Bumblebee : le film qui siphonne toute l’essence d’autres cylindrées célèbres

Bumblebee
de Travis Knight
Action, Science-Fiction
Avec Hailee Steinfeld, John Cena, Jorge Lendeborg Jr.
Sorti le 26 décembre 2018

Après cinq tentatives de Michael Bay pour nous imposer ses jouets qui font panpan et boumboum, les studios ne sont pas prêts à se passer de la manne financière que représente la franchise Hasbro, le fabricant du jouet. L’idée de « génie » ? Faire des « spin off » sur les voitures les plus emblématiques et on commence par la plus mignonne : Bumblebee.

20 ans avant les évènements du premier Transformers, a lieu une bataille tragique pour les Autobots et Bumblebee est envoyé sur Terre pour préparer une future base pour la résistance contre les Decepticons. Mis à mal par un des méchants qui le poursuit, Bumblebee trouve refuge dans une décharge de vieilles carcasses. Charlie, jeune ado qui a du mal à faire le deuil de son paternel et qui tente de réparer la voiture de celui-ci, traîne régulièrement du côté de cette décharge à la recherche de nouvelles pièces. Elle trouve alors une vieille Coccinelle jaune qui a l’air de vouloir démarrer et se met en tête de la réparer. Elle va alors se retrouver confrontée à une machine vivante qui n’a plus de souvenirs et qui ne peut plus communiquer. Ils vont tenter de s’apprivoiser l’un et l’autre, mais il va falloir faire vite, les Decepticons arrivent et se sont arrangés pour avoir l’aide de l’armée américaine.

Ce film nous fait rouler entre plusieurs émotions distinctes.

De prime abord, on est assez perplexe devant des batailles d’extraterrestres en forme de voitures, bien humaines, et si on n’est pas un amateur des jouets et/ou des films originaux, les enjeux entre Autobots et Decepticons, on s’en balance un peu la culasse. Spin off oblige, le film s’astreint de garder une tenue de route correcte par rapport à la mythologie originelle.

Ensuite, on découvre cet univers de la fin des années 80, remis à la mode ces dernières années par des productions telles que Super 8, Stranger Things ou Ready Player One. Commence alors un teen movie sympathique autour de la vie de Charlie Hailee Steinfeld (l’héroïne troublante de True Grit ou la jeune chanteuse de Pitch Perfect 2 et 3) et ses problèmes familiaux et amoureux. Sa découverte de la voiture abandonnée et la relation qu’elle crée avec Bumblebee est mignonne et donne un souffle réjouissant à une franchise qui consistait auparavant à tout faire exploser ou à utiliser les limites sonores des cinémas.

Mais au final, on regarde dans le rétroviseur, on active les essuie-glaces et on y voit plus clair dans l’honnêteté de cette franchise ! Si le film fonctionne auprès du passager qui embarque dans ce road trip, c’est que le film a siphonné toute l’essence d’autres cylindrées célèbres. On retrouve un mélange de l’expérience visuelle des premiers Transformers, des références poussives au film Breakfast Club, une bande originale des meilleurs tubes de l’époque et une trame copiant-collant celle d’ET de Steven Spielberg (un être venu d’ailleurs, recueilli par un enfant qui le cache à sa famille et l’aide à échapper aux méchants qui le cherchent pour faire des expériences scientifiques dessus et finalement qui repart auprès des siens, ça ne vous dit rien ?). Car si le bonhomme est le producteur exécutif de toute la franchise, on est en droit de se demander s’il y a une volonté de recycler ses propres succès de réalisateur ou est-ce la volonté des nouveaux techniciens de confondre hommage et réutilisation de ce qui a fonctionné ?

En résumé, vu du pare-choc arrière, Bumblebee semble un sympathique spin off piochant dans le teen movie, le film pour enfants et les références aux années 80/90. Mais la carrosserie semble moins luisante au fur et à mesure qu’on s’approche et on ne remarque que les références poussives, le copier-coller d’ET et le manque d’intérêt des enjeux de la guerre entre Autobots et Decepticons (vous aussi vous lisez à chaque fois une contraction entre « déception » et « con » ?). Le film est l’image du personnage de John Cena, gros bras du catch, qui tente de jouer un rôle différent plein d’autodérision comme avant lui Schwarzee, Hulk Hogan ou The Rock mais qui malheureusement, n’en a pas la sympathie.

Petit bonus toujours bon à savoir :

Le réalisateur, Travis Knight, dirige ici son premier film mais possède une histoire assez originale. Fils du fondateur de la marque Nike, il décidé de se lancer dans le rap (sous le pseudonyme Chlly Tee). Ensuite, il se lance dans l’animation et son père investit dans le studio. Après la faillite, le papa rachète le tout, met son fils PDG et le studio s’appelle alors Laïka. Contre toute attente, et malgré la fortune familiale, c’est un succès artistique et on découvre l’animation unique et originale de films comme Les Noces funèbres, Coraline, Les Boxtrolls, ParaNorman ou Kubo et l’armure magique, réalisé entièrement cette fois par Travis.

Loïc Smars
A propos Loïc Smars 316 Articles
Fondateur et rédacteur en chef du Suricate Magazine