâtiné de fantastique. On y suit, dans le Minnesota des années 1990, l’inspecteur Bruce Kenner (Ethan Hawke), chargé d’une affaire sordide. Angela (Emma Watson) a été victime d’abus. Si le père de la jeune fille ne tarde pas à reconnaître les faits, l’enquête va cependant prendre une tournure inattendue et se révéler bien plus complexe que prévue.

Déjà présente dans plusieurs films du réalisateur (en particulier Ouvre les yeux et Les autres), l’idée d’aliénation est à nouveau au centre du récit. Car derrière le film de genre, le drame humain est l’élément qui intéresse le plus le cinéaste. Obsédé par son enquête et les révélations qui en découlent, Bruce va peu à peu perdre pied. Ce personnage étant le seul point de repère plus ou moins rationnel proposé au spectateur, on en vient à le suivre dans sa paranoïa. Et à remettre en question ce que l’on voit.

Ce jeu sur la perception est appuyé par la réalisation. Alejandro Amenábar choisit en effet de coller au plus près de son personnage principal. C’est par le biais de son imagination, et de son interprétation des faits, que certains évènements, liés à des rituels occultes, sont représentés. Cette manière de faire, bien qu’au service de l’histoire, prend également le risque de parfois perdre le spectateur. En effet, l’aspect ésotérique du métrage, tel que figuré par Bruce, n’hésite pas à piocher dans de nombreux clichés. Si cet état de fait se révèle cohérent vis-à-vis du procédé choisi, il annihile malencontreusement la tension immédiate de plusieurs scènes, en en soulignant le côté grotesque.

Néanmoins, l’effet est souvent estompé par l’ampleur prise par l’investigation. En effet, chaque nouvel indice, chaque nouvel élément en épaissit le mystère, alimentant un suspense de plus en plus oppressant, malgré quelques longueurs. Le développement de l’histoire réserve également son lot de surprises. La plus marquante apporte, non sans une légère roublardise, un nouveau niveau de lecture, permettant au spectateur de repenser le film dans sa globalité. Regression se révèle ainsi être un exercice de manipulation assez malin, à défaut d’être réellement aussi marquant que les précédentes réalisations de son auteur.

Guillaume Limatola
A propos Guillaume Limatola 123 Articles
Journaliste - Responsable BD du Suricate Magazine

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