Coming Home de Zhang Yimou

coming home affiche

Coming Home

de Zhang Yimou

Drame

Avec Chen Daoming, Gong Li, Zhang Huiwen, Guo Tao, Yan Ni

Sorti le 10 décembre 2014

Avec Coming home, inspiré du roman le criminel de Lu Yanshi de Yan Geling, on s’attendait à une grande fresque chinoise où l’histoire entrainerait quelques destins dans une danse particulière. Le début du film était d’ailleurs très prometteur de ce point de vue et laissait même présager un regard sans concession sur une des pages les plus sombres de l’histoire de l’Empire du Milieu.

Durant la Révolution culturelle, Dan Dan, jeune danseuse aussi douée que passionnée, passe les dernières auditions pour obtenir le premier rôle dans le célèbre ballet militaire « Le détachement féminin rouge » voué à la gloire de Mao et du parti. Mais elle voit ses rêves menacés par l’évasion de son père, Lu Yanshi (Chen Daoming), un dissident politique emprisonné dans un camp pendant plus d’une dizaine d’années. Convoquée avec sa mère dans les bureaux du parti, Dan Dan est fermement priée de refuser tout contact avec son père sous peine de graves sanctions. Pour cette jeune adolescente bien endoctrinée par les préceptes du petit livre rouge, renier ses liens familiaux est chose aisée. Mais le chantage à la réussite sociale exercé par les fonctionnaires communistes et l’ombre menaçante des représailles ne semblent pas trop impressionner sa mère. Cette dernière décide de braver l’interdit et tente en vain de rejoindre son mari à la gare ferroviaire lors d’un rendez-vous secret.

Plantées dans une atmosphère pesante, ces premières scènes fortes et bien rythmées sont chargées de tension et capturent bien l’essence de l’époque maoïste. Avec une entrée en matière totalement fascinante, le dernier long métrage de Zhang Yimou s’annonçait comme la promesse d’un grand récit épique.

Mais les bornes du temps se déplacent très vite. L’histoire commence véritablement quelques années plus tard, à la fin de la Révolution culturelle. Lu Yanshi est libéré. À son retour, sa femme ne le reconnait pas ; elle souffre d’amnésie. Chaque jour, elle attend impatiemment le retour de son mari sans comprendre qu’il est déjà à ses côtés. Débute alors un véritable drame romantique comme peut l’être la mélodie d’un amour désaccordé.

Lu Yanshi creuse désespérément dans le passé pour faire recouvrer la mémoire à sa femme : airs de piano familiers, vieilles lettres et photos, mises en scène du grand retour à la gare, …

Entre l’histoire et la romance, le réalisateur de la cité interdite a finalement tranché. C’est avant tout le destin d’une famille ordinaire chinoise (avec un enfant unique) frappée par plusieurs drames et noyée par la culpabilité qu’il porte à l’écran. L’ennui, c’est qu’il décline son motif (l’empreinte psychologique) comme un pianiste ses variations, et met tout en œuvre pour toucher la sensibilité du spectateur. Les scènes émouvantes et lacrymales à souhait se succèdent, appuyées constamment par une petite musique mélancolique, signée par le célèbre compositeur Qigang Chen. C’est touchant, beau et d’une tristesse infinie. D’ailleurs, on n’oubliera pas de sitôt la scène finale, très symbolique, qui est dotée d’une charge émotionnelle puissante.

Cependant, en accordant autant de place au lyrisme et aux grands sentiments au détriment d’une couverture historique de la Chine maoïste, Zhang Yimou semble, à l’instar de son héroïne, frappé lui aussi d’amnésie, comme si opérer un retour sur cette période de l’histoire lui était trop douloureux. Face aux tourments du passé, le réalisateur propose la famille comme unique viatique, car même imparfaite, elle reste une valeur refuge essentielle pour continuer à avancer malgré tout.

Au niveau formel, on ne peut que s’incliner devant la belle photographie, soignée et lumineuse, qui nous plonge à tout moment dans une splendeur visuelle. Et pourtant, même si elle sert admirablement le propos du film, on a envie d’y mettre tout de même un bémol. On est d’avis que Zhang Yimou a un peu trop forcé sur les cadrages de Gong Li, sa muse depuis une vingtaine d’années. Certes, l’actrice de Qiu Ju, une femme chinoise a le don d’illuminer le cadre qu’elle occupe en permanence mais, en la filmant de manière quasi obsessionnelle, Zhang Yimou passe clairement à côté des versants politiques et historiques de son histoire. Ce qui fait de ce film en mode mineur, une très jolie ballade poétique et mélancolique, un peu perdue entre passé et présent.

Marie-Laure Soetaert
A propos Marie-Laure Soetaert 129 Articles
Journaliste du Suricate Magazine

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